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TABLE DES MATIÈRES


COLONISATION

"L'attachement au sol, c'est le secret de la grandeur future du peuple canadien-français. On parle souvent de nationalité. Eh bien! je vous le dis, la race qui l'emportera dans l'avenir, c'est celle qui aura su conserver le sol".(1)

       "On l'a dit: "La pierre d'assise de la nation canadienne, c'est le laboureur et le colon". "Notre histoire, en effet, nous apprend que c'est en poussant de fortes racines dans la terre canadienne que l'arbre de notre vie nationale a pu braver les tempêtes et les orages, et montrer cette magnifique floraison qui fait l'étonnement de tous". C'est par la colonisation que, depuis cent cinquante ans, nous avons gardé le caractère distinctif de notre race, nous nous sommes attachés à la terre, et nous sommes restés les vrais canadiens, toujours identiques à nous-mêmes, et fidèles à nos origines". (2)

       "La population canadienne-française continuait de s'accroître en importance et en nombre, par la seule force de sa vitalité et de son énergie, au point que cette expansion devint un sujet d'étonnement pour tout le monde, mais plus particulièrement pour les diverses races au milieu desquelles s'opéraient ces heureux développements pour le pays".
       "La forêt reculait comme par enchantement sous les coups redoublés de la hache du colon, et les obstacles nombreux qui surgissent d'ordinaire sur sa route semblaient être écartés pour le plus grand nombre des familles canadiennes lorsqu'on vit une partie de la population abandonner le siège de leurs besognes habituelles et même quitter le sol si cher de la patrie, espérant trouver au-delà des frontières un travail moins dur et une vie plus facile".(3)
       Il y a cent ans, la province comptait déjà de nombreuses vieilles paroisses. La colonisation avait commencé le long du Saint-Laurent: comme à Québec, à Trois-Rivières, à Montréal, à Sorel, à Lanoraie, à Berthier. Puis, elle s'étendit le long des grands cours d'eau tributaires du Saint-Laurent; le Richelieu, le Saint-Maurice, l'Yamaska, la Chaudière, etc. Mais, dès le commencement du XIXème siècle, un nouveau mouvement se dessina dans la conquête de la terre québécoise. Le surplus de population des vieilles paroisses qui n'avait pas encore trouvé le chemin fascinant d'une émigration désastreuse pour notre nationalité, se tourna vers la colonisation à l'intérieur des terres.
      Délaissant la route facile qu'offrait les grands cours d'eau, ces hardis conquérants du sol payèrent d'audace et s'enfoncèrent dans la forêt vierge où ils se taillèrent une place au grand soleil du Bon Dieu pour vivre une vie pleine et indépendante, une vie maître d'eux-mêmes et de la terre qu'ils avaient défrichée. C'est ainsi que surgirent une myriade de nouvelles paroisses, au nombre desquelles se trouve Saint-Sébastien.

       Nous sommes en 1846. Le Sud du Saint-Laurent vient de s'ouvrir à la colonisation. Les Cantons de l'Est, si longtemps monopolisés par les fonctionnaires anglais, s'ouvrent peu à peu à l'infiltration canadienne-française; aussi la région voisine qui comprend tout le bassin de la Chaudière bénéficie de ce mouvement et s'ouvre à la colonisation.
       Ce nouveau territoire de colonisation qui porte le nom de Bois-Francs, s'étend au sud du Saint-Laurent entre la bordure déjà bien peuplée et la frontière des États-Unis. La chaîne des Monts Notre-Dame qui vient y mourir donne à cette région un aspect montagneux. Ce ne sont plus des montagnes mais une série de collines et de mamelons érodés par les rivières au cours rapide, vu l'élévation et la pente des terrains, forment le fond du sol. La fertilité peut y soutenir la comparaison  avec les autres régions de la province. Tout le pays est couvert de forêts où le bois franc domine, en particulier l'érable. Facilement défrichables, ces terres ont le grand avantage de rapporter dès la première année.
       "Pour satisfaire à l'expansion de la population vers les terres nouvelles, le gouvernement offrit en vente plus de 230 000 âcres situés dans les cantons de Price, Adstock, Tring, Lambton, Forsyth, Aylmer, Gayhurst, Shenley, Jersey, Marlow, Risborough, Watford et Linière à raison de 40 sous l'âcre dans les sept premiers cantons et 30 sous dans les six derniers". (4)

       De si grands avantages n'ont pas manqué d'attirer les colons qui y voyaient un gage de prospérité future.  Aussi la colonisation de cette partie de la province se fit-elle plus rapidement que celle de l'Abitibi. Dès le début, les colons ne furent pas lents à s'enfoncer profondément à Lintérieur des terres. Parmi ces braves qui voyaient loin et discernaient sagement le bien-être au bout d'une misère inévitable, il y avait trois jeunes gens; deux d'entre eux, Ignace et Barthélemi Royer, âgés respectivement de 22 et 20 ans, vivaient à Saint-Anselme, l'autre, leur beau-frère, Jean-Baptiste Campagna cultivait la terre à Sainte-Claire. Ils avaient entendu leurs prêtres parler de colonisation, de cette oeuvre nationale qui, en donnant de la valeur au pays, assure la sécurité de ceux qui l'entreprennent.
      Au début du mois de mars 1846, nos trois braves partirent vers cette nouvelle destinée. On a dit que "Partir, c'est mourir un peu", mais pour eux, ce n'était pas partir qui était difficile, c'était de se rendre au but. Il faut bien se rappeler qu'en 1846, il n'y avait que quelques bouts de chemins de fer au pays. Les colons se trouvaient très heureux lorsqu'ils pouvaient parcourir les soixante ou cent milles qui les séparaient de leurs lots, en voiture, par des chemins dont on a plus d'idées tellement nous sommes habitués à voir de belles routes bien tracées et bien construites.
       Nos jeunes colons chargèrent leur voiture des objets absolument indispensables pour un premier établissement: provisions de bouche, outils de travail, casseroles et poêlons, câbles, etc., puis, bravement, après un dernier bonjour à leur famille, ils se mirent en route avec un léger serrement de coeur, à la pensée de vie de sacrifice qu'ils commençaient. Ils traversèrent les paroisses déjà établies de Sainte-Hénédine, de Sainte-Marie, de Saint-Joseph et de Saint-François. C'était la limite du pays organisé. Après Saint-François, ils entraient de plein pied dans le territoire de colonisation divisé seulement en cantons. Pour se rendre à leurs terres, il leur fallait traverser les cantons de Tring, Forsyth et Lambton: ce n'était pas une petite entreprise. Le seul chemin passable était une route de forêt, tracée vaille que vaille et non entretenue, ou les fondrières disputaient la place aux roches. Ce chemin qu'on appelait le chemin de Lambton, les  colons l'avaient surnommé à juste titre: "l'affreux canal". Il fallait du courage pour entreprendre une pareille randonnée après avoir déjà fait plusieurs milles de voiture. Nos jeunes ne se laissèrent pas rebuter: ils marchèrent de l'avant, et firent si bien, qu'en deux jours, ils se rendirent à Lambton. Là, il n'y avait plus le moindre embryon de chemin. Ils arrêtèrent chez le capitaine Romain Dallaire, premier colon de cette partie d'Aylmer qui fait partie de Saint-Vital. Ils y prirent quelque repos. Si pitoyable qu'ait été l'état du chemin de Lambton, c'était tout de même un chemin passable.
       Mais à partir de là, plus rien qu'un chemin d'hiver tracé par le capitaine Dallaire lui-même. Force fut de laisser une partie du chargement chez ce colon pour n'apporter avec soi que le strict nécessaire pour les deux ou trois premiers jours. Nos colons se mirent en route. Heureusement, le printemps n'était pas encore arrivé et le chemin d'hiver était encore praticable. Mais, à partir du lot #8 des 2e et 3e rangs, tout chemin cessait et la forêt vierge les séparait de leurs lots. Il fallait passer quand même. Un ruisseau s'était taillé un éclairci au pied d'une colline: ils suivirent ce chemin naturel que leur avait ménagé la Providence. Enfin, fourbus de misères et de fatigues, ils arrivèrent au terme de leur voyage: le lot 17 des 2e et 3e rang; c'était le 17 mars 1846. On passa la nuit au campement.  Dès le lendemain, il fallut songer à construire une maison. C'était de toute première nécessité, en cette saison rigoureuse. Et bientôt, les arbres tombèrent sous la hache des jeunes gens. Ébranchés et coupés de même longueur, ils s'entrecroisèrent pour former un quadrilatère suffisant pour un premier logement. Comme il n'y avait ni planche ni bardeau, les travaux de construction furent vite terminés et ne coûtèrent pas cher. Et nos jeunes eurent ainsi leur première maison, la première de ce qui devait être plus tard Saint-Sébastien.

      Le temps des sucres approchait. Afin de profiter de cette source de revenus qui leur permettrait de parer aux premières nécessités, nos jeunes colons se mirent aussitôt à l'oeuvre. Ils creusèrent des billes de sapins pour en faire des auges et ils se fabriquèrent des "gouderelles". Puis, raquettes aux pieds, ils transportèrent sur leurs dos un poêle et des chaudières de consommation pour l'eau d'érable ainsi que tout ce qui pouvait leur être nécessaire. Ils placèrent les auges de sapin au pied des érables, les "gouderelles", plantées dans l'érable, conduisait l'eau d'érable dans les auges. C'était la méthode d'exploitation alors en usage, méthode peu coûteuse mais aussi peu rémunératrice et combien fatigante. De même, l'évaporation de l'eau se faisait dans un chaudron suspendu au-dessus du feu. Inutile de dire que lorsqu'apparurent les chaudières et les chalumeaux en métal, ainsi que les "évaporateurs" à compartiments, les colons ne se firent pas tirer l'oreille pour changer de système.

      Au milieu de leurs mille tracas, nos trois colons réussirent à fabriquer 300 livres de sucre. Peu après, commencèrent les premiers défrichements. La Providence voulut les éprouver encore davantage. Alors que cinq hommes n'auraient pas suffi à faire tout l'ouvrage, le plus jeune des Royer tomba gravement malade. Pendant plusieurs jours, Il fut en danger de mort. Que faire? Pas de prêtre ni de médecin dans un rayon de quarante milles. Chacun s'ingénia à lui trouver des remèdes efficaces. Madame Romain Dallaire fut d'un dévouement tout maternel et l'entoura de bons soins. Enfin, le jeune Royer entra en convalescence à la grande joie de tous.
      Le premier printemps fut beau. Les jeunes colons réussirent à nettoyer et à ensemencer en orge quatre arpents de terre neuve. Cette semence poussa abondante mais une épreuve vint ébranler le courage des colons car une gelée tardive l'endommagea considérablement et lui enleva la plus grande partie de sa valeur.
      Le découragement n'avait pas de prise sur ces tempéraments de colonisateurs. à peine les semences étaient-elles terminées que la forêt commença à reculer. Ils défrichèrent une autre partie de leur lot et firent trois autres arpents d'abattis. Comme il n'y avait pas de grange, il fallait bien en construire une pour abriter la récolte prochaine. Selon le mode rudimentaire du temps on fit cette bâtisse en bois rond et la couverture en écorce. Comme il n'y avait pas de planches on fit les portes en bois fendu à la hache, de même que la batterie.
      Dès que ce travail fut terminé, nos trois colons retournèrent à Saint-Anselme. Le jeune Campagna voulait ramener toute sa famille avec lui avant les récoltes. On fit les préparatifs de voyage. Et peu de jours après, à la fin de juillet ou au commencement d'août, Jean-Baptiste Campagna faisait monter femme et enfants dans une charrette et se mettait en route pour la cabane en bois rond du canton d'Aylmer. Le trajet ne se fit pas sans difficulté. Très souvent tout le monde était obligé de mettre pied à terre pour alléger la voiture et ne pas risquer de se rompre le cou.  On marcha ainsi plusieurs milles dans la boue et parmi les roches multipliées sans ménagement dans le canal de Tring.  Enfin, après un voyage de deux jours et demi, la famille arrivait à Lambton. De là , il fallait faire le reste du chemin à pied, les enfants portés sur le dos des hommes. Inutile de dire que la maison construite au printemps, malgré son manque de confort, fut saluée avec joie et soulagement par la famille harassée.
      Ce fut la première famille de Saint-Sébastien. Il fallait un courage peu ordinaire, un courage comparable à celui de nos grands colonisateurs pour rester comme l'a fait cette famille, pendant près de deux ans en pleine forêt, loin de tout voisin, à 40 milles de l'église, exposée à toutes sortes de privations et de misères. Il va s'en dire que cette famille fut d'un grand réconfort pour les deux Royer qui habitaient avec elle. Pour eux la solitude devenait moins grande.
      La famille installée, on rentra la récolte. Mais là ne se termina pas la misère: il fallut faire moudre le grain au moulin de Winslow ou de Lambton et par conséquent transporter le grain à dos d'homme sur une distance de sept ou huit milles et tout cela pour ne rapporter qu'une vulgaire farine. Nos colon n'étaient pas en mesure de faire les difficiles et n'y regardèrent pas de si près.
      L'année 1847 s'annonça plus encourageante. La hardiesse des trois jeunes colons avait fait du bruit dans les anciennes paroisses. Trois autres nouveaux colons vinrent s'établir eux aussi dans le canton d'Aylmer. Deux d'entre eux, François Badeau et Amable Landry venaient de Saint-Bernard, tandis que le troisième, François Lessard, arrivait de la paroisse de Saint-Isidore. Les deux premiers s'étaient fait concéder les lots 16 et 18 du 2e rang, le troisième le lot 18 du 3e rang. Ils se mirent à l'oeuvre sans tarder et commencèrent des défrichements, chacun sur leur lot, si bien qu'ils purent s'y établir avec leur famille en cette même année.
      Une incommodité qui devenait de plus en plus grande au fur et à mesure que la population du canton d'Aylmer augmentait, c'était l'absence de tout chemin convenable.  En ce temps-là, il ne fallait pas compter sur les octrois du gouvernement pour en ouvrir; il fallait s'en remettre à la seule coopération des colons. La petite troupe de colons s'organisa pour fournir des journées de corvée dans les temps où le travail pressait moins. Cette année-là, 26 journées de travail furent données. On obtint ainsi non pas un chemin en asphalte mais une route de 5 ou 6 milles de longueur ou l'on pouvait passer à pied en été et en voiture en hiver: on n'avait fait qu'améliorer les endroits difficiles.  Cependant ce premier résultat laissa entrevoir le jour où un  chemin ordinaire permettrait aux colons de communiquer avec les villages voisins. Déjà l'avenir paraissait moins sombre.

      Les deux frères Royer commencèrent aussi à penser à s'établir dans une maison bien à eux. Depuis l'année précédente, ils vivaient avec la famille Campagna. Cette situation ne pouvait durer. Aussi, au cours de 1847, les deux frères coupèrent et équarrirent le bois nécessaire à la construction d'une maison de 16 pieds par 16 pieds. Ils construisirent cette maison au commencement de 1848. Elle fut couverte de grands bardeaux. Le nid était prêt: il ne restait plus qu'à l'habiter.
      En quittant Saint-Anselme, en 1846, les frères Royer y avaient laissé leurs fiancées. C'était pour leur assurer un avenir qu'ils s'étaient ainsi enfoncés dans la forêt. En possession d'une terre bien à eux, ils pouvaient maintenant songer à fonder un foyer.
      Aussi, le 1er février, en présence de M. Bernier, curé de Saint-Anselme, Ignace Royer prenait pour épouse Léocadie Blais, fille de feu Michel Blais, menuisier, et Barthélemi Royer passait l'anneau au doigt de Marcelline Roberge, fille de Ambroise Roberge, cultivateur. Les deux nouvelles épouses mirent aussitôt en pratique leur serment de partager les joies et les peines de leurs époux: elles partirent avec eux, quittant parents, amis, paroisse natale, pour s'enfoncer dans le bois, faire un trajet de plus de 80 milles par des chemins impraticables, habiter une maison sans confort et endurer toutes les privations inhérentes à un nouvel établissement. Et c'est le sourire aux lèvres et l'espérance au coeur qu'elles consentirent à faire tous ces sacrifices, parce qu'elles aimaient leurs maris et qu'elles savaient que le sacrifice est la rançon du bonheur. Non, l'énergie admirable des Hélène Boulé, des Marie Rollet et de combien d'autres femmes, n'était pas éteinte au Canada français: il restait encore des épouses capables de seconder les hardis colonisateurs qui, en assurant leur avenir, enrichissaient de nouvelles paroisses le patrimoine national.
      Il serait impossible de décrire la joie qui régna dans la colonie chez les Campagna. Mme Campagna exultait: elle allait enfin avoir des voisines.  Puis les deux couples s'établirent dans la maison d'Ignace Royer, maison qu'on venait d'achever, en attendant que Barthélemi pût s'en construire une, à son tour.

      Cette année 1848, commencée sous de si heureux auspices continua de se montrer encourageante.  De nouveaux colons arrivèrent: deux Antoine Couture, l'un fils de Michel, l'autre fils de Laurent, de Saint-Anselme, s'établirent sur le lot 13 du 3e rang. Un autre de Saint-Anselme, Augustin Audet se fit concéder le lot no 14 du 2e rang et y établi sa résidence en 1849.
François Blais habita chez les Royer en attendant d'avoir sa maison sur le demi-lot 18 du 3e rang.
      C'est à cette époque que le 1er rang s'ouvrit à la colonisation. Les quatre premiers colons qui habitèrent ce rang, David Morin et Alexis Aubé qui prirent possession du lot 11 et Charles Mimaux et Xavier Marcheterre qui eurent le lot 16,  venaient de Saint-Lambert, comté de Lévis. Bientôt  Louis et Alexandre Boulanger vinrent se joindre à eux et habiter les lots 14 et 15 du premier rang. Mais les privations furent si dures pour ces colons, que les deux habitants du lot 16 se virent contraints de vendre leur lot, au bout de trois ans, à un nouveau venu: Narcisse Rosa.  Celui-ci venaient de Saint-Anselme. Son épouse, une bien brave femme, née Marguerite Gosselin, était bien digne de seconder son mari dans son entreprise. Cette admirable famille peut être citée en exemple à tous les colons. Aucune privation n'ébranla son courage. Après avoir vécu des jours sombres tels qu'il ne s'en vit plus aujourd'hui, cet heureux couple a eu la joie d'élever une nombreuse famille et d'en voir plusieurs, avant de mourir, bien établis dans Saint-Sébastien et comptant même parmi les plus riches habitants de cette paroisse. Tous deux devaient mourir la même année en 1897, après 55 ans de mariage, au milieu de leurs enfants, dans une honnête aisance: leur ténacité leur a valu cette récompense.
      De nouveaux colons arrivèrent en 1849: Joseph Gagnon, qui avait habité Lambton pendant dix ans et avait été obligé de remettre son lot, vint s'établir sur le lot 19 du 2e rang. Un autre colon, Guillaume Audet, de Sainte-Marguerite, comté de Dorchester, se fit concéder le lot 15 du 3e rang. Il arriva avec une famille de dix enfants, presque tous en bas âge. Il fallait gagner le pain de cette nombreuse famille sans négliger de faire de la terre neuve; il est facile de s'imaginer par quelle misère passa la vaillante famille.
      En 1850, un fort groupe de colons arriva de Saint-Charles de Bellechasse: Pierre Audet s'établit sur le demi-lot 15 du 2e rang, Jean-Baptiste Robert, sur le demi-lot 14 du 2e rang, Michel St-Pierre sur le demi-lot 12 du 2e rang, Abraham Boutin sur le lot 11 du 4e rang, David Labrie sur le lot 13 du 4e rang, Jean Bilodeau sur le lot 14 du 4e rang, Xavier Couture sur les lots 15 et 16 du 4e rang.
      Un obstacle arrêtait la colonisation vers ce qui est aujourd'hui le haut de la paroisse. Un terrain marécageux, "la grande cédrière" comme on l'appelait, mettait une borne aux développement de la colonie. Dans cette "cédrière" coulait un affluent de la rivière aux Bleuets, laquelle déverse ses eaux  dans le lac Saint-François.  Personne encore ne connaissait l'étendue de la "cédrière" lorsque quelques chasseurs s'aventurèrent à la traverser. Ils rapportèrent qu'elle n'avait pas plus d'un mille de large et que les terres qui se trouvaient de l'autre côté étaient aussi belles et même meilleures que celle qui étaient déjà exploitées. Dès 1850, plusieurs colons de Lambton et quelques autres venus du comté de Dorchester allèrent voir les terres de l'autre côté de la "cédrière".
      Enchantés et de la facilité à traverser la "cédrière" et de la fertilité de ces nouvelles terres, plusieurs parmi eux se firent concéder des lots immédiatement: Jean Audet, Flavien Richard' Eustache Roy, Louis Gagnon et Pierre Rousseau occupèrent les lots 22, 23, 24, 25 et 26 du 2e rang; Elzéar Provost, Louis et Joseph Gosselin, Étienne Côté, Pierre, Antoine et Jean Mercier eurent les lots 22, 23, 24, 25 et 26 du 3e rang. Des travaux de défrichement furent aussitôt commencé sur ces lots.
      En 1851, Étienne Côté construisit sur son lot une maison de 22 pieds de côté, en bois rond, et s'y transporta avec sa famille. Comme il n'existait aucun chemin dans la "cédrière", on en traça un, décrivant de multiples détours entre les arbres et capable d'accommoder les seuls traîneaux. Un pont en bois de la largeur d'une voiture d'hiver fut jeté sur le petit cours d'eau.  Ce fut pendant quatre ans la seule route de cette région.
      Une autre branche de la rivière aux Bleuets passait sur le lot 27 et y formait une autre "cédrière". Tout comme la première, cette dernière fut vite traversée.   Des colons originaires des paroisses de Saint-Charles et de Saint-Michel de Bellechasse se firent adjuger une dizaine de lots dans le 10e rang du canton de Gayhurst: Ferdinand Couture, François , Augustin et Norbert Lacroix eurent les trois premiers lots, Vénérand Provost le lot 4, Thomas et Jean Tanguay les lots 5 et 6, Laurent Goupil le lot 7, Joseph Beaudoin le lot 30 du premier rang, Michel et Eustache Veilleux  les lots 30 des 3e et 4e rang, Jean et Godefroy Drolet le lot 12 et le demi-lot 13.
      Laurent Goupil arriva avec sa famille et se construisit une maison en bois rond. Pendant quatre ans ce fut la seule habitation de toute cette partie du rang appelée "le Cordon".
      Des deux frères Drolet, l'un était marié, l'autre célibataire. Ils se bâtirent un domicile au pied de la montagne de Gayhurst, ouvrirent le lot 12 mais le vendirent plus tard à un certain David Briard qui ne l'a pas gardé longtemps. Tous les autres nouveaux colons n'étaient pas mariés et demeurèrent ensemble jusqu'au jour de leur mariage.
      Malheureusement, la même ténacité n'était pas départie à tout le monde; après avoir subi les premières et les plus rudes épreuves, plusieurs vendirent leur lot et leur travail pour bien peu de choses parfois.   Ainsi, François Lessard vendit son demi-lot en 1853 à Jos Therrien, de Saint-Charles de Bellechasse, père de dix enfants; Amable Landry vendit son lot à Jean Bureau de Lambton; ce dernier avait vendu son lot près du lac Saint-François à une compagnie américaine. Les Royer eux aussi vendirent le lot 16 du 3e rang à Louis Boutin, de Saint-Anselme, chef d'une famille de dix enfants. Enfin, Paul Roy acheta de Joseph et Louis Gosselin le lot 23 du 3e rang. Il est remarquable de voir que les colons sont souvent des pères de familles nombreuses soucieux d'assurer l'avenir de leurs enfants.
     En 1852 et 1853, un événement d'une importance capitale vint changer du tout au tout le mode de vie des colons. Une compagnie américaine avait établi des moulins de pulpe à Brompton Falls (qui porte le nom de Bromptonville depuis 1902) dans le comté de Richmond. Comme le canton d'Aylmer faisait partie de ses "limites à bois", des chantiers furent établis autour du lac Saint-François et des rivières avoisinantes. Le premier effet fut une hausse considérable du prix de tous les produits: foin, avoine, viande, etc.  C'était un encouragement à la culture. L'argent commença à circuler plus abondamment dans les cantons Aylmer, Lambton, Gayhurst et Winslow.
      À côté de ces avantages réels et considérables, les chantiers causèrent de véritables ravages dans la colonisation. En peu de temps, les salaires doublèrent et même triplèrent. Les colons attirés par l'appât d'un gain immédiat, abandonnèrent leur terre pour se mettre au service de la compagnie Brompton. Beaucoup d'entre eux s'aperçurent mais un peu trop tard que si les salaires étaient élevés, le coût de la vie l'était beaucoup plus. Et après avoir mangé le profit de leur terre, ils prirent après quelques années le chemin de l'exil vers les États-Unis. Et si on fait le bilan, on s'aperçoit vite que les chantiers ont fait plus de victimes que de richards. Il est agréable de noter que Saint-Sébastien semble avoir compté moins de victimes que les autres paroisses.
      En 1854, arriva la famille Paradis, qui devait jouer un rôle assez important dans la formation de la paroisse de Saint-Sébastien. Louis Paradis et son épouse, Louise Jobin, nés dans la paroisse de Charlesbourg et établis à Saint-Henri de Lévis, depuis vingt et un ans, avaient une famille de six enfants. Mais la pauvreté rendait le père incapable d'établir ses enfants. Après avoir visité plusieurs endroits dans les cantons Armagh, Mailloux et Buckland dans le comté de Bellechasse, Ste-Agathe et Ste-Croix dans le comté de Lotbinière, il se rendit au lac Saint-François (c'est ainsi qu'on appelait alors les cantons du nord de la Beauce). Il visita les cantons de Lambton, Winslow, Forsyth et Aylmer. Il étudia la nature du sol et les avantages de chacun des cantons. Il se rendit chez Étienne Côté qui lui désigna le lot 23 du 2e rang. Ce lot concédé à Flavien Richard, passé aux mains d'un nommé Turgeon, était de nouveau à vendre. Étienne Côté ne manqua pas de lui faire remarquer que les deux missionnaires de Lambton, MM. Leclerc et Godbout, avaient prédit qu'avant longtemps une mission serait établie près de cet endroit. Les moyens de Louis Paradis ne lui permettaient pas d'acheter une terre à Lambton, car les chantiers en avaient doublé le prix. Il décida de s'éloigner de la chapelle de Lambton et d'opter pour le lot 23. C'est au mois d'août 1854 que fut signé le contrat d'achat, à Saint-Anselme. Le même jour, Louis Paradis vendait sa propriété de Saint-Henri pour la somme de 850$. Avec cette somme, il fallait payer le nouveau lot 230$, le défricher et le bâtir, car il n'y avait que six acres de défrichés et même la broussaille y régnait de nouveau en maîtresse.
     Au mois d'octobre, le père Louis Paradis et ses deux aînés, Louis et Joseph, se rendirent sur leur lot, avec une charge de provisions et une voiture à deux roues. La charge était lourde et nos voyageurs étaient réduits à marcher à pieds à côté de la voiture. Ils mirent trois journées pour se rendre à Lambton. La seconde nuit les surprit dans le canal du 8e rang du canton de Tring et c'est à la lueur des flambeaux qu'ils arrivèrent à la première cabane du 9e rang. Là, de braves colons leur offrirent l'hospitalité mais comme la cabane était beaucoup trop petite, il fallut bien se résigner à coucher dans la grange. La fraîcheur des nuits d'octobre favorisent le lever matinal: dès le petit matin, nos voyageurs se remirent en route et vers trois heures de l'après-midi, ils arrivèrent au village de Lambton. Comme il était trop tard pour faire le reste du voyage, et qu'ils étaient peu accoutumés à parcourir de si longues routes, les trois voyageurs furent très heureux de prendre là un peu de repos. Le lendemain, ils laissèrent la moitié de leur charge à Lambton et partirent pour leur lot situé à environ huit milles de là. Arrivés à la "cédrière" , on mit à terre encore presque toute la charge et les trois hommes durent mettre la main à la roue pour franchir ce dernier bout de chemin. Enfin, à trois heures, Étienne Côté souhaita la bienvenue aux voyageurs: ils étaient rendus au terme de leur voyage. Un voisin, Paul Roy, qui avait acheté le lot de Louis et Joseph Gosselin, offrit de les loger pour l'hiver bien que sa maison en billots n'eût que 18 pieds de côté.
      Le père Paradis se mit aussitôt à l'ouvrage, avec ses deux fils, car il fallait défricher dix arpents de terre et les préparer pour les semences de l'année suivante. À cause du manque d'expérience, l'ouvrage n'avança pas très vite. Tout de même, au bout d'un mois d'efforts, il était assez avancé pour que la neige ne pût pas nuire à son parachèvement.
      Au début de décembre, le père Louis Paradis retourna à Saint-Henri pour vendre ses instruments agricoles, les animaux de ferme, le grain, le foin, et tout ce qui ne pouvait être utile pour les premières années de colonisation, et pour ramener le reste de la famille. Dans la semaine de Noël, quelques voitures de Lambton se rendirent à Saint-Henri pour transporter ce qui restait de ménage, et la veille de Noël, famille et ménage arrivaient chez Paul Roy. On entassa un peu partout les meubles et les ustensiles de cuisine et on logea les enfants au grenier.
      Sans perdre de temps, la famille Paradis continua les travaux de défrichement entrepris à l'automne, prépara le bois de charpente pour la grange et la maison, les matériaux pour la clôture et se mit en mesure de monter une sucrerie pour le printemps, car elle voulait profiter des revenus de cette industrie, la seule sur laquelle elle pouvait compter pour faire quelque argent.
      Pendant ce temps, d'autres colons venaient se fixer dans le canton d'Aylmer: François Gosselin, père de six enfants, achetait le lot 15 du 4e rang. Pierre Bernier, venu de St-Henri, le lot 16 du 1er rang, Augustin Mercier, gendre du père Côté, Pierre Mercier et son épouse, Romain Vallières, Pierre Dupont, Ephrem Mercier s'établirent tous sur le 2e rang ou 3e rang; enfin, Joseph Proteau construisit un moulin à farine et à scie sur le lot 19m du 2e rang.
      En 1855, le 4e et le 5e rang furent colonisé par Samuel Baillargeon, Jean Bilodeau, fils, Édouard Lachance, Joseph Paradis, Xavier Morin, Dominique Lapierre; la partie nord du premier rang le fut par Thomas et Frédéric Fortier, et Z. Bureau, de Lambton et par Louis Fortier de Saint-Romain; enfin les lots du 10e rang de Gayhurst encore sans propriétaire, furent presque tous achetés par Ferdinand et Simon Saint-Pierre, Jean Lapierre et les fils de Guillaume Audet.
      Avec cette année 1855, se termine la période proprement dite de colonisation; il ne reste plus qu'à terminer l'organisation paroissiale et municipale pour avoir une paroisse bien organisée . Dix ans ont suffit (1846-56) pour coloniser les cinq premiers rangs du canton d'Aylmer.  En 1851, c'est-à-dire cinq ans après l'arrivée des premiers colons, M. Stanislas Drapeau écrivait dans son rapport sur la colonisation du Bas Canada: "Le canton Aylmer a huit rangs d'étendue et il est presque au trois quarts établi: les cinq premiers rangs sont occupés: il y a même des établissements très avancé dans les 6e et 7e rangs...  En 1851, on comptait dans l'endroit 50 familles ou 264 âmes, d'origine canadienne-française, possédant 527 âcres de terre".  Désormais il ne restait plus à la future paroisse de Saint-Sébastien qu'à s'acheminer vers la prospérité. Les nouveaux venus ne furent plus des colons, mais ils achetèrent des lots déjà colonisés par d'autres qui n'avaient pu tenir. Parmi eux, on compte Charles Blouin et sa famille de huit enfants, de Saint-Isidore, Xavier Audet, Anthime Fillion et Édouard Paré, Magloire Roy et Laurent Lachance, Jacques Lessard, Joseph Dorval, Narcisse Rosa, fils, Damasse Fortier, William Gosselin, et Thomas Bolduc.
      Les premiers colons qui se fixèrent au 8e rang vers 1865, furent Elzéar et michel Saint-Pierre, François Goulet, Orphyle et Démerie Tardif, Xavier Longchamps, Louis et Edouard Bégin. Comme il n'y avait pas de route pour venir à la mission de Saint-Sébastien, ils allèrent à Lambton jusqu'en 1870 pour leurs devoirs religieux.
      Quant aux 6e et 7e rangs, la colonisation a commencé quelques années plus tard, soit vers 1870; aussi on vit Étienne Paradis sur le lot 11, Vénérand Fortier, Louis Hince, fils, Pierre Therrien, Joseph Boisselle sur le lot 14 et Samuel Baillargeon sur le lot 23 au 7e rang.
      Le développement de la paroisse fut assez rapide. À la cabane en bois rond des premiers colons succéda bientôt une bonne et solide demeure familiale dont la construction s'harmonisait merveilleusement avec le site et le décor d'alentour.


MISSION

      Pour remplir leurs devoirs religieux, les colons d'Aylmer devaient, à l'origine, se rendre à Saint-Vital de Lambton. Il leur fallait, par des chemins rudimentaires de ce temps-là, effectuer plusieurs milles et le plus souvent à pied. Tout revient à dire que malgré la meilleure volonté, il leur était quasi impossible de satisfaire au précepte dominical.
      Une telle situation durait depuis dix ans, les terres se défrichaient, les colons prenaient de l'importance et leur nombre augmentait au point que la question d'établir une mission parmi eux commença à se poser. La grande difficulté du début de toute mission, celle de trouver un local propice aux réunions des fidèles, surgit bientôt d'elle-même, là comme ailleurs; et c'est à la seule condition de trouver ce local que l'abbé Godbout, curé de Lambton et grand ami des colons, s'offrit de son côté à faire les démarches nécessaires en vue d'obtenir la permission de donner la  mission chaque mois.
      La question fut assez vite tranchée. On ne songea pas à construire de chapelle pour le moment; on chercha qui parmi les colons pourrait offrir dans sa maison un local à la fois assez spacieux et en même temps convenable à la célébration du saint sacrifice de la messe. Les recherches ne furent pas longues, car bientôt, grâce au zèle et à la générosité de Louis Paradis et de sa vertueuse femme, une partie de leur maison en construction fut aménagée à cet effet. Terminée à l'automne 1856, la maison des Paradis força, pourrait-on dire, le curé Godbout à accomplir sa promesse: il demanda à l'Archevêque de Québec la permission d'établir une mission avec faculté d'y célébrer la messe une fois par mois, sur semaine.
     Monsieur le curé de Lambton s'empressa d'annoncer l'heureuse nouvelle aux intéressés, leur demandant en même temps de construire pour le logement du missionnaire, une petite maison de 15 pieds par 15, où l'on pourrait aussi entendre les confessions. On se mit à l'oeuvre avec empressement, et, pour remédier à la rareté de la planche et du madrier, chacun prépara son morceau de bois équarri; on réussit ainsi à compléter la construction en l'espace d'un mois.
      C'est le 20 janvier 1857, en la fête de saint Sébastien, que Monsieur le curé Godbout inaugura pour les quelques 75 familles du canton d'Aylmer le service religieux en célébrant la première messe dans la maison de Louis Paradis. Il semble permis de croire que c'est en souvenir de cet événement que le nom de saint Sébastien fut plus tard donné à la paroisse.
      Le service de la mission inauguré en 1857 fut assuré aux colons jusqu'en 1869. Il est facile de présumer la joie de ces braves gens de se retrouver chaque mois ensemble autour du prêtre, de puiser aux sources de son ministère les éléments de force et de courage qui alimentaient leur foi et fortifiaient leur espérance tout en donnant à leur âme cet élan de charité que l'on trouve au foyer de tout groupement canadien-français.
      Ce début de vie paroissiale, en plus d'être une source de grandes consolations et un puissant encouragement pour nos jeunes colons, attira de nouvelles familles qui vinrent se fixer successivement dans le canton. On saluait avec joie leur arrivée et un jour de 1860, devant l'augmentation grandissante du groupe, les colons se demandèrent s'il n'était pas temps de trouver le site de l'église future. Un comité formé de Michel Tanguay, de Louis Paradis, père, et d'Ignace Royer, fut chargé d'étudier cette importante question. Il fut décidé qu'une requête serait envoyée à l'Archevêque pour demander une place d'église. Préparée par le notaire Arcand, de Saint-Joseph de Beauce, cette requête fut adressée, avec un plan de la paroisse projetée, à Monseigneur l'Évêque Charles-François Baillargeon, de Québec, le 24 avril 1861. On y mentionnait que le canton Aylmer possédait 135 familles, que la partie ouest du canton Gayhurst s'unissant à celui d'Aylmer en possédait 25, ce qui donnait au total pour la paroisse projetée de 160 familles ou 1000 âmes. L'argument de la distance fut aussi invoqué, car certaines familles avaient douze milles et plus à parcourir pour se rendre à L'église de Saint-Vital de Lambton. Dans la liste des signataires, on remarque nombre de noms de familles actuelles de Saint-Sébastien, notamment les Royer, les Paradis, les Audet, les Bernier, les Lapierre, les Proteau, etc. MM. Joseph Proteau et Louis Paradis, fils, furent délégués à Québec pour présenter la requête à l'autorité diocésaine. L'Archevêque , considérant que le projet n'était pas suffisamment mûri, en remit l'exécution à plus tard et encouragea les délégués à ne pas se décourager.
      Les colons acceptèrent cette décision avec grande soumission, en attendant des jours plus favorables. Ils évitèrent,  durant les quelques mois qui suivirent, de discuter du projet devant le curé Godbout, car son opposition au projet n'avait certes pas favorisé leurs démarches à Québec.
      Cependant, la population continuait d'augmenter, la maison des Paradis pouvait à peine suffire aux exigences nouvelles et la question de bâtir l'église revint d'elle-même sur le tapis. Une deuxième requête, datée du 19 janvier 1862, fut portée à Québec par MM. Joseph Proteau et Ignace Royer. Un peu plus tard, la construction de l'église de Lambton, à laquelle on voulait faire contribuer les colons d'Aylmer, amena une troisième requête, signée cette fois par plus de cent colons, à l'effet d'obtenir dispense pour les colons d'Aylmer de contribuer à la construction de l'église de Lambton, et de se choisir eux-mêmes un site pour une future église.
      L'Archevêque n'accéda qu'à la première partie de la requête, remettant à plus tard d'accéder à la seconde. Sans être un oui définitif, cette réponse valait l'approbation du principe, et l'espoir demeura vif en une solution prochaine.
      L'abstention des gens d'Aylmer à aider ceux de Lambton à la construction de leur église apporta des complications et décida M. le curé Godbout à demander son changement; il accepta volontiers la cure de Cap Santé dont il prit possession dès le 1er décembre 1863.
      Monsieur l'abbé Louis-Barthélémi Hallé, vicaire à Saint-Roch de Québec, fut nommé curé de Lambton, avec mission d'étudier la situation des colons d'Aylmer. Aussi, peu après son arrivée, il visita le site de la future paroisse, le canton Aylmer et la partie du canton Gayhurst. Il fit à l'Archevêque un rapport favorable qui fut accompagné d'une quatrième requête datée du 13 janvier 1864 et signée par plus des trois-quarts des colons.
      Monseigneur reçut les documents et voulu bien cette fois y faire droit. Monsieur l'abbé François-Xavier Tessier, curé de Saint-François de Beauce, reçut la mission de se rendre sur les lieux, pour vérifier la requête et ses allégués, marquer la place de la future église, y planter une croix, signe précurseur de l'érection d'une chapelle. Des avis publics furent lus et affichés à la mission, convoquant les intéressés à une assemblée qui devait se tenir au lieu de la mission, à la maison de Louis Paradis, le 26 janvier 1864. Cet avis requérait la présence de tous les contribuables afin de connaître leur opinion sur cette importante question et de prendre une décision opportune. Au jour indiqué, plus de cent citoyens se rendirent à l'endroit ci-dessus désigné et Monsieur l'abbé Tessier donna lecture de sa nomination, en présence de l'assemblée et lut le rapport de la commission formée pour étudier le projet de l'érection de la paroisse. Il déclara ensuite que tous les colons placés sur les dix premiers lots des huit rangs d'Aylmer continueraient d'appartenir à la paroisse de Lambton, vu la proximité de leurs lots de l'église de cette paroisse et l'éloignement où ils se trouveraient de la nouvelle église. Cette décision ne souleva guère de protestations et fut vite adoptée.
      Quand vint le temps de choisir l'endroit où serait plantée la croix, trois courants d'idées se formèrent; comme il arrive assez souvent dans l'histoire des paroisses canadiennes-françaises, quand les exigences du bien commun semblent contrarier les intérêts particuliers ou ne sont pas suffisamment comprises de tous, la division ou la chicane faillit se renouveller à Saint-Sébastien.  Un premier groupe de citoyens, dirigé par MM. Joseph Proteau, Barthélemi et Ignace Royer, voulait l'église sur le lot 18 du troisième rang.  Un second courant, patronné par MM. Cyprien Lapierre, François Gosselin et Zacharie Bilodeau, plaidait pour la bâtir au quatrième rang; enfin un troisième courant, qui comptait parmi ses adeptes, MM. Michel Tanguay, Jean Tanguay, Samuel Baillargeon, Louis Paradis, père et fils, préférait l'endroit qui fut définitivement choisi, non sans discussion. Chaque groupe défendait sa cause et tirait les conclusions à son avantage; M. l'abbé Tessier jugeant le temps venu de mettre fin aux discussions et aux hésitations, demanda une décision. On y consentit à condition qu'on prit le vote. Le résultat du vote tourna en faveur du troisième courant d'opinion qui fut ensuite adopté.  Le vote qui avait donné une majorité de 69 voix décida donc de l'emplacement de la croix.  Le procès-verbal dressé par l'abbé Tessier, en date du 26 janvier 1864, déclare, qu'une église s'imposant, le site est déterminé: le tiers sud du lot 24, du troisième rang d'Aylmer, à environ 200 pieds au nord-est du chemin royal (approximativement à la place de la sacristie actuelle et du choeur de l'église). L'église sera construite en bois, aura 85 pieds de longueur, 40 de largeur, 20 pieds de hauteur au-dessus des lambourdes; le portique fera face au chemin. Le curé de Saint-François de Beauce et le curé de Saint-Vital de Lambton ont signé le procès-verbal que sanctionna l'Archevêque de Québec, en autorisant la nomination de syndics volontaires.
      Le curé de Lambton continua de donner la mission jusqu'en 1869, alors qu'un prêtre résident fut donné à la nouvelle paroisse de Saint-Sébastien. Les difficultés qui n'avaient pas manqué jusque-là ne devaient pas se clore avec les délibérations. La construction de l'église qui va commencer saura faire surgir à son heure des tracas de toutes sortes qui montreront une fois de plus l'intervention de la main divine en faveur de la nouvelle paroisse de Saint-Sébastien.



PREMIÈRE CHAPELLE

      Après la plantation de la croix qui fixait l'endroit de la future église, la jeune paroisse n'était encore qu'au début de ses joies et de ses peines. On projeta d'abord de construire l'église dès cette même année 1864. Un plan général fut élaboré qui distribuait entre les contribuables le travail de la préparation du bois de charpente.  Bientôt, plusieurs quotes-parts furent apportées et vers la fin de l'hiver, à peu près la moitié du bois requis était rendue sur place.
      On nourrissait le ferme espoir d'en finir avant la fin de l'année quand un différend vint troubler l'ardeur commune. Les partisans des deux groupes dont l'opinion n'avait pas prévalu lors de l'assemblée du 26 janvier précédent, se concertèrent pour refuser leur aide à la construction et si possible empêcher qu'elle ne se fît. Cette proposition aussi néfaste qu'inattendue fit qu'on remit l'exécution du plan à l'année suivante dans l'espérance que ce délai ramènerait les opposants à de meilleurs sentiments. Mais ce fut le contraire qui arriva; on ne tarda pas à se rendre compte que ce premier échec les avait encouragés dans leurs sournoises machinations et l'on comprit bientôt que leur but était d'empêcher tout travail, afin de faire valoir aux yeux de l'autorité religieuse l'argument que si un autre site eût été choisi, l'église serait construite.
      Le seul moyen qui restait aux amis de la bonne cause était de construire leur église sans l'aide des opposants; mais c'était à peu près impossible. Pour en arriver à une solution pratique, on s'adressa à l'Archevêque pour obtenir de modifier le plan et de permettre plutôt de construire un presbytère qui servirait de chapelle en attendant des jours meilleurs. Monseigneur y consentit volontiers et dans le mois de juin 1865, on se mit à l'oeuvre, sous la direction de Michel Tanguay et de Louis Paradis et les travaux furent menés avec vigueur.
     La bâtisse, destinée à devenir plus tard un presbytère, devait mesurer 45 pieds de longueur sur 33 de largeur. Le solage fut exécuté par le chef de la première famille de cette paroisse, Jean-Baptiste Campagna, et Louis Paradis, fils, agissait comme maître-charpentier. Ce début de construction exigea beaucoup de travail, et bientôt, la charpente, faite avec le bois amené pour construire l'église, fut debout; le carré fut élevé de 15 pieds de hauteur sur le rez-de-chaussée qu'on avait construit pièce sur pièce et lié par des mortaises. Il restait à rendre la maison habitable. On décida de finir l'ouvrage pr mode d'entreprise et on lança une souscription. Louis Paradis, ayant présenté une soumission par laquelle il s'engageait à terminer le travail pour le premier de l'an 1866, moyennant une somme de $300, fut agréé comme entrepreneur. Il se mit à l'oeuvre aussitôt, fit un voyage à Lévis et à Québec pour se procurer les matériaux nécessaires, ferrures, peinture, vitre, etc., et confia à un jeune ouvrier nommé Légaré, l'exécution du fini intérieur. Le curé Hallé, de Lambton, voyait avec plaisir les travaux avancer rapidement et dès la fin de décembre on prévoyait l'ouverture de la chapelle pour les premiers jours de janvier.
      Pour rallier les opposants de la construction de l'église qui voyaient leurs mesquines oppositions s'envoler comme la fumée, Monsieur le curé Hallé eut recours à un petit subterfuge et l'affabilité de ses manières eut raison de tout. Ayant acheté une cloche pour la mission, il offrit aux opposants de se charger eux-mêmes d'élever la charpente, la "chèvre", comme on disait vulgairement, destinée à servir de clocher.  Ce fut accepté; mais aucun d'eux ne se sentant de taille à diriger la construction, on dut demander l'aide de Louis Paradis.  De l'avis de tous, il suspendit pour un temps les travaux de son entreprise.  la chapelle encore vide de son ameublement servit, à cause de la rigueur du froid, à préparer le bois nécessaire pour l'assemblage et le 19 janvier, à l'aide de palans, on réussit, non sans difficulté, à élever en face de la porte d'entrée cette tour, haute de 42 pieds, ayant 18 pieds carrés à la base et 6 au sommet.
      Retardés quelque temps par la construction de la "chèvre", les travaux de l'église reprirent aussitôt: on finit le plancher, on fit les bancs et l'on se contenta comme ornementation de la couleur naturelle du bois. Enfin, le mercredi des Cendres, 14 février, à 3 heures de l'après-midi, eut lieu la première cérémonie religieuse dans la première chapelle, la bénédiction et l'imposition des Cendres. Le lendemain, il revenait au vénéré curé de Lambton, Monsieur Hallé, de présider à la bénédiction du temple et d'y chanter la première grand'messe.  Déjà, depuis le 13 septembre 1865, par décision de l'Ordinaire, la paroisse avait été placée sous le vocable de saint Sébastien; depuis cette date, on ne parlait plus que de la paroisse de Saint-Sébastien d'Aylmer.
      Quelques mois plus tard, le 15 août 1866, un acte de la Législature du Canada rattachait les dix premiers lots des huit rangs du canton d'Aylmer à la paroisse de Saint-Vital de Lambton, comme il avait été précédemment décidé.
      À partir de ce moment, les paroissiens de Saint-Sébastien, groupés et réconciliés autour de leur modeste clocher virent leur courage se raffermir et bientôt,  ils se prirent à désirer un prêtre résident. Monsieur le curé de Lambton, qui continuait de donner la mission tous les mois, leur fit remarquer que la chose ne serait possible que le jour où les paroissiens seraient en mesure de faire vivre convenablement leur curé, et que pour le moment, on ne pouvait y compter.
      Cependant, un incident plutôt étrange vint contribuer à devancer ce jour tant désiré. Bon nombre des habitants de Saint-Sébastien possédaient des bancs dans la chapelle paroissiale de Saint-Vital de Lambton. Et comme cette chapelle aux dimensions restreintes ne pouvait même pas répondre aux besoins des gens de la place, il fut décidé que les habitants du canton d'Aylmer n'auraient plus la faculté d'acheter des bancs à la prochaine vente des bancs du dimanche 1er juillet 1867. Évincés par la force des choses de la messe paroissiale du dimanche, les paroissiens de Saint-Sébastien reçurent donc, grâce à l'intervention du curé Hallé, la permission de l'Ordinaire d'avoir la messe le dimanche, une fois par mois. Ils devaient cependant continuer d'aller à l'église de Saint-Vital pour les baptêmes, mariages et sépultures.
      La mission de Saint-Sébastien, qui au début (janvier 1857) ne jouissait du privilège que d'une messe sur semaine, puis mensuelle dominicale en 1867, vit sa population augmenter au point que la question d'un curé résident devint un problème de première nécessité.
      À l'automne de 1868, le curé Hallé annonça aux paroissiens que sils voulaient construire une résidence pour y loger un curé, il ferait les démarches nécessaires auprès de l'autorité diocésaine en vue d'obtenir cette faveur. On se pressa de remplir la condition et le 30 août 1869, Monsieur Hallé faisait à Monseigneur Baillargeon l'exposé suivant: "Les jours où la mission a la messe, la paroisse qui en est privée commence à être témoin de désordres très graves... Ces jours-là, certaines gens vont boire à une auberge dans Saint-Romain".  Monsieur le curé ajoutait , pour appuyer sa demande, que déjà le presbytère serait prêt pour la Saint-Michel prochaine et que le curé aurait une bonne terre de 28 arpents de longueur par deux de profondeur, dont 12 sont actuellement défrichés.
      L'Archevêque se rendit promptement aux représentants de Monsieur Hallé , et la mission de septembre 1869, il annonçait à la population de Saint-Sébastien que, vers la Saint-Michel, elle aurait un curé résident.
      Le premier dimanche d'octobre 1869, le nouveau curé, M. l'abbé Charles Hallé, frère du curé de Saint-Vital, chantait pour la première fois, comme curé résident, la grand'messe dans la modeste chapelle de Saint-Sébastien.  C'est cet événement capital dont l'on commémore le 75e anniversaire cette année. (en 1944)
À partir de cette date, la sainte Eucharistie fut consacrée chaque jour et conservée à la grande consolation des fidèles; la lampe du sanctuaire, la gardienne vigilante du saint Tabernacle, allait brûler désormais pour ne plus s'éteindre, et la charité du divin Prisonnier envahissant le temple, y attendait la conquête de tous les coeurs.
      Cette chapelle, à laquelle en 1870 on ajouta une sacristie de 28 pieds carrés et qu'en 1879 on enrichit d'une statue de la Sainte Vierge, don des jeunes filles, et d'une autre de saint Joseph, don des jeunes gens, servit aux offices religieux de la paroisse jusqu'à la construction de l'église actuelle en 1869, soit durant 20 ans.
      Dès son arrivée en 1876, Monsieur le curé Garon faisait face à un problème assez urgent à résoudre; il constatait que la chapelle était déjà trop petite pour le nombre sans cesse croissant des habitants de la paroisse et ne pouvait envisager maintenant la construction d'une église, les revenus étant encore insuffisants. Il visa à la solution la plus économique pour le tempos en utilisant le haut qui fut converti en jubé, ce qui ajoutait une quarantaine de bancs pouvant ainsi accommoder tout le monde. Il fit aussi quelques autres améliorations qui s'imposaient car, dans sa pauvreté, la chapelle pouvait être qualifiée "d'étable de Bethléem".
      Malgré son dénuement, la chapelle fut fréquentée par les braves gens de la paroisse; ils s'en contentaient tout en désirant voir bientôt poindre le jour où ils pourraient offrir une demeure plus digne au Seigneur et se ménager pour eux un lieu de prière plus spacieux.


LE PRESBYTÈRE      

Monsieur le Curé de Lambton ayant posé comme condition à ses démarches pour l'obtention d'un prêtre résident à Saint-Sébastien, la construction d'une demeure convenable pour loger ce prêtre, les habitants poussèrent le projet jusqu'à sa complète réalisation.
      Durant l'hiver de 1869, le bois de charpente fut préparé et dès le printemps, la bâtisse fut élevée dans les mesures de 30 x 30; l'entreprise du parachèvement fut confiée à Louis Paradis et les travaux devaient être terminés pour la Saint-Michel. Toutes ces conditions furent soigneusement remplies, et , à la date fixée, la maison était logeable.
      Un presbytère cependant, dans une paroisse de campagne, ne peut suffire sans dépendances. Le curé, aussi bien que quiconque, sent le besoin d'une grange et d'un hangar. C'est pourquoi, à la mission de juillet, Monsieur Hallé informa les assistants que Monseigneur l'Archevêque exigeait encore qu'on ajoutât une grange et une étable à la construction du presbytère, pour leur envoyer un curé; après la messe, il fut décidé dans une assemblée des paroissiens, que l'on se rendrait à la demande de l'Autorité.  Dans ce but, il fut alors convenu qu'à la mission du mois suivant, une corvée serait annoncée. En effet, le dernier dimanche, Monsieur le curé convoqua pour le mardi suivant, tous les hommes afin de préparer le bois, le charroyer et le ver la grange, ajoutant qu'il nourrirait à ses propres frais tous ceux qui se rendraient travailler.
      Le mardi 29 août 1869, la journée débuta par une cérémonie religieuse où furent contractés les deux premiers mariages à Saint-Sébastien. M. le curé, en effet, bénissait l'union de M. Léon Royer avec Mademoiselle Dina Lapierre, et celle de Francis Giguère avec Vitaline, fille de Barthélémi Royer. Ces mariages toutefois furent enregistrés à la paroisse de Lambton.
      Après la cérémonie, M. le Curé, accompagné de près de soixante hommes, se dirigea vers la forêt, sur la terre de l'église, pour y surveiller la coupe et l'équarrissage du bois nécessaire.  M. le Curé qui craignait de l'opposition a réclamer d'un seul coup le bois qu'il fallait pour la grange et le hangar, usant d'un petit stratagème, décida secrètement avec Louis Paradis, charpentier directeur des travaux, qu'il ne serait question que de la construction de la grange.  Le travail avançait tant et si bien que le lendemain midi, dès que l'on s'aperçu que la quantité de bois était amplement suffisante, M. le curé fit remarquer qu'il y en avait assez pour la grange et le hangar.  Félicitant tout le monde de la bonne volonté manifestée, on transporta le bois et on décida de poursuivre la construction des deux bâtisses immédiatement.
      Le bois rendu sur place, il fallut tailler et lever les charpentes. La grange mesurait 36 x 300 et le hangar 25 x 25.  Commencés aussitôt après le dîner du même jour, les travaux furent poussés avec une telle rapidité que le lendemain, jeudi soir, au son de l'Angélus, les deux bâtisses étaient debout. C'était une véritable surprise pour tous de voir autant de travail réalisé en trois jours, et le souvenir de cette corvée est demeuré longtemps dans la mémoire des paroissiens.
      Cette journée mémorable se termina par la cérémonie du premier baptême à Saint-Sébastien, où Louis Paradis et son épouse furent parrain et marraine de Mélanie, fille aînée de Vital Godbout.
      Ce n'est qu'au cours de l'automne que la grange et le hangar furent terminés par Romain Dallaire. La grange fut utilisée pendant cinquante ans et le 26 février 1919, la Fabrique décida de la démolir et d'en construire une nouvelle, plus spacieuse et offrant plus de commodités. L'entreprise cette fois fut confiée à un paroissien, Gédéon Talbot, pour la somme de $2686.03, et les travaux furent faits durant l'été suivant.
      Les conditions remplies, Saint-Sébastien reçut dons son premier curé, M. Charles Hallé, le 1er octobre 1869.
      Le presbytère logeable sans doute, offrait peu de commodités, et surtout peu de garantie contre le froid de nos hivers rigoureux.  M. Hallé garda cependant sa résidence telle quelle tout le temps de son séjour à Saint-Sébastien.  Dès l'arrivée de M. Samuel Garon, le premier souci du nouveau curé fut de faire au presbytère les réparations que son prédécesseur avait économiquement remises à plus tard.  Ces améliorations employèrent une partie de l'hiver de 1876 et exigèrent des dépenses assez importantes.
      Ce  premier presbytère a servi de logement à  nos curés pendant vingt-quatre ans, d'octobre 1869 au 22 novembre 1893.  La maison fut alors vendue à M. Hector Dorval qui la fit transporter de l'autre côté du chemin, en face de l'église, et s'en fit une jolie résidence que son fils, Josaphat, habite encore présentement.
      L'histoire du presbytère actuel, le deuxième, remonte à 1866. On se rappelle que les colons décidèrent à cette époque, en attendant de pouvoir construire l'église, de bâtir une chapelle qui pourrait être transformée, dans la suite, en résidence pour le curé.  Ce plan commença à se réaliser dès que la construction de l'église fut décidée en 1887. Les Syndics alors acceptèrent, d'un commun accord, la soumission de M. Augustin Audet de diriger le transport de la chapelle, de faire un solage de quatre pieds au-dessous du sol, tous les matériaux lui étant fournis, excepté la chaux.  Cette décision fut acceptée aussi par l'entrepreneur, et M. le Curé Nadeau en a consigné le fait dans le récit suivant, daté du 22 septembre 1887:
      "On a travaillé 12 jours au solage de la chapelle et de la sacristie; c'est M. Bernard qui a présidé à tout: au déplacement de la chapelle et de la sacristie qui a pris 3 jours non pas parce qu'il n'y avait pas assez de monde, non, car les paroissiens ont été extrêmement généreux et ont reçu de sincères et chaudes félicitations, mais parce que la bâtisse est fort pesante et qu'on avait tout laissé même la cloche. Ce transport a eu lieu du 11 au 14 juillet. Après celà, les gens, sur la demande faite par le curé, ont fait deux corvées pour charroyer la pierre et le sable pour le solage. Tout s'est fait avec un entrain et un zèle admirables; pas un murmure, tous de bonne humeur, sachant qu'ils travaillaient pour la gloire de Dieu et l'honneur de leur paroisse.  Cette unité et cet entrain leur ont valu ces paroles de leur curé qui, en les félicitant leur disait: "Je me sentais fier de me trouver à la tête d'une telle paroisse".  Quelques uns proposèrent de mettre trois rangs en pierre de rang au solage du futur presbytère, ils se cotisèrent pour faire fendre la pierre à cet effet.
      Les petits enfants même ne furent pas indifférents; ce sont eux qui ont rempli de petits cailloux, de petits graviers, le drainage autour de la chapelle et de la sacristie. C'était intéressant de les voir (avant et après la classe) charroyer avec leurs petites charrettes ou brouettes faites "ad hoc". Le curé présidait à ces petits travaux;  la gaieté, l'ardeur de ces chers enfants l'amusaient beaucoup. Il faut avoir été témoin des travaux qu'a exigé ce déplacement de la chapelle et de la sacristie, de même que la construction du solage, pour pouvoir apprécier dignement la bonne volonté et la grande générosité que les paroissiens ont montrées en tout celà. Le bon Dieu ne peut pas ne pas les bénir dans leurs entreprises".
      Quand le curé actuel prit la direction de la paroisse, en mai 1938, il se trouvait en présence de réparations urgentes à faire à l'église et au presbytère; il constata vite qu'une restauration générale des édifices était nécessaire.
      Quand on considère que le presbytère actuel, c'est la première chapelle bâtie en 1869, l'année de la fondation de la paroisse, convertie en résidence vingt-quatre ans plus tard, on comprend mieux l'intérêt que les paroissiens y ont porté dans ces récentes démarches de 1938 pour l'améliorer. Sans doute, il avait été retouché au cours des années, mais le temps avait fait ses ravages de profonde détérioration. Le plus grand des défauts de la bâtisse était, sans conteste, son manque de protection contre le froid. Le curé qui venait de quitter la paroisse non moins que ses commensaux avaient gelé "tout ronds" pendant des années, et le nouveau curé prévoyait s'y conserver "frais" au cours du prochain hiver. Messieurs les marguillers, approuvèrent un premier projet de faire quelques travaux d'aménagement à l'intérieur du presbytère; exécutés au cours de l'été de 1938, ces travaux laissèrent quand même la bâtisse bien froide, tout en conservant à l'ensemble l'aspect extérieur d'une masure.
      Comment changer tout celà?  Un plan fut sagement conçu et étudié par lequel les travaux de restauration du presbytère devaient aller de pair avec ceux de l'église. Sous la conduite de Josaphat Talbot, menuisier de la paroisse, le presbytère fut refait à neuf à l'extérieur, le point de vue salubre fut grandement amélioré; on y ajouta un solarium qui lui donne maintenant l'aspect d'une maison imposante et plus en conformité avec les dignes hôtes qu'elle habite; elle fait vraiment honneur à la paroisse.


LE CIMETIÈRE      

On a dit que les moeurs sociales d'un peuple sont en proportion de son respect des tombeaux, de son culte des morts et de sa religion du souvenir.
      Or la réputation de la paroisse de Saint-Sébastien n'est plus à faire sur ce sujet et l'on y sait que, après ses temples, elle n'eut rien de plus sacré que ses cimetières.
      Le cimetière qui fut préparé aussitôt après l'arrivée du premier curé était situé à l'endroit où se trouve actuellement le couvent des Soeurs de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. La première inhumation datée du 9 octobre 1869 fut celle d'un enfant de six mois, François-Xavier, enfant d'Étienne Côté.
      Durant l'hiver qui suivit il ne mourut personne mais au printemps, les deux premières personnes adultes furent inhumées :  Madame Malvina Boisselle, âgée de 27 ans, épouse de Blaise Tanguay, dont la sépulture eut lieu le 26 mai, et Madame Julienne Côté, épouse de Lazare Côté, décédée le 19 juin 1870. Au cours de l'été, on entoura le cimetière d'une clôture, ce travail fut fait à la corvée.

      Après l'inhumation d'Angèle Baillargeon, fille de feu Samuel, le 24 septembre, d'Henriette Roy, épouse de Louis Boutin, le 8 octobre, et de Marie Guillemette, épouse de Nazaire Fortier, le 29 octobre, le cimetière est agrandi d'un peu plus d'un quart d'arpent en vertu d'une décision de la Fabrique en date du 9 mai 1894, autorisant à dépenser $200.00 à cette fin.  Le cimetière mesure alors 154 pieds de profondeur par 180 de largeur. La bénédiction de cette nouvelle partie eut lieu le 5 octobre 1895 par Monsieur le Curé P.M. Meunier. Les quatre premières personnes inhumées dans la partie nouvelle furent : Jean Tanguay, Pierre Lachance, fils de Laurent, Malvina Boutin, épouse de Joseph Boutin, et Damase Fortier.

      Le Cardinal Bégin, à sa visite pastorale du 15 juillet 1912, demanda l'amélioration du cimetière qui ne répondait plus aux exigences de la loi et de l'hygiène. Cette importante question fut aussitôt soumise à l'étude et finalement le 27 septembre, la Fabrique décida d'acheter de M. Hector Dorval, un acre de terrain en superficie (208 pieds anglais) situé à moins de trois arpents, sur la route de premier rang, pour la somme de $500.; le contrat fut signé le 22 janvier 1913. Le coût total pour la porte, l'ouvrage à la clôture. la peinture. le chemin, etc. s'est élevé à $142.41.

      La bénédiction eut lieu le 18 mai 1913 par Monsieur le Curé J. Amédée Poulin et l'exhumation des 1034 corps de l'ancien cimetière se fit du 1er au 14 septembre suivant.

      Une rangée d'érables fut plantée le long de la clôture; ces arbres maintenant de forte taille jettent leur ombrage sur les monuments et les croix qui rappellent le souvenir des disparus et ajoutent une note de solitude et de paix sur ce champ qui réunit dans un éternel repos tous les membres de notre famille paroissiale.


CLOCHES

       La cloche qui convoque le peuple à la prière est un peu l'âme d'une paroisse. En effet, du berceau à la tombe, elle anime la vie paroissiale.  Au baptême des petits enfants, elle prend une voix heureuse pour annoncer qu'un membre nouveau est admis au giron de l'Église; au mariage des époux elle chante la joie et la fierté pour proclamer la fondation d'un foyer nouveau; à la sépulture des défunts, sa voix se fait triste et sympathique, mais aussi remplie d'espérance à la pensée de la résurrection future.
      La voix des cloches saintes n'est pas sans émouvoir les populations chrétiennes qui en ont toujours compris le pieux symbolisme.
      À Saint-Sébastien, dès les débuts de la première chapelle, on s'en souvient, la cloche fut la bienvenue.
      M. le Curé Hallé, de Lambton, qui présida aux travaux de la construction de cette chapelle profita d'une circonstance assez fortuite pour obtenir la première cloche.  En 1865, le Conseil venait de recevoir la somme de $175. du Gouvernement pour intérêts des indemnités seigneuriales.  Monsieur le Curé demanda pour acheter une cloche; elle fut accordée aussitôt.
      La cloche, du poids de 405 livres, fut achetée à Montréal et expédiée à Sherbrooke, station, à cette époque, la plus rapprochée de nos cantons.  Cet éloignement n'entrava aucunement l'ardeur des paroissiens et dans la semaine de Noël, Antoine Blouin et Damase Paradis allèrent la chercher et la transportèrent à Lambton, où, au jour de l'an 1866, elle accompagna sa soeur, la cloche de l'endroit, pour sonner l'Angélus.
      En attendant que fut terminé le clocher qui devait recevoir la cloche, M. le Curé Hallé préparait la cérémonie de sa bénédiction ou de son baptême pour le 19 janvier; c'était la première fois que pareille cérémonie se célébrait dans nos cantons. La collecte, élevée à $260.00 servit à rembourser une somme de $100.00 empruntée par les Syndics lors de la construction du presbytère; ainsi, loin d'avoir endetté les habitants de la mission, cette cloche servit à payer une dette dont l'acquittement aurait pu encore peut-être tarder.
      La cloche bénite fut transportée à Aylmer le jour même, dans une voiture traînée par deux chevaux et accompagnée d'une soixantaine d'autres; à 5 heures du soir, la cloche, baptisée du nom de Pierre-Agnès, était installée, non sans difficultés, dans son clocher temporaire, et annonça tout de suite son arrivée aux échos d'alentour. C'était un événement, surtout pour les jeunes dont plusieurs n'avaient jamais ouï de son de cloche; cela leur paraissait un rêve.  Ce même soir, M. Louis Paradis, fils, eut l'honneur de sonner le premier Angélus, et depuis cette date, trois fois par jour, la cloche convoque les paroissiens à la récitation de la prière à Marie.
      En 1889, lors de la construction de l'église neuve flanquée d'un beau clocher, les paroissiens se prirent à désirer un carillon dont la voix se ferait entendre jusqu'aux extrémités de la paroisse.
      Seule la modicité des ressources avaient fait différer le projet. Cette question revint d'actualité à l'occasion d'une visite faite dans la paroisse en 1903 par le Père Brousseau qui recueillait des aumônes en faveur de l'hospice de Saint-Damien. Un bon nombre d'amis assemblés au presbytère un dimanche où le Père remerciait la paroisse des aumônes qu'il en avait reçues, un des assistants saisit l'occasion de dire qu'il le félicitait du succès de sa collecte mais que, d'un autre côté, cela retardait d'autant l'achat des cloches dont notre église avait besoin. Ces quelques paroles firent sourire le bon Père, et après quelques échanges de vue entre les assistants, M. le Curé se décida d'essayer une souscription par toute la paroisse, afin d'avoir à recueillir une somme suffisante pour faire l'achat des trois cloches.  La paroisse encore dans cette circonstance fit des efforts généreux en souscrivant la somme projetée; M. le Curé recueillit $886. à sa visite paroissiale; ce premier résultat fut si encourageant que le 19 juillet 1903, dans une assemblée régulière, la Fabrique décida d'acheter des cloches et de les faire venir des célèbres manufactures françaises Paccard au coût de près de $2,000.00.
      La belle et imposante cérémonie du baptême eut lieu le 23 mars 1904. Le soleil était si radieux que l'on aurait dit que la Providence avait voulu se mêler à la fête.  Le célébrant fut M. l'abbé Arthur Belleau, curé de Lambton, autorisé à cet effet, par Monseigneur l'Archevêque. La première des cloches pèse 2052 livres et se nomme Charles, du nom du premier curé, M. Charles Hallé; la seconde pèse 1497 livres et porte le nom de Samuel, nom du second curé de Saint-Sébastien, M. Samuel Garon; la troisième pèse 1058 livres et s'appelle Louis, nom du troisième curé, l'abbé Louis-Ernest Nadeau. Les nombreux parrains et marraines furent pris parmi les paroissiens et l'on a conservé les noms de quelques-uns d'entre eux: MM. et Mmes Michel Saint-Pierre, Louis Boutin, père, Télesphore Garon, Louis Paradis, Élie Paradis, Joseph Lacombe, Cyprien Lapierre, Charles Boutin du 4e rang, etc...

      La veille de ce jour mémorable, M. le Grand Vicaire Gauvreau, curé de Saint-Roch de Québec, délégué par Monseigneur l'Archevêque, avait béni des cloches à la paroisse-mère de Lambton; il y avait aussi donné le sermon dans lequel, après avoir rappelé le rôle et la mission des cloches dans l'Église catholique, il fit l'éloge de la paroisse de Lambton et de Saint-Sébastien, rappelant qu'à Saint-Sébastien, soixante ans ne s'étaient pas encore écoulés depuis le défrichement et la chute du premier arbre abattu dans les limites de cette paroisse  et que celle-ci possédait déjà une jolie église neuve et trois belles cloches. Il termina son allocution en invitant les paroissiens à ne jamais rien négliger pour la gloire de Dieu, leur rappelant que ce même Dieu sait rendre au centuple ce que nous savons lui offrir du fond du coeur. À cette cérémonie, un nombreux clergé assistait: MM. les Abbés L.-M. Morisset, de St-Ephrem, L.-H. Deschênes, de St-Samuel, A. Lafrance, de St-Martin, Louis Belleau, vicaire à Lambton, L.-R. Morissette, de St-Zacharie, Joseph Jobin, de l'Enfant-Jésus, N.-H.-G. Gaulin, de Ste-Cécile, Godbout, desservant da la Jeune Lorette, Québec, Joseph Rouleau, de St-Gédéon, L.-J. Pelletier, de St-Romain, H. Fraser, de Shenley, Louis Gosselin, de Ste-Martine, H. Desroches, vicaire à Notre-Dame de Jacques-Cartier, Québec.

      La cérémonie terminée, les cloches furent installées dans le clocher par la Maison Morrissette de Québec et à midi, elles sonnaient l'Angélus; le soir du même jour, elles sonnèrent deux baptêmes.

      Je ne puis résister au plaisir de citer ces vers si bien appropriés et évoquant milles souvenirs parfumés de joie et de tendresse:

       Le récit de cette fête couronne bien le chapitre sur le temple religieux de notre paroisse. Mille souvenirs du passé y sont attachés! Un bon nombre de ceux qui avaient ouvert la paroisse et qui y assistaient ne cessaient de répéter :
"Qui eût cru, il y a cinquante ans, lorsque l'on se côtoyait ;a travers les arbres, sans chemin, sans église ni chapelle, ni curé, ni missionnaire, en un mot lorsque tout était à créer, qui eût cru que la Providence nous accorderait la grâce d'en voir autant!"

      Notre bon curé Meunier jubilait et se servait de ces exemples de collaboration si fraternelle de ses paroissiens pour prêcher l'union des volontés et des coeurs au service du bien commun et à la gloire de Dieu.

      Que devint la cloche du modeste clocher de 1869?  Suivons-la dans le pèlerinage entrepris à l'arrivée du carillon à Saint-Sébastien.  Le 27 décembre1903, le Conseil de la Fabrique décida à l'unanimité de l'offrir à la nouvelle paroisse de Sainte-Martine de Courcelles, dont une partie des fidèles étaient d'anciens paroissiens de Saint-Sébastien qui avaient même contribué à la construction de notre église.  En 1919, Sainte-Martine reçut à son tour un carillon.  "Pierre-Angès" émigra donc une seconde fois et alla élire son domicile dans le clocher de l'église de Sainte-Cécile où elle continue encore sa fidèle mission.


MARGUILLIERS ET SYNDICS

      La paroisse canadienne, "cette belle et féconde institution dont nous devons tous être fiers, parce qu'elle est, selon le mot si juste de Mgr Larocque, le rempart de notre foi", s'est appuyée chez nous sur la collaboration intime qui unit le curé et les paroissiens représentés, en ce qui concerne l'administration, par les marguilliers et les Syndics.
      Les marguilliers ont pour fonction d'administrer les biens de la fabrique. Ils sont autorisés à faire les achats et les dépenses ordinaires. Tout emprunt, toute dépense extraordinaire exige le consentement de l'Évêque donné par écrit.  Les marguilliers de Saint-Sébastien de Beauce s'en sont toujours aux donnés du code ecclésiastique et du code civil.
      Ce fut le 21 mars 1886 qu'eut lieu la formation d'un corps de marguilliers dans la paroisse. Furent élus anciens marguilliers:  Ignace Royer, Abraham Boutin et Jean Audet dit Lapointe.  Marguilliers en charge: Augustin Audet, Narcisse Rosa (fils) et Augustin Lacroix.
      Voici la liste de leurs successeurs avec l'année de leur entrée en fonction:

      Si les marguilliers veillent à la conservation de tout ce qui appartient à la fabrique, dans le système de notre droit, les syndics les remplacent pour la construction même des édifices religieux.  On les nomme pour aider l'autorité ecclésiastique, pour exécuter ses décrets.

      Le 27 juin 1886, les syndics Ludger Lemieux, Edouard Lapierre, Jean Audet, Ferdinand Godbout, Edouard Dallaire, Joseph Duquet et Damase Fortier furent élus pour exécuter le décret canonique autorisant la construction de l'église.

      Le 27 juillet 1890, considérant leur tâche accomplie, l'ouvrage de l'église et de la sacristie étant terminé, les syndics remettent aux marguilliers toutes les affaires dont ils se sont occupées; leur démission est acceptée.

       On verra avec quel tact ils ont agi par le témoignage suivant tiré du procès-verbal de cette réunion des marguilliers et syndics: "Les remerciements les plus sincères sont adressés aux Syndics pour la manière si habile, si désintéressée et si prudente avec laquelle ils ont su conduire à bonne fin la grande entreprise qui leur était confiée.  Avant tout, ils ont eu à coeur l'intérêt de la paroisse, leur prudence s'est manifestée surtout après le décès de M. Aug. Audet le premier entrepreneur.  Ils n'ont pas regardé leurs peines ni leurs pas pour assemblées et délibérations.  Il est donc juste que la reconnaissance qui leur est due leur soit témoignée".

       Même, son Éminence le Cardinal Taschereau, Archevêque de Québec, lors de sa visite durant la construction de l'église, le 9 juin 1888, a signalé que "MM. les Syndics ont agi avec une grande prudence dans la difficulté causée par la mort de l'entrepreneur".


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