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HISTORIQUE
DE LA
PAROISSE
DE
Saint-Sébastien
de Beauce
(1869-1944)
par
J.-Alphonse Richard
Clerc de Saint-Viateur
Avec l'autorisation des Supérieurs
PÈRE
P.-M. FARLEY, c.s.v.
Joliette, 12 mai 1944.
Nihi1 obstat
CHAN. I.
GERVAIS
Censor librortum
Joliette,11 mai 1944
Imprimatur,
Joliette, le 11 mai 1944,
JOSEPH-ARTHUR,
ARCHEVÊCHÊ DE QUÉBEC
La Chancellerie
Québec,
le 18 mai 1944.
Révérend
Frère J.-A. Richard,
Maison Provinciale des Clercs de Saint-Viateur,
Joliette.
Révérend Frère,
L'Historique d'une paroisse offre pour les chrétiens qui y ont reçu le baptême et y ont grandi dans la foi un intérêt et un charme singuliers. C'est contribuer du même coup à resserrer les liens spirituels et humains des fils du même petit coin de terre que de relater ainsi les annales des aïeux et de mentionner les noms de ceux qui furent une pierre dans l'édifice de nos paroisses.
Aussi, Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec loue-t-il
votre pensée de publier l'Historique de la paroisse de Saint-Sébastien,
et souhaite-t-il que ce fruit de vos labeurs, dans l'état de santé
que l'on vous sait, reçoive toutes les bénédictions
du Seigneur.
Le Secrétaire
de Son Eminence,
Paul NICOLE, ptre
Le soixante-quinzième anniversaire de l'arrivée du premier curé à Saint-Sébastien de Beauce a semblé une occasion toute désignée pour consigner les faits et gestes des anciens qui firent notre paroisse et de ceux qui continuèrent leur oeuvre héroïque.
Missionnaires, desservants, curés, défricheurs, colons et agriculteurs, à tous est due la reconnaissance de la génération actuelle et des générations qui viendront. Il sied surtout de rappeler spécialement l'oeuvre de ces pasteurs au coeur apostolique dont le zèle et le labeur ont permis l'éclosion, le développement et le progrès de notre paroisse.Tous ces prêtres de Dieu, laissant dans chaque famille de Saint-Sébastien les précieux fruits de leur sacerdoce, ont semé dans la paroisse une atmosphère qu'il fait bon respirer et de laquelle se dégage, pour les jeunes d'aujourd'hui, le parfum d'une grande leçon: la leçon du travaiI et du respect. On n'a qu'à ouvrir les veux pour y voir la leçon éloquente du travail; il faut ouvrir son coeur pour y sentir la leçon du respect: respect de Dieu et respect de son prêtre.
Voità qui explique le succès matériel et religieux de SaintSébastien. Ce double respect, basé sur la sympathie, la compréhension et l'amitié, a produit chez nous des merveilles... que ne produira-t-il pas encore, si le passé se porte garant de l'avenir?
Et c'est pour mieux dégager ces leçons du passé que nous avons osé rappeler, sans aucune prétention littéraire, les événements qui ont fait l'histoire de Saint-Sébastien. La tâche aurait été impossible sans le manuscrit fort documenté laissé par un pionnier de la paroisse, M. Louis Paradis. Des bonnes volontés sont venues fournir l'apport d'un louable désintéressement pour rendre possible la publication de cette monographie: un cordial merci veut ici souligner leur charitable et discrète collaboration.
L'indulgence du lecteur voudra bien taire les déficiences de l'ouvrage et se rappeler que le seul but de l'auteur a été et demeure de souligner les oeuvres des anciens et de leur rendre hommage. Puissent les paroissiens de Saint-Sébastien y trouver un encouragement pour marcher toujours de l'avant dans la voie du travail, du respect, de l'honneur et de la vertu !
Votre paroisse en joie, et presque centenaire,
Malgré les moissons d'or qu'elle a dû recueillir,
Garde un air de jeunesse en sa démarche fière
Sur le rude chemin parcouru sans faillir.Caressés de rayons ou heurtés par la bise,
Ses jours comme ses nuits s'écoulent sans remords,
Puisqu'elle a su servir la patrie et l'Eglise,
Dévouée aux vivants sans oublier ses morts...
Elle voit sous ses pas ressusciter des roses
Dont la sève a bravé le souffle des antans,
Et qui gardent encore dans leur calice, encloses,
Les substiles senteurs de ses jeunes printemps.
A vous tous elle dit:"Contemplez votre église !
Voilà l'arche bénie où jamais rien ne meurt,
Où vivants et défunts devant Dieu fraternisent
Dans l'éternel amour qui fait battre leur coeur."Quand vous l'avez revue en sa neuve toilette,
La joie a fait monter des larmes à vos yeux,
Car elle est bien la même en ce décor de fête,
Et vous y revivez son passé glorieux."C'est pour y retrouver la vie et leur jeunesse,
Que vos morts ont quitté leurs champs et leurs maisons; Immuable comme eux, j'ignore la vieillesse,
Dans la jeune clarté de nouveaux horizons.
"Leurs pénibles débuts, leurs oeuvres, leurs paroles
Survivent à leurs corps refroidis dans les tombeaux;
La lumière jaillit des funèbres coupoles
Comme luit l'avenir dans l'ombre des berceaux...
"De la glèbe creusée à l'époque première,
Où prêtres et colons furent mes créateurs,
Je porte les fruits mûrs et, septuagénaire,
Je me sens rajeunir à chaque instant qui meurt."Défunts comme vivants en moi sont en présence, Brillants de la splendeur qui leur vient de l'autel,
Car l'église, berceau de ma lointaine enfance,
De tout rayonnement est le centre immortel..."
Paroissiens qui vivez cette heure de liesse
Où le passé renaît dans votre souvenir,
Vos pères ont compris qu'il n'est point de sagesse
Hors du Christ que l'on prie et qui seul peut bénir.S'ils ont lutté, parfois souffert, toujours la joie
 vaincu la tristesse à leur foyer chrétien;
Ils ne ne furent pas ceux que la rafale ploie,
Car Jésus fut leur guide et sa croix leur soutien.Quand vous bercez vos fils aux chants des vieux cantiques,
O mères qui rêvez d'un nimbe pour leur front,
Souvenez-vous de vos aïeules héroiques
Dont l'exemple a rendu votre labeur fécond...Et vous, pasteur zélé que tous ici vénèrent,
Ferme appui du vieillard, guide expert de l'enfant,
Ne possédez-vous pas en votre âme de père,
Des curés disparus le coeur toujours vivant ?...Ainsi par le présent, hier se continue,
Dans le multiple effort qui tend vers l'unité:
C'est la marche ascendante où, dans cette avenue,
Quinze lustres de vie apportent leur clarté.Arthur LACASSE, ptre.
L'abbé Lacasse est né à St-Anselme de Dorchester,
paroisse d'où sont venus les premiers colons de Saint-Sébastien,
les frères Ignace et Barthélemi Royer.
Il reçut à
Milan une éducation d'autant meilleure qu'elle fut plus chrétienne.
Il embrassa la carrière militaire sous le règne de l'empereur
Carinus, et ne tarda pas à se distinguer par sa loyauté,
son intelligence et sa bravoure. Sous le règne de
Dioclétien, il parvint au grade de capitaine au premier bataillon
de la garde impériale.
LE DEFENSEUR DES CHRETIENS
Les brillantes qualités de Sébastien l'avaient rendu cher à l'empereur, et il habitait généralement le palais du prince. Celui-ci ignorait que le capitaine était chrétien. Sébastien gardait le secret, non par manque de courage, mais pour être en mesure de secourir plus facilement ses frères les chrétiens, emprisonnés pour la foi. En effet, l'an 303, une grande tempête s'éleva contre les disciples de Jésus-Christ. Sébastien, profitant des prérogatives attachées à son grade, s'introduisait souvent, sous divers prétextes, dans les prisons et il ne se passait pas de jour qu'il ne vînt consoler les captifs et affermir leur foi.
Au plus fort de la persécution, deux frères d'une famille sénatoriale, Marc et Marcellien refusèrent de sacrifier aux idoles et furent condamnés à mort. Les parents des deux confesseurs, qui étaient encore païens, obtinrent du préfet de Rome, Chromace, un sursis de trente jours, pour les faire revenir sur leur décision. Les condamnés furent donc confiés à la garde du premier greffier de la préfecture, Nicostrate, et ils eurent à soutenir des assauts incessants contre toute leur famille conjurée. La lutte fut terrible.
Déjà les deux combattants, ébranlés par les larmes de leur père, de leurs femmes et de leurs enfants, commençaient à faiblir, lorsque Sébastien parut dans la prison. Sa parole pleine de feu ranima le courage des deux captifs, et elle produisit une profonde émotion sur toute l'assistance, étonnée d'entendre louer le Christ par un officier impérial.
Sébastien n'avait pas achevé son discours que la femme du greffier Nicostrate, Zoé, se jetait à ses pieds, et par ses gestes lui faisait comprendre qu'elle implorait son secours. Elle était muette depuis six ans. Sébastien fit le signe de la croix sur sa bouche et elle employa aussitôt la parole recouvrée à publier qu'elle professait la foi de Sébastien.
A la vue de ce miracle, Nicostrate, lui aussi, se jette aux pieds du Saint. Demandant pardon aux deux chrétiens dont il a reçu la garde, il les débarrasse de leurs chaînes et déclare bien haut qu'il veut partager leur martyre. La famille elle-même qui, quelques instants auparavant, s'efforçait d'arracher aux confesseurs un acte d'apostasie, renonce au culte des idoles, et toute l'assemblée, fondant en larmes, rend grâces au Seigneur et déplore son infidélité. Le démon était vaincu au moment où il croyait remporter la victoire, et son oeuvre de perdition se transformait en oeuvre de salut.
-"Oui", répondit
le vieillard, et il descendit d'un pas ferme dans la fontaine.
Il était guéri.
CONFlANCE ET COURAGE DU PREFET DE ROME
Les nouveaux baptisés demeurèrent dix jours dans la maison de Nicostrate; sous la direction de Polycarpe et de Sébastien, ils chantaient les louanges du Christ et se préparaient au combat. Embrasés de l'amour de Jésus-Christ, ils demandaient à Dieu la grâce du martyre. Les femmes et les enfants rivalisaient avec les hommes de confiance et de courage.
"Le délai que
vous m'avez accordé, dit-il, a conservé les enfants au père
et rendu le père aux enfants".
Chromace ne comprenait
point le sens de ces paroles, et croyant que Tranquillin avait triomphé
de la constance de ses fils, ordonna d'apporter l'encens afin que Marc
et Marcellien pussent sacrifier aux idoles.
"C'est la toute-puissance
du Très-Haut qui m'a guéri, répondit le sénateur,
et le Christ seul a le pouvoir de vous accorder le même soulagement".
Le préfet demanda
aussitôt à voir le prêtre qui l'avait baptisé;
il espérait obtenir, comme les catéchumènes,
sa complète guérison.
"Ce serait un trafic
criminel pour nous deux, répondit le Saint; mais Jésus-Christ
peut éclairer vos ténèbres et guérir tous vos
maux, si vous croyez en lui de tout votre coeur".
"J'ai fait allumer
deux fours, s'écria-t-il, d'une voix vibrante de colère,
et je jure d'y jeter Sébastien et Polycarpe si mon père n'est
pas guéri".
Avec cette foi sublime
à laquelle Dieu ne refuse rien, les deux chrétiens acceptèrent
l'épreuve qu'on leur proposait et sur l'heure ils se mirent à
détruire ces derniers signes de la superstition. A ce moment, un
jeune homme éclatant de lumière apparut à Chromace.
"Le Christ m'envoie, dit-il,
pour vous guérir".
A ces mots Chromace
se jeta aux pieds de Polycarpe et de Sébastien et il les supplia
de ne pas différer plus longtemps son baptême.
Sébastien répondit
qu'il devait se préparer à recevoir un sacrement si auguste
par le jeûne et la prière. Il lui fit également comprendre
qu'il allait être obligé de sacrifier sa charge de préfet,
l'une des premières dignités de Rome. En ces tristes temps,
un préfet devait présider des cérémonies paiennes
et persécuter les chrétiens, pour obéir à l'empereur:
un chrétien ne pouvait accepter de telles conditions. Chromace se
montra prêt à tous les sacrifices.
Après plusieurs
jours passés dans la prière et la pénitence, le préfet
fut enfin jugé digne d'être reçu au nombre des enfants
de l'Eglise. Toute sa maison et la plupart de ses nombreux esclaves suivirent
son exemple, et Sébastien servit de parrain à ces quatorze
cents convertis. Chromace donna la liberté aux esclaves, mais la
plupart voulurent rester à son service.
LA GRANDE PERSECUTION
Cependant la persécution augmentait en fureur de jour en jour; par ordre de l'empereur, on ne pouvait plus vendre ou acheter sans être obligé d'offrir de l'encens aux idoles.
Après le départ
de Chromace, les chrétiens, traqués de toutes parts, trouvaient
un refuge chez Castule, au palais même de l'empereur. Castule était
l'intendant des bains et des étuves.
Depuis quelque temps déjà,
les fidèles tenaient leurs réunions dans le plus grand secret,
à l'abri de la police, lorsqu'un faux frère surgit au milieu
d'eux. Il portait le nom de Torquat. Tout en affectant les dehors de la
piété, il menait cependant une vie bien différente
de celle des autres chrétiens: son élégance, sa mollesse,
sa gourmandise contrastaient avec les jeûnes et les austérités
de ses frères. On le reprit sévèrement de ses défauts.
L'hypocrite promit de se corriger, mais il jura de se venger de cet affront,
et, nouveau Judas, il n'eut pas honte de recourir à la trahison.
Grâce à ses
artifices, les chrétiens furent surpris dans une réunion.
Castule, Tiburce, Marc et Marcellien furent arrêtés, et le
traître, pour se dérober aux soupçons, se laissa conduire
en prison avec les martyrs.
Au milieu de ces tristes
conjonctures, Sébastien redoubla de zèle pour visiter ses
frères captifs. Fortifiés par ses exhortations, les confesseurs
supportèrent sans faiblir les tourments les plus atroces. Tiburce,
conduit hors de la ville, eut la tête tranchée, Castule fut
enterré vivant sous un monceau de sable; Marc et Marcellien, attachés
à un poteau, demeurèrent un jour et une nuit exposés
aux outrages de la populace ameutée. On les acheva à coups
de lance.
MARTYRE DE SAINT SEBASTIEN
Sébastien, qui avait soutenu les athlètes du Christ au milieu
de ces rudes assauts avait été épargné. Mais
son heure était proche, et Dieu qui avait béni ses travaux
allait lui donner la couronne.
Les délateurs poursuivirent
leur oeuvre et Sébastien fut dénoncé à son
tour. L'Ernpereur Dioclétien, qui avait une grande affection pour
le brillant officier, refusa d'abord de croire aux accusations dont on
le chargeait; mais sous les instances des courtisans, il fit comparaître
le chef de ses gardes en sa présence.
Sébastien comprit
que l'heure du grand combat sonnait pour lui.
-"On vous accuse d'être
chrétien, dit le prince; est-ce vrai?"
-Oui, répondit
le saint, j'ai toujours cru qu'il y avait de la folie à implorer
l'appui d'une pierre inerte que l'homme peut briser impunement".
A ces mots, l'empereur
bondissant sur son siège, s' écria : "Je vous ai toujours
chéri et distingué parmi les principaux personnages de ma
cour, et voici que vous désobéissez à mes ordres et
insultez les dieux!
-J'ai toujours invoqué
Jésus-Christ pour votre salut et la conservation de l'empire, et
j'ai toujours adoré le Dieu qui est au ciel".
Le tyran, écumant
de rage, jura de punir sur le champ le courageux athlète du Christ.
Mais Sébastien était populaire dans l'armée, et Dioclétien
eut peur de soulever les soldats en les chargeant de l'exécution
du chef qu'ils chérissaient.
Saint-Sébastien
de Frontenac, qu'il ne faut pas confondre avec Saint-Sébastien d'Iberville,
est une petite paroisse des Cantons de l'Est de la Province de Québec.
Sise dans le canton Aylmer, elle fait partie du comté provincial
de Frontenac et du comté fédéral de Mégantic-Frontenac.
Un brin d'histoire expliquera cette anomalie.
Le 7 mai 1792, Sir Alured
Clarke, lieutenant-gouverneur de la province du Bas Canada et administrateur
du pays, pendant l'absence de Lord Dorchester, alors en Angleterre, lançait
sous l'autorité de l'Acte Constitutionnel de 1791, une proclamation
à l'effet de diviser la province en vingt-sept divisions électorales
chargées d'élire cinquante députés pour former
la première chambre d'assemblée que le gouvernement britannique,
pour se rendre aux désirs de ses sujets de la Province de Québec,
venait de leur accorder.
Parmi ces 27 divisions, Buckingham
et Dorchester sont les deux seules susceptibles d'intéresser notre
histoire.
Le développement de notre
région et l'accroissement de sa population rendaient nécessaire
un remaniement considérable des comtés dès 1829. Le
comté de Buckingham fut alors divisé en six comtés:
Yamaska, Drummond, Nicolet, Lotbinière, Sherbrooke et Mégantic;
celui de Dorchester en deux, les comtés de Dorchester et de Beauce.
Mais de 1830 à 1832, le comté de Mégantic, n'ayant
pas encore la population suffisante pour avoir son représentant,
fut annexé au comté de Beauce.
Notre paroisse, fondée
en 1846, fit donc partie à ses débuts du comté de
Mégantic jusqu'en 1853; à cette dernière date, la
partie est du comté de Mégantic fut de nouveau annexée
au comté de Beauce et notre paroisse en fit partie jusqu'en 1915,
alors qu'un nouveau remaniement régional la fit passer dans le comté
nouvellement formé de Frontenac.
Ce qui précède concerne
le domaine provincial; quant au fédéral, il n'en fut pas
question avant 1867, et à ce moment-là, le gouvernement d'Ottawa
décida de s'en tenir aux circonscriptions électorales provinciales
déjà existantes. Or, à cette date, on l'a vu, Saint-Sébastien
faisait partie du comté de Beauce. En 1915, le remaniement
provincial qui plaça Saint-Sébastien dans le comté
de Frontenac, n'affecta pas la carte électorale fédérale
et Saint-Sébastien demeura dans le comté de Beauce. En 1933,
le gouvernement fédéral autorisa des changements de la carte
électorale et depuis, Saint-Sébastien fait partie du nouveau
comté Mégantic-Frontenac.
La paroisse de Saint-Sébastien
appartient au diocèse de Québec et touche aux limites nord-est
du diocèse de Sherbrooke. La population de Saint-Sébastien,
depuis sa fondation, a toujours été entièrement catholique
et canadienne-française et n'a pas subi le sort de certaines paroisses
environnantes soumises à l'immigration d'Écossais protestants.
L'aspect de la paroisse de Saint-Sébastien
représente une suite de coteaux coupés par des charmants
vallons au fond desquels serpentent de petits cours d'eau. Son sol, quoique
rocheux, est généralement fertile à l'exception de
certaines parties basses et humides; il se prête admirablement bien
à la culture.
Notre paroisse, lors de son érection
canonique, le 12 octobre 1885, par son Éminence le Cardinal Taschereau
et de son érection civile, le 19 février 1886, par l'Honorable
L.-F.-R. Masson, lieutenant-gouverneur de la Province de Québec,
comprenait une partie des cantons de Dorset, d'Aylmer et de Gayhurst. Lors
de l'érection de la paroisse de Sainte-Martine de Courcelles, en
1903, la partie du canton de Dorset et l'extrémité nord du
canton d'Aylmer furent détachées de la paroisse de Saint-Sébastien.
Depuis longtemps déjà,
les familles du 5e rang, de la paroisse de Saint-Romain, trop éloignés
de leur église, fréquentaient l'église de Saint-Sébastien,
quand en 1939, il y eut annexion de ce rang à Saint-Sébastien,
pour ce qui regarde le domaine exclusivement religieux.
Quelques mots maintenant sur l'origine
de l'appellation de ces comtés et cantons. L'origine du nom du comté
de Buckingham semble obscure. Est-ce en l'honneur du Duc de Buckingham,
favori des rois d'Angleterre, Jacques 1er et Charles 1er? Nous serions
plutôt portés à croire, avec M. Pierre-Georges Roy(1),
que c'est pour rappeler le comté de ce nom en Angleterre. Mégantic,
en langue crise, signifie "gros bois"; M. Pierre-Georges Roy lui trouve,
dans la langue des Abénakis, une autre signification: "lieu où
se tiennent les poissons". Le nom de Beauce a été donné
à ce comté en souvenir de ce petit coin de la France, célèbre
par la fertilité de ses terres, qui portait le nom de Beauce et
qui a fourni au Canada français plusieurs de ses hardis et entreprenants
colons. Le comté de Frontenac rappelle la mémoire de comte
de ce nom qui gouverna la Nouvelle-France à deux reprises et prit
la direction des affaires de la colonie au moment où elle était
menacée d'une destruction complète. Il emporta dans la tombe
l'estime des Canadiens qu'il avait gouvernés pendant l'époque
la plus critique de leur histoire et a mérité le nom de "sauveur
de la Nouvelle-France".
Le canton Dorset, le plus ancien,
puisqu'il fut érigé par proclamation le 30 décembre
1799, rappelle le nom d'un comté d'Angleterre.
Le canton Aylmer qui couvre la
plus grande partie de notre paroisse et dont l'érection remonte
au 28 janvier 1848, doit son nom, selon M.Pierre-Georges Roy(1) à
Lord Aylmer, gouverneur-général du Canada (1830-1835), dont
la conduite modérée envers les Canadiens-Français
avait déjà fait assez fait connaître le nom avant même
qu'on l'imposât à un canton de la Beauce; le canton et la
ville d'Aylmer, dans le comté d'Ottawa, le lac Aylmer dans le comté
de Wolfe commémorent aussi le souvenir de ce personnage. "Saint-Sébastien
d'Aylmer a aussi été connu pendant quelque temps sous le
nom de Valletord, mot qui prononcé à l'anglaise, formait
un si grossier calembour, qu'on a eu la décence de le faire disparaître".(2)
Le canton Gayhurst rappelle un
comté de ce nom dans le comté de Bucks en Angleterre; il
fut érigé le 30 avril 1868.
Le village de Saint-Sébastien
est situé sur un coteau assez élevé, ce qui favorise
son aspect; la flèche argentée du clocher de l'église
brille de trois coins de la paroisse et même des paroisses avoisinantes.
L'accès en est cependant rendu moins facile surtout vers le sud
à cause de la côte accentuée qu'il faut gravir pour
y arriver; de petits cours d'eau, affluents de la rivière des Bleuets,
la sillonnent du sud-ouest au nord, de chaque côté du village
et leurs eaux vont se jeter dans le lac Saint-François.
Le point pittoresque entre tous
est celui des monts qui longent le territoire de la paroisse au sud-est
dans le canton Gayhurst et la séparent de Saint-Samuel; ces monts
à l'altitude de 1800 à 2200 pieds, appelés vulgairement
"Les Mornes" sont un détachement de la chaîne des Alléghanys.
Des carrières de granit ouvertes au
pied de ces montagnes ont connu une période de grande activité
et de prospérité lors de la construction par le chemin de
fer Québec Central de l'embranchement Tring Jonction - Lac Mégantic,
qui traverse notre paroisse dans toute sa longueur. Nous en parlerons plus
loin.
Tous s'accordent à dire
que les beautés naturelles, collines, vallons et petits cours d'eau,
s'alliant aux développements apportés à la civilisation
et à l'industrie, font de la paroisse de Saint-Sébastien
de Frontenac un endroit charmant, plein de vie et d'un avenir prometteur.
(1) Les noms géographiques de la Province de Québec,
1906, par P.-G. Roy, p.82.
(2) Les noms géographiques de la Province de Québec,
1906, par P.-G. Roy, p.44.