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CONSTRUCTION DE L'ÉGLISE

      "Une église canadienne, c'est le sanctuaire inviolable où le Canadien abrite son idéale patrie avec ce que ses pères lui ont légué de plus précieux, sa croyance et sa langue.  Aussi, toute paroisse qui s'ouvre est considérée comme une victoire française, tout fondateur de paroisse comme un grand patriote.  Et jamais la petite patrie du Canadien, son église, ne lui paraît assez belle. Pour la parer davantage, les pauvres artisans ou laboureurs ne craignent pas de dépenser des sommes qui paraissent incroyables, quand on songe qu'elles représentent le fruit d'une pénible épargne!  Aussi, leurs titres de propriétaires, acquis au prix d'exceptionnels sacrifices, ajoutent encore à l'amour de leur clocher la fierté de son patriotisme!"
Gustave Zidler, cité dans Monographies paroissiales, 1913, par Hormidas Magnan.

      En commençant le chapitre de la construction de notre église, nous abordons aussitôt la question des longs procédés qui ont servi de prélude à cette importante affaire.  Il faut remonter à dix ans au moins avant le parachèvement de l'oeuvre, jusqu'à l'administration de M. Samuel Garon.
      Construire une église est une entreprise importante qui exige de longs procédés, des assemblées nombreuses, des démarches de toutes sortes et des déboursés considérables.  Souvent, il faut dire, chez nos compatriotes si attachés à leur foi, si dévoués à leur religion, si respectueux vis-à-vis de l'autorité religieuse, c'est une époque redoutable et grosse de conséquences.
      Il s'en trouve malheureusement de ces meneurs qui, prenant une mauvaise voie, se laissent égarer par les raisonnements faux, les prétentions orgueilleuses, et qui, servis par un esprit mal équilibré parfois, sont incapables de se guider avec sagesse et encore plus impropres à conduire les autres.  Ils se prononcent imprudemment dans un sens et puis, leur opinion donnée, ils ne veulent plus en démordre.  C'est ce qui amène souvent l'éloignement du bercail d'où ils ne reviennent que plus tard ou jamais.
      Dieu merci! à Saint-Sébastien, rien d'affligeant n'est venu assombrir cette époque mémorable; les premières difficultés furent bientôt aplanies puis, le calme, l'entente, l'union et les procédés les plus aimables n'ont cessé de régner entre le curé, les syndics, les paroissiens et les entrepreneurs; chacun dans sa sphère voulut remplir parfaitement son rôle et ainsi tout marcha à merveille.
      Aussi le Seigneur bénit visiblement l'entreprise; la mort soudaine de l'entrepreneur, qui n'entrava guère la marche des travaux de construction, est le seul incident qu'on ait eu à regretter.
      Une fois de plus, on fit l'heureuse expérience que les sacrifices offerts au bon Dieu avec une coeur généreux, se changent en bénédiction des familles où règne la paix, bénédiction des terres où fleurit l'abondance, et bénédiction de la paroisse entière sur laquelle planent la concorde et le bonheur.  Et cette bénédiction de la Providence continue à protéger notre paroisse.  Ce n'est plus la pauvre mission d'autrefois, mais une paroisse qu'on peut appeler riche, qui figure avec honneur parmi ses voisines.
      Mais revenons à la construction de notre église.  Lors de sa visite pastorale, le 6 juillet 1880, Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau, Archevêque de Québec, avait laissé dans le registre de la paroisse l'avis suivant:
      "Recommandons de prendre aussitôt que possible les mesures nécessaires pour bâtir une église qui soit en proportion avec les besoins de la population qui s'accroît si rapidement; la chapelle actuelle est évidemment déjà trop petite".
      Monsieur le Curé Garon en avait fait part au prône de la paroisse, mais, soit froideur, soit indifférence, personne ne prenait l'initiative de l'affaire.  Cependant, en 1885, le 8 août, la Fabrique de la paroisse et la majorité des contribuables présentèrent une requête à Mgr l'Archevêque demandant l'érection canonique afin de pouvoir former une paroisse légale sous le vocable de Saint-Sébastien d'Aylmer; MM. Louis Paradis et Gervais Roy en étaient les porteurs.
      En réponses, Mgr Taschereau délégua M. le Curé Jos. Octave Soucy, de Saint-Ephrem, pour faire enquête sur place. L'avis de proclamation d'une assemblée fut adressé aux intéressés les convoquant pour le 1er octobre suivant.  L'assemblée eut lieu au jour indiqué et le procès-verbal rédigé et signé par le Curé de Saint-Ephrem et par MM. Louis Paradis et Gervais Roy, fut immédiatement envoyé à Mgr l'Archevêque. Toutes les formalités légales ayant été remplies, le décret d'érection fut accordé le 12 octobre 1885.  Nous citons en entier le texte de ce document qui est, on le comprend, de la plus haute importance.

         "À tous ceux qui les présentes verront savoir faisons que, vu:

      1.   La requête en date du 8 du mois d'août dernier, à nous présentée au nom et de la part de la majorité des francs tenanciers des parties ci-après désignées du Canton d'Aylmer, de Gayhurst et de Dorset, Comté et district de Beauce, la dite requête demandant l'érection des dits territoires pour les raisons y énoncées.

      2.    Notre commission en date du deux de septembre chargeant le Rév. M. J.-O. Soucy, Ptre, curé de St-Ephrem, de se transporter sur les lieux après avis préalable de vérifier les allégations de la requête et d'en dresser un procès-verbal "de commodo et incomodo".

      3.    Les certificats signés du Rvd M. Samuel Garon et du sieur Gervais Roy d'un avis lu publiquement et affiché, dimanche le 13 et dimanche le 20 du mois de septembre dernier à l'issue du service divin du matin à la porte des chapelles de Saint-Sébastien sus dit et de Saint-Samuel dans le canton de Gayhurst et afficher pareillement les mêmes deux dimanches à la maison du Sieur François Labrecque le dit avis convoquant les intéressés pour ou contre la dite requête à une assemblée pour le jeudi, premier jour du mois d'octobre à 10 h. du matin auprès de la chapelle de Saint-Sébastien.

      4.    Le procès-verbal "de commodo et incommodo" du dit Rév. J.O. Soucy en date du premier jour du présent mois d'octobre à 10 h. constatant et vérifiant dans leurs parties les fait énoncés dans la dite requête.
 

      5.    L'opposition présentée par plusieurs francs-tenanciers du 8e rangs et d'Aylmer et du 2e rang d'Aylmer, du 13e rang de Dorset et aussi des 4e, 5e , 6e et 7e rangs d'Aylmer et enfin du 10e rang de Gayhurst et du 2e rang d'Aylmer, lesquels ont des objections à l'érection de Saint-Sébastien, telle que projetée.

      Nonobstant, nous avons érigé et érigeons par les présentes en titre de curé et de paroisse sous l'invocation de St-Sébastien dont la fête se célèbre le 20 janvier: les sus dites parties de cantons comprenant une étendue de territoire d'environ 6 milles et demi de front sur 8 milles de profondeur, la dite paroisse de St-Sébastien d'Aylmer comprenant :  1. Tout le township d'Aylmer moins les 10 premiers lots de tous les rangs lesquels 10 lots appartiennent à la paroisse de St-Vital de Lambton.    2. Les 15 premiers lots des 13e et 12e rang du canton de Dorset.  3. tout le rang 10e du canton Gayhurst.  4. Enfin les lots 1, 2, 3, 6, 7, 8, 10, 11, 12,  et 13 du rang 9ième du même canton Gayhurst mais non pas les lots 4 et 5 du dit 9ième rang.

      Pour être les dites cures et paroisse de Saint-Sébastien, entièrement sous notre juridiction spirituelle à la charge par les curés ou desservants qui y seront établis par nous ou par nos successeurs de se conformer en tout aux règles de discipline ecclésiastiques établies dans cet archidiocèse, spécialement d'administrer les sacrements, la parole de Dieu et les autres secours de la religion aux fidèles de la dite paroisse, enjoignant à ceux-ci de payer les dîmes et oblations telles que usitées et autorisées dans cet archidiocèse et de leur porter respect et obéissance dans toutes les choses qui appartiennent à la religion et qui intéressent leur salut éternel.

      Mais comme le présent décret est purement ecclésiastique et ne peut avoir d'effets civils qu'autant qu'il sera confirmé par une proclamation de Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur, sous le Grand Sceau de la Province, nous recommandons tout particulièrement aux paroissiens de la nouvelle paroisse de s'adresser à cet effet à Messieurs les Commissaires nommés pour mettre à exécution dans l'Archidiocèse de Québec le chapitre 18 des Statuts refondus du Bas-Canada.
      Sera notre présent décret lu et publié au prône de la messe principale de St. Sébastien les deux premiers dimanches après leur réception.
      Donné à Québec, sous notre seing le sceau de l'Archidiocèse et le contre-seing de Notre Assistant-Secrétaire, le 12e jour du mois d'Octobre de l'année mil huit cent quatre vintg-cinq.

E.T. Archevêque de Québec.
par Monseigneur C.O. Gagnon Ptre
Ass.-Sec.

       De 1869, époque où Saint-Sébastien eut son prêtre résident, jusqu'en 1885, la paroisse n'a proprement été qu'une mission puisqu'elle n'avait jamais reçu d'érection régulière et canonique.
      Après la publication de ce décret la question de construire une église fut de nouveau mise en marche. mais il fallait, en premier lieu, préparer une nouvelle requête et la présenter à Mgr l'Archevêque. Les quelques opposants qui avaient toujours travailler à faire changer le site de l'église lancèrent une nouvelle tentative qui n'eut pas plus de succès que les précédentes.
      Ce projet de requête avançait si lentement que M. le Curé Garon manifestant aux intéressés les craintes qu'il entretenait de le voir échouer, déclara que Mgr. avait donné ce conseil pour l'intérêt de la paroisse et que, si l'on n'y donnait suite immédiatement, les adversaires utiliseraient ce prétexte pour faire croire à l'Autorité diocésaine que si l'église était changée de place la décision serait plus prompte.  Ces remarques firent ouvrir les yeux de la plupart des témoins et la requête fut aussitôt rédigée puis elle fut déposée au presbytère pour recevoir les signatures des contribuables. Elle y était depuis près de deux mois lorsqu'un dimanche, monsieur le Curé annonça au prône qu'il enverrait au maire, le jour même, la requête en question, disant que pour sa part, il ne s'en occuperait plus.
      Le maire Louis Paradis reçut le document qui, à sa surprise, contenait à peine 25 signatures. Devant cette alternative, il convoqua aussitôt une grande assemblée chez Joseph Dorval afin d'activer l'ardeur des paroissiens, leur expliqua les raisons qui devaient les engager à signer et détruisit les objections que donnaient ceux qui ne voulaient pas bâtir sous la direction de ce curé. Il réussit à en ramener un grand nombre à sa cause puisque 5 jours plus tard la requête était signée par plus des trois-quarts des citoyens de la paroisse  et le 15 mars 1886, elle fut portée à Mgr l'Archevêque lui demandant de bien vouloir permettre la construction d'une église, la chapelle étant devenue trop petite. La lettre était signée par M. le Curé Samuel Garon, MM. Louis Paradis, Télesphore Garon, Marchand, Cyprien Lapierre, père, etc.
      Le 7 avril suivant, monsieur le Curé de St-Ephrem est de nouveau délégué par Monseigneur pour rencontrer les paroissiens et prendre une décision à cet effet. Après les avis de convocation, la réunion eut lieu le 20 mai à 10 heures du matin et toute la paroisse se trouvait assemblée. Après avoir demandé l'opinion de tous les contribuables, les opposants au site actuel de l'église firent un dernier effort pour gagner leur cause mais la grande majorité de la paroisse garda le silence sur leurs remarques qui furent vite épuisées.
      Le délégué se tourna vers la masse de l'assemblée et demanda ce que l'on avait à répondre. Le maire Louis Paradis pris la parole au nom de cette majorité, s'exprimant ainsi: "Il y a un quart de siècle que l'Archevêque Baillargeon a choisi ce site, la paroisse s'est formée telle que vous la voyez vous-même aujourd'hui, on demanda que l'église soit placée à l'endroit de la chapelle actuelle". Cette réponse n'amenant aucun commentaire, le délégué déclara que la question était réglée.
      Un autre point, matière aussi à discussion, portait sur les matériaux à employer, la pierre ou le bois; le parti qui optait pour la pierre n'osait pas même en parler. Heureusement que Monsieur Soucy, apporta les lumières de l'expérience qu'il venait de réussir lui-même à St-Ephrem, où il achevait la construction en pierres de son église; l'entreprise y avait été plus considérable encore que celle projetée à St-Sébastien puisque les paroissiens avaient dû transporter la pierre de Lambton, distance de plus de 20 milles. Le délégué fit donc remarquer à l'assistance que la situation était ici beaucoup plus avantageuse qu'à St-Ephrem puisque la pierre était sur place.  Après l'exposé de cette explication et de plusieurs autres, Monsieur Soucy demanda si l'opinion des paroissiens était favorable à une construction en pierre; aucune voix ne s'éleva contre; il fut donc décidé sur-le-champ que l'église de St-Sébastien serait en pierre; que l'on remettrait à plus tard la construction de la sacristie pour éviter une dépense d'environ $2000.
      Le délégué rédigea aussitôt le procès-verbal duquel nous extrayons cette partie: "Il y eut de l'opposition de la part de quelques paroissiens quant au site de la nouvelle église, toutes les autres personnes présentes et qui représentaient l'immense majorité de la paroisse ont déclaré qu'elles tenaient à la place actuelle. En conséquence j'ai de suite en vertu de la dite commission et en présence de la dite assemblée, cherché et examiné le local le plus convenable pour les dites nouvelles église et sacristie, et j'en ai fixé l'emplacement à environ 95 pieds du chemin royal et en face de la chapelle actuelle, le portail de la dite nouvelle église devant être vers le chemin royal, j'ai arrêté de plus que la dite église qui sera construite de pierres aura environ 115 pieds de longueur, 50 pieds de largeur et 28 pieds de hauteur au-dessus des lambourdes, etc., etc."
      Le rapport continue: "Si l'église reste à la place actuelle il ne sera même pas nécessaire de bâtir une nouvelle sacristie, la chapelle actuelle à laquelle devra être adossé le choeur de la nouvelle église pourrait faire une bien bonne sacristie pendant de longues années".
      Ce procès-verbal fut transmis à l'Archevêque et l'approbation épiscopale fut communiquée dans un décret daté du 7 juin 1886.  Une assemblée fut tenue le 27 juin suivant pour nommer sept syndics qui devaient prendre les décisions nécessaires au bon fonctionnement des travaux de la construction et en surveiller les progrès.   M. Ludger Lemieux y fut choisi président et Monsieur le Curé Garon ayant refusé le poste de secrétaire, M. Louis Paradis fut alors assigné temporairement à cette fonction.
      À une séance du mois de juillet, on décida de s'adresser à M. David Ouellet, architecte de Québec pour faire préparer un plan pour l'entreprise en marche.
      Entre temps, la paroisse de Saint-Gilles dans le comté de Lotbinière voyait partir son pasteur que l'Autorité venait d'assigner à la cure de St-François de Beauce, Monsieur Garon appelé à lui succéder s'y rendit à la fin de septembre.
Mgr l'Archevêque qui connaissait bien la situation de notre paroisse désigna pour le remplacer l'abbé L.-Ernest Nadeau qu'il rappela de la Nouvelle-Écosse; il arriva à Saint-Sébastien le premier dimanche d'octobre 1886.
      Le premier soin du nouveau curé fut d'étudier l'importante question de la construction de l'église puisque cette tâche lui incombait et il accepta le poste de secrétaire de l'administration des Syndics.  Il ne tarda pas à se rendre compte que c'était une grave erreur de ne pas construire la sacristie en même temps que l'église; il en fit la remarque à l'Archevêque et à plusieurs paroissiens afin de sonder l'opinion générale.
      Tous conseillaient au curé de convoquer une assemblée de paroisse pour soumettre ce nouveau projet; elle eut lieu le troisième dimanche d'octobre. On s'attendait à une assez forte opposition, mais à la grande surprise de l'assistance, trois paroissiens seulement exposèrent des objections; et les suggestions de M. le Curé furent approuvées d'un coeur unanime. Cependant  M. Nadeau, peu familier avec la loi des Fabriques, s'en fut consulter M. le Curé Huot, de Lambton, qui lui déclara que l'assemblée n'ayant pas été convoquée par un avis donné huit jours d'avance, était de nul effet aux yeux de la loi.  Le dimanche suivant, M. Nadeau annonça donc une nouvelle assemblée pour le prochain dimanche. Au jour dit, malgré une légère opposition qui n'eut pas de suite, les questions soumises antérieurement furent de nouveau acceptées d'emblée.
      Une copie des résolutions fut adressée à Mgr l'Archevêque, le 27 novembre, avec la demande d'approbation. Le 2 décembre suivant, l'Ordinaire modifiait le décret du 7 juin précédent et autorisait la construction de la sacristie.
      Toutefois, les syndics embarrassés par les soumissions reçues des entrepreneurs avant la modification du décret, se virent obligés de demander de nouvelles soumissions.  Des huit soumissionnaires, M. Augustin Audet, de Saint-Gervais, fut choisi; l'entreprise devait coûter $15,600.00.
      L'entrepreneur s'organisa pour commencer les travaux au printemps de 1887, et au temps fixé, il délégua M. Hilaire Bernard et plusieurs autres de ses employés pour préparer la pierre de la construction; M. Audet ne pouvait venir lui-même, étant retenu à Matane par une entreprise semblable. Cependant les travaux qui furent exécutés au cours de l'année furent poussés avec vigueur; c'était d'abord le déplacement de la chapelle (pour la convertir en presbytère) qui occasionna un travail assez considérable. Le rez-de-chaussée fut fait en entier et une grande partie du bois de charpente et du bois de sciage fut aussi préparé en cette même année.

      Les travaux de la nouvelle construction débutèrent le 8 septembre 1887, l'entrepreneur vint faire le tracé des fondations et le lendemain, on en commença le creusage.  Nous reproduisons des passages recueillis dans la chronique rédigée par M. le Curé Nadeau, durant cette importante entreprise; elle nous rapporte fidèlement l'exécution du travail dans tous les détails susceptibles d'intéresser.

1887 ___ 8 septembre

     " L'entrepreneur trace les fondations. Le 9 septembre, on commence les fouilles; c'est Johnny Lapierre, fils de Dominique, qui donne le premier coup de pique et enlève la première pelletée de terre. Le même jour, on commence à remplir les fondations avec d'immenses cailloux. C'est M. Hilaire Bernard, de Ste-Agathe, qui conduit et préside à tout (l'entrepreneur étant redescendu dès le 10, à Matane où il est à construire une église). Les deux premiers maîtres-maçons venus avec l'entrepreneur sont MM. Gilbert et Alexandre Simard, frères, de St-François, Rivière du Sud."

14 septembre ___   On commence l'ouvrage au mortier.

22 septembre ___   On pose la première pierre de rang.

     " L'ouvrage se continue jusqu'au 22 octobre; alors toutes les fondations sont terminées et prêtes à recevoir la pierre de rang, j'entends les fondations du choeur de la sacristie et du rond-point, car à la nef, on a posé deux rangs en pierre de rang et on a commencé le troisième du côté nord; du côté sud, le cordon est posé. Tel est l'état des travaux au 22 octobre 1887.  Presque toute la pierre de rang est sur les lieux.  MM. Fr.-X. Boutin, fils de Abraham, Pierre Baillargeon, fils de Samuel et Edmond Dallaire, fils de Édouard ont travaillé comme apprentis maçons. M. Bouffard, maçon de St-Isidore a travaillé." (Les travaux furent interrompus durant l'hiver).

1888 ___ Mort de l'Entrepreneur de l'église.

     "Le dimanche 25 mars, un télégramme adressé à M. Édouard Dallaire apporte la nouvelle de la mort de M. Augustin Audet, notre entrepreneur, décédé à St-Jérôme de Matane, le 23 de ce mois; devant être inhumé le 27 à St-Gervais. En le recommandant aux prières de la paroisse, le Curé fit l'éloge du regretté défunt qui avait su gagner la confiance illimitée. Cette mort était une grande épreuve; il en faut nécessairement dans les oeuvres de Dieu. Tout allait trop bien. M. Édouard Dallaire fut délégué aux funérailles et, rencontrant là les enfants du défunt, sut mieux à quoi s'en tenir sur les affaires de notre église. Ce moyen devait aussi amener moins de retardements."
      Cette mort imprévue contribua à retarder la reprise des travaux. Après bien des pourparlers, les syndics réussirent heureusement à décider le second des fils de l'entrepreneur à continuer les travaux commencés par son père.

      Reprenons le journal du Curé Nadeau:

      "Le 10 juin, à 8 heures du soir, nous avions un nouvel entrepreneur dans la personne de M. Edmond Audet d'Arthabaska, fils de feu Augustin Audet, notre regretté entrepreneur. De suite, le lendemain, M. Audet s'est mis à recevoir le bois au moulin de M. Charles Lapierre, à le toiser. On écrivit de suite à M. Hilaire Bernard de venir continuer la maçonnerie...
      Son Éminence a admiré la pierre et en a apporté avec elle trois échantillons pour le musée de l'Université Laval. Elle a aussi manifesté sa grande satisfaction sur l'ouvrage fait.  Enfin le cardinal a donné des louanges aux paroissiens pour leur bonne volonté, leur générosité et a dit que le bon Dieu ne pouvait pas ne pas les bénir. Précieux gages de faveurs célestes!
      On a commencé à travailler la maçonnerie le 19 juin. M. Bernard dirige.  Les deux MM. Simard sont revenus. Edmond Dallaire, Pierre Baillargeon, Alphonse Bernier de cette paroisse continuent leur apprentissage.
      Aussitôt après la reprise des travaux, M. le Curé invita Mgr Ant. Racine, évêque de Sherbrooke, à venir faire la Bénédiction de la première pierre. Sa Grandeur daigna accepter l'invitation et fixa la cérémonie au 6 juillet, vendredi. Des paroissiens allèrent avec leurs voitures chercher Monseigneur et Sa suite à Lambton, jeudi le 5 juillet.

BÉNÉDICTION DE LA PREMIÈRE PIERRE:- Voici ce que disait le journal "La Justice", le 13 juillet 1888, à ce sujet:

Une belle cérémonie

      "Les travaux de l'église et de la sacristie de St-Sébastien d'Aylmer, interrompus par la mort du regretté M. Augustin Audet, ont été repris le 20 juin dernier, par son fils M. Edmond Audet d'Arthabaska. Nous en sommes vraiment heureux pour ces braves gens car M. Edmond Audet
est un jeune homme entreprenant, très intelligent et de haute capacité, digne de succéder à son père.
     La bénédiction de la première pierre de cette église de St-Sébastien a eu lieu le 6 juillet avec un éclat et une solennité vraiment remarquables pour une paroisse de campagne. Le petit village et surtout les environs de la chapelle, du presbytère et de la nouvelle église étaient coquettement
ornés de verdure et de drapeaux que la grande brise du jour semblait agiter avec plaisir. De bon matin, les paroissiens et un grand nombre d'étrangers des paroisses environnantes étaient sur la place. On savait que Sa Grandeur Mgr Antoine Racine, évêque de Sherbrooke, devait présider la cérémonie et on n'en voulait rien perdre.
     A 9 heures, le choeur et le clergé précédés de la croix et de la fanfare de St-Sébastien, s'il vous plaît, conduisaient solennellement à la chapelle, Mgr de Sherbrooke revêtu des ornements pontificaux, et ayant pour assistants les révérends M. McAuley, curé de Coaticook et M Huot, curé de Lambton. Sa Grandeur bénissait la foule agenouillée sur son passage.
     La grand'messe fut chantée par le Rév. M. Cyprien Jean ayant les révérends S. Garon et L.-A. Deschênes, comme diacre et sous-diacre, le révérend H.-O. Chalifoux de Sherbrooke agissait comme maître de cérémonies et M. l'Abbé P.-A. Godbout comme thuriféraire. Il n'y a point
de détails inutiles dans une grande solennité.
      La messe finie, la procession se remet en marche et se rend au milieu des joyeuses harmonies de la fanfare au lieu où doit se bénir la première pierre. Quelle belle et imposante cérémonie! Quelle haute idée de la grandeur et de la sainteté de nos églises nous donnent ces psaumes entremêlés d'antiennes, ces bénédictions particulières du sel et de l'eau, ces invocations de tous les saints, cette cérémonie de bénédiction et cette consécration que l'évêque prononce lui-même sur cette première pierre du temple que l'on élève au Seigneur! Aussi, la foule suivait tout avec une pieuse émotion. Après avoir fait la bénédiction, Mgr Racine adressa lui-même la parole à l'assistance, prenant pour texte: "Domus mea domus orationis vocabitur". Sa Grandeur félicita les paroissiens de St-Sébastien de la belle église qu'ils élèvent au bon Dieu mais qui est aussi leur maison à eux parce que tous y contribuent, puis développa ces deux idées que c'est un honneur et un bonheur de bâtir un temple au Seigneur. Les bonnes paroles de Mgr de Sherbrooke contribueront à encourager les gens dans leurs bonnes dispositions et dans leur union, car on nous a dit que la concorde la plus parfaite a toujours régné depuis le commencement de l'entreprise. La cérémonie terminée, Mgr Racine fut reconduit solennellement au presbytère. Voilà pour la fête qui certainement fait grand honneur à St-Sébastien.
      La première pierre a été préparée par M. H. Bernard de Ste-Agathe, conducteur des travaux de maçonnerie c'est une très jolie pierre; elle montre l'habileté plus qu'ordinaire de celui qui l'a taillée.
      Encore un mot. L'église de St-Sébastien sera une des plus belles de l'archidiocèse non par la grandeur de ses proportions mais par la beauté de la pierre et le fini de l'ouvrage. Il peut y avoir des rez-de-chaussée aussi bien faits mais pas mieux. La pierre est un magnifique granit. Son Eminence le cardinal Archevêque de Québec en a apport trois échantillons, lors de sa visite pastorale, pour le musée de l'Université Laval. Et dire qu'il y a dans cette  paroisse des montagnes de cette Si belle pierre? Si un chemin de fer venait à passer par là, quelle richesse!
 Disons pour terminer que les habitants de St-Sébastien doivent être fiers de leur fanfare. Elle joue avec un ensemble et une perfection qui nous ont réellement surpris. M. Bruno Bernier, leur professeur, mérite des félicitations ainsi que les jeunes gens qu'il a sous sa direction.
 Honneur à nos amis de St-Sébastien !"

Le 18 juillet, la première pierre de 12 pouces, à part la pierre angulaire, a été posée.

Le 28 septembre on a achevé la pierre du rang pour la sacristie. Depuis le 13 août, il a presque toujours fait mauvais temps. Les hommes ont travaillé à la maçonnerie une journée, une journée et demie par semaine, à part la première de septembre où l'on a eu 4 jours de beau temps.

Le 18 octobre   M. Audet lève le comble de la sacristie.

      Lundi, mardi, mercredi, les 15, I 6, 17 octobre - on a rasé le portail à  la hauteur des longs pans, c’est-à-dire 5 rangs de hauteur.
     Ont travaillé à la maçonne cet été, Gilbert et Alexandre Simard, excellents maçons de St-François de la Rivière du Sud, Pierre Baillargeon, Napoléon Audet, frère de l'entrepreneur, Edmond Dallaire, Xavier Breton, AIphonse Bernier, qui a entrepris à présent à fendre la pierre
de rang avec son frère Edouard; Napoléon Couture, de St-David, a taillé de la pierre pendant 5 semaines. Siméon Lallemand de Ste-Anne-de-la-Pocatière, tailleur et piqueur
de première classe, toujours actif et charmant, a passé toute la saison avec nous depuis les premiers jours de juillet. C'est de tout éloge, que nous devons tous les appuis et lancis des ouvertures et des portes. M. Bernard a tout conduit ce qui a rapport à la maçonne.
 Philippe et Joseph Veilleux, Armand Brousseau, Joseph Vallière, Joseph Roy, William Lacroix, Albert Paradis, Pierre Roy, Joseph Blouin, Joseph Paradis ont tous travaillé ainsi que Joseph Gonthier. Nous avons eu un beau et bon petit chantier comme ils disent. Jamais un mot pour rire, jamais une parole déplacée ni le moindre petit juron. C'était réellement agréable de visiter chaque jour le théâtre des travaux. Il est grandement à souhaiter que tout notre bon monde revienne le printemps prochain.

     Le I 3 novembre, on a commencé à couvrir la sacristie et la chapelle en planches embouvetées et planées à la machine: ce qui fait un bel et bon ouvrage.

     Le 15 décembre arrivait M. Johnny Barbeau, entrepreneur-couvreur de St-Roch de Québec, avec deux de ses employés, Lachance, de St-Roch et Eugène Falardeau du Faubourg St-Jean, et le 17, ils ont commencé à préparer leur tôle pour la couverture de la sacristie; le 20, ils ont commencé à la poser; le 26, ils avaient fini. Pendant ce temps-là, M. l'entrepreneur avec son frère Napoléon et M.
Bruno Bernier ont préparé les portes et châssis.

   1889. - Le 2 avril, le conducteur de la maçonnerie, M. Bernard est revenu. Les travaux ont recommencé le 2 mai et le 22 juin au soir, la sablière était posée et remplie de mortier et de pierre, malgré deux semaines de mauvais temps. Le 24 juin, on a commencé les piliers, le 25, on a
posé les lambourdes du côté sud. Toute la charpente est prête. L'intérieur de la sacristie est prête à recevoir la latte et le crépis. L'ouvrage a bien marché.
 Que le ciel en soit béni  !

      Ont travaillé à la maçonne ce printemps:

M Bernard de Ste-Agathe, conducteur,
Gilbert Simard, de St-François, poseur de pierre de rang,
Marc Morin, de St-Nérée, poseur de pierre de rang,
Eusèbe Morin, son frère, de St-Vallier,
Joseph Morin, son frère, de Arthabaska, très habile,
Siméon L'Allemand, tailleur de Ste-Anne-de-la-Pocatière,
Nicolas Boucher, tailleur de Ste-Anne-de-la-Pocatière,
Alexandre Simard de St-François, Rivière du Sud,
Octave et Pierre Drouin de St-Joseph de Beauce,
Xavier Boutin de Lambton,
Napoléon Audet, frère de 1' entrepreneur,
Esdras Rousseau, de Ste-Agathe.
Voilà pour les maçons.
       Pour les servir: MM. Antoine Mercier, Louis Mercier,
Adélard Gosselin, Napoléon Roberge, William Lacroix,
Philias Lapierre, Cyrille Marceau, Alphonse Lacroix, Alphonse Marceau, Pierre Marceau, Damase Campeau,
Pierre Roy, Joseph Roy, J. Garon, Joseph Paradis, Albert Roberge (quelques jours).
 MM. Alphonse et Édouard Bernier ont fendu la pierre à l'entreprise.
 C'est Jos. Morin qui fend la pierre du perron, le 26 juin 1889.

       Le 19 juillet, Alexandre Simard pose la dernière pierre de rang dans le portail.

      Le 26 juillet  1889,  Adélard Gosselin plante le dernier clou de la couverture en planche.

      Samedi, le 3 août, on monte le premier plan de la lanterne du clocher avec le concours de plusieurs curieux.
Lundi, le 5, on monte les 3 autres.

       Le 1er août, les couvreurs en tôle, François Paré et Eugène Falardeau commencent leur ouvrage; le 7, ils posent la corniche du coté sud de la sacristie. M. Audet est à préparer la flèche du clocher.

       Le 9, vendredi, à 4 heures P.M., la flèche surmontée de la croix, est à son poste. Une grande partie
des paroissiens sont venus la voir monter: c'était un vrai jour de fête. Tout a été très bien. C'est M. Audet
lui-même qui a cloué le premier chevron au pied de la boule.

      Le 27 août, M. Jos. Labrecque, de Lévis, commence à plâtrer la sacristie.

      Le 6 septembre, Je clocher est tout couvert en planches; le  12 au soir, la flèche est couverte en tôle.
Le 30 octobre,  les deux couvreurs en tôle partent après avoir donné complète satisfaction dans l'exécution
de leur ouvrage.  Nous leur avons donné de bons certificats.

BÉNÉDICTlON  DE L'ÉGLISE

       Le 14 novembre mil huit cent quatre-vingt-neuf a eu lieu la bénédiction de la nouvelle église qui a 124 pieds
de longueur en dedans et 50 pieds de largeur à l'intérieur et 29 pieds de hauteur au-dessus des lambourdes.

       Quelle belle fête pour les paroissiens de St-Sébastien! Quel jour mémorable pour eux! Quelle magnifique récompense de leur zèle et de leurs sacrifices. Aussi, malgré les mauvais chemins, chemins affreux, malgré la pluie, tous se sont rendus pour prendre part à la fête. Bon nombre de citoyens de Lambton, St-Samuel St-Romain ont voulu aussi assister à la cérémonie pour constater par eux-mêmes les belles choses qu'on disait du nouveau temple élevé à la gloire du très Haut. L'église s'est trouvée remplie, bancs et allées.

       La cérémonie a été présidée par le R. Messire Samuel Garon, curé de St-Gilles, second curé de St-Sébastien.
M. Ph, Deschênes, curé de St-Samuel, M. Bernier, curé de Ste-Cécile, l'assistaient comme diacre et sous-diacre.
Le clergé, précédé de la croix est sorti par la vieille chapelle et fanfare en tête, s'est rendu en face de la grande porte.
La bénédiction extérieure venait de finir lorsque un orage épouvantable fit apprécier aux assistants le bonheur d'entrer
dans l'église et d'y demeurer. La bénédiction de l'intérieur  terminée, l'autel se pare sous la direction du Rév. M. Georges Fraser, et le curé, avec deux acolytes, va chercher le St-Sacrement dans la vieille chapelle et ce Dieu.
Si bon, ce doux Jésus de l'Eucharistie entre dans sa demeure au milieu des harmonies éclatantes de la fanfare et des adorations attendries de ses chers enfants. Moment solennel plein d'impressions que celui-là! Bien des larmes coulent, larmes remplies de suavité inénarrable. Car N.-S. en passant au milieu de nous et de ceux qui avaient fait tant de sacrifices pour lui élever ce magnifique temple, faisait sentir sa bonne présence et bénissait affectueusement de sa main divine ces âmes généreuses.
O sainte religion, que tes émotions sont profondes!

      La messe solennelle de St-Sébastien a ensuite été chantée par le Révérend Monsieur Garon avec les mêmes assistants;
le R.  M. Fraser touchait l'harmonium prêté pour la circonstance par M. T. Garon. La fanfare a joué après l'épître et à l'offertoire ainsi qu'à la sortie. M. Bruno Bernier a droit à des félicitations. La petitesse de l'ancienne chapelle avait fait place à la sonorité de la nouvelle et grande église. Le sermon a été donné par M. G. Fraser qui a parfaitement satisfait l'attente de son auditoire. Prenant pour texte ces paroles: "Benedic Domini domum istam" il a dans un langage à la portée de tout le monde mais fort digne, parlé de la maison de Dieu comme étant la demeure du Très Haut, le lieu de ses libéralités et de ses grâces, la maison de lumière, de consolation, le lieu ou  l'âme vient puiser la force à sa source même, le ciel...  Il a vivement félicité les paroissiens pour le magnifique cadeau qu'ils offraient en ce jour au Seigneur des anges et des hommes, cadeau qui témoigne,  a-t-il dit,  de votre foi,  de votre zèle et de votre piété. Appelés à loger le bon Dieu, vous avez fait les choses royalement, vous saviez qu'il n'y a rien de trop beau pour Celui qui est tout. Et certes ce magnifique acte de foi et de générosité ne manquera pas d'attirer les bénédictions de l'éternel sur vous tous.
      Son Éminence a accordé cent jours d'indulgences à toutes les personnes présentes à cette première messe.
 M. N. Proulx, curé de St-Évariste, M. Desrosiers, curé de St-Romain et Arthur Belleau, curé de Lambton depuis octobre, ont rehaussé la cérémonie de leur présence.  Le prédicateur a donné des éloges à M. Edmond Audet l'entrepreneur. J'en étais fort heureux; il les mérite si bien.
      Tout a été on ne peut mieux pour la cérémonie; la collecte a rapporté $2 1.00.  Son éminence n'ayant pu venir faire la bénédiction, écrivait au curé en date du 24 octobre 1889:
 "Je vous charge d'exprimer à vos braves paroissiens mes félicitations et mes remerciements au nom de Notre Seigneur, pour le zèle et la concorde admirables avec lesquels ils ont contribué à la construction de leur église.
 "Aucune nouvelle ne peut m'être plus agréable que d'apprendre cette concorde et ce zèle qui ne manqueront
pas d'attirer la bénédiction de Dieu sur la paroisse tout entière.
 "Vous me faites aussi part de l'honnêteté et de l'amabilité de M. Edmond Audet l'entrepreneur. Il mérite que vous lui donniez un bon certificat.
 "Au prône de la dernière messe que vous célébrerez dans votre ancienne chapelle, vous annoncerez de ma part que j'envoie une bénédiction spéciale à toutes les familles de la paroisse. Vous ajouterez que tous ceux qui assisteront à la première messe dans la nouvelle église, même les étrangers, gagneront une indulgence de cent jours que j accorde par la présente lettre. Il sera bon de renouveler cette dernière annonce au commencement de cette première messe.

 (Signé):   E. A. Card. Taschereau,
archevêque de Québec.

      La veille de la bénédiction, plusieurs paroissiens ont charroyé du sable et du gravier pour niveler le devant de l'église. Déjà, pendant quatre jours, la paroisse, partagée pour la circonstance en quatre parties, avait beaucoup travaillé: on y avait charroyé des centaines et des centaines de voyages de pierre et de terre. Aussi, la place de l'église est maintenant très plane, c'est à ne s'y pas reconnaitre, et quand les semences de M. Jean Audet lèveront, nous aurons un magnifique gazon.
   Que ne peut faire la générosité, la bonne entente et la piété? L'église de Saint-Sébastien, née de cette colla-
boration, apporte ici une éloquente réponse.  Les bancs de l'église, commandés le 30 mai 1889, furent faits par M. Edmond Audet, d'après un plan qu'il avait lui-même tracé;  MM. Napoléon Audet,  Bruno, Édouard et Alphonse Bernier l'ont aidé dans ce travail. Le 20 juillet suivant, les 120 bancs étaient tous installés dans l'église; ils avaient coûté $1140.00 et la fabrique avait fourni le frêne et le merisier nécessaires.
     Ce n'est qu'en 1892 et en 1894 que le jubé reçut ses bancs; en 1916, pour subvenir aux besoins de la population grandissante, de petits bancs de deux places furent faits pour occuper l'espace de l'allée centrale de l'église.
Le 14 février 1890, tous les ouvrages en bois de la sacristie: vestiaire, confessionnaux, boiseries des portes et des fenêtres, étaient terminés. Même l'autel fut installé ce jour-là par MM.. Audet et Bruno Bernier; fait par M.David Ouellet, architecte de Québec, cet autel a coûté la somme de cent piastres; il fut payé par contributions volontaires des paroissiens et un don de $30.00 de Dame Veuve Olivier Rochette, de Saint-Roch de Québec.
   Le dimanche, 2 mars, après le salut, le Très Saint-Sacrement fut transporté solennellement dans le tabernacle de cet autel,
et le lendemain, la première messe fut célébrée dans la sacristie.
       Monsieur E. Audet a mis la dernière main à tous les travaux, jeudi, le 17 juillet 1890, jour de la bénédiction de la cloche de Saint-Samuel, paroisse fille de Saint-Sébastien.  Pour donner satisfaction à MM. les Syndics et sur leur demande expresse, je transcris la résolution suivante:

Saint-Sébastien, le 20 juillet 1890.

Au Rév. M. Ernest Nadeau, ptre,
curé de Saint-Sébastien d'Aylmer.

Monsieur le Curé,

       Le corps des Syndics pour la construction de l'église de cette paroisse, avant de livrer l'église à la fabrique de la dite paroisse, croit que c'est un de leurs principaux devoirs de passer une résolution de remerciement à leur estimable curé pour la manière habile et impartiale avec laquelle il a rempli la charge difficile et délicate de Secrétaire du dit corps pendant les trois années qu'a duré la construction de la dite église, il est en conséquence proposé par M. Édouard Lapierre, secondé par Johnny Audet et unanimement résolu:
     Que les plus sincères remerciements soient votés au Rév. M. érnest Nadeau, ptre, curé de cette paroisse, pour tous les services qu'il nous a rendus ainsi qu'à toute la paroisse comme secrétaire-trésorier du corps des Syndics pendant la construction de la dite église et pour la manière juste et impartiale avec laquelle il a su éviter tout malentendu et toute difficulté qui arrivent presque toujours dans ces constructions. Le corps des Syndics désiraient bien vous récompenser d'une maniere pécuniaire, et cela ne serait que juste. Vous connaissez nos faibles ressources et la forte charge que la paroisse s'est imposée pour la dite construction. Nous savons d'avance que vous ne tenez pas à aucune indemnité et que vous êtes plus heureux d'avoir réussi à
passer à travers toutes les difficultés sans faire un seul mécontent et à diriger les travaux de notre église de manière à nous faire construire un des plus beaux temples du comté.  Nous vous offrons les remerciements les plus sincères et nous faisons des voeux pour que la Providence vous accorde la récompense en ce monde et en l'autre que nous ne pouvons vous offrir.

Le corps des Syndics,

Ludger LEMIEUX, président.


    A-t-on jamais vu pareille unité!  Ici, le verbe être content se conjugue à toutes les personnes: je suis content, tu es content, il est content.
      Monsieur Edmond Audet  a quitté Saint-Sébastien, lundi 21 juillet 1890, emportant avec lui l'estime et les bénédictions de toute la paloisse. Je lui ai donné un certificat conçu à peu près en ces termes:
     "C'est non seulement un grand plaisir mais un devoir pour moi, curé de Saint-Sébastien de Beauce, suivant la recommandation que m'en a faite Son Eminence le Cardinal E.-A. Taschereau, archevêque de Québec, de donner à M.
Edmond Audet d'Arthabaska, le meilleur certificat qu'un entrepreneur puisse avoir et de déclarer qu'il le mérite au-delà de toute expression. C'est un homme vraiment supérieur en tout ce qui concerne cette branche. Ceux qui ont vu l'église, la sacristie, les bancs, ne peuvent se lasser d'admirer; tout est de première classe et rien ne laisse à désirer ni pour les matériaux ni pour la solidité, l'élégance, le bon goût et le fini de l'ouvrage.
     "Homme parfaitement honnête, doué d'un caractère exceptionnellement accommodant, d'une habileté consommée, il ne peut avoir son supérieur.
 "Je puis donc le recommander à tous ceux qui auraient de grandes entreprises à faire exécuter, certain d'avance qu'ils auront complète satisfaction, car M. Audet comme le disait son premier ouvrier, n'est pas capable de faire de mauvais ouvrage, et j'ajouterai qu'il n'en laisse pas faire. Voilà l'homme!
       "Je bénirai toujours la divine Providence de nous l'avoir envoyé pour conduire nos travaux à si bonne fin et je n'oublierai jamais les rapports aimables que j'ai eus avec M. Audet; c'est mon devoir de lui en témoigner ma reconnaissance.
 Le 20 juillet 1890, l'église neuve était officiellement acceptée par les paroissiens de Saint-Sébastien réunis en assemblée plénière. Le 27 juillet suivant, les syndics, qui avaient géré les affaires de la Fabrique durant la construction de l'église, se démirent de leurs fonctions et les marguilliers reprirent l'administration des biens de la paroisse.
 Mais le premier dimanche du mois d'août, une nomination inattendue fut communiquée aux paroissiens; Monseigneur l'Archevêque appelait au Séminaire de Québec Monsieur le curé Nadeau et l'abbé P.-M. Meunier était nommé son successeur à Saint-Sébastien.
 On avait espéré voir Monsieur Nadeau terminer l'oeuvre si bien commencée, car si l'extérieur de l'église était terminé, il n'en était pas de même de l'intérieur où tout était à faire, à part le plancher et les bancs; une fausse voûte et des autels temporaires attendaient le parachèvemcnt de l'oeuvre.
      Monsieur Meunier, dès son arrivée dans la paroise, se mit résolument à l'ouvrage pour établir la répartition et prendre les moyens de terminer l'église.  Durant sept ans, avec les paroissiens, il travailla à diminuer la dette de la Fabrique.  L'idée fut acceptée facilement et même il fut décidé qu'on demanderait des soummissions  pour faire exécuter le plan tracé par l'architecte de l'église, M. David Ouellet, de Québec.
 Le 14 février suivant, le contrat était donné à l'entrepreneur de l'église, M. Edmond Audet, pour la somme de $7,200.00;
le travail devait être fait entre le ler mars 1897 et le ler juillet 1898.  M. Joseph Dorval fut chargé de la surveillance des travaux.
 Les échafaudages restèrent dans l'église du mois d'avril au 18 décembre 1897.  Le 19 décembre, dimanche avant Noël, la paroisse avait le bonheur d'habiter sa magnifique église superbement travaillée, peinturée et dorée.
On ne se lassait pas d'admirer ce temple où les travaux avaient été faits avec la plus grande attention.
 "Le premier janvier 1898, cette belle église faillit devenir la proie des flammes. Une cheminée doublée en acier passait dans une colonne et comme elle n'était pas suffisamment isolée du bois qui revêtait cette colonne, l'intensité de la chaleur de la cheminée devint si grande à un moment donné que le feu prit au bois à un pied ou deux au-dessus de la base et se fit aussitôt sentir par l'épaisse fumée qui se mit à s'échapper. On était à l'offertoire de la grand'-messe du jour de l'An. Aussitôt l'office fut interrompu et l'on procéda à contrôler l'incendie. En quelques minutes, le revêtement de la colonne était enlevé, l'incendie éteint et tout danger éloigné. Quelques minutes plus tard, on reprenait la sainte messe pour la terminer sans autre incident. Grâces immortelles soient rendues au Divin Maître qui nous a protégés en cette circonstance!  Car Si le feu se fut communiqué après les offices lorsque l'église est généralement déserte, nous aurions eu à déplorer à jamais l'incendie et la perte de ce beau temple. Aussitôt après cette providence toute spéciale, il fut décidé de célébrer une grand'messe solennelle avec chant du Te Deum après la
fin entière et complète de tous les travaux et que messieurs les anciens curés de la paroisse et ceux des paroisses voisines seraient invités à y assister".

(Journal du Curé Meunier)


      Les autels, arrivés samedi le 23 avril, ont été installés pour le lendemain, où ils ont été bénits avant la grand' -messe.
Le dimanche suivant, 1er mai, les fonts baptismaux étaient en place et les stalles, les prie-Dieu et la banquette ornaient le sanctuaire; ce même jour on inaugura la chaire et l'on bénit le chemin de la croix.  L'érection du chemin de la croix, autorisé par un décret de Son Eminence le Cardinal Bégin, en date du 20 avril 1898, eut lieu le 1er mai suivant. M. le Curé Meunier
bénit les stations, dons des paroissiens, et le curé de Saint-Vital de Lambton, M, Arthur Belleau, fit le sermon de circonstance dans la chaire nouvellement installée; monsieur le curé J.-O. Bernier, de Saint-Romain, donna ensuite la bénédiction du Très Saint-Sacrement en présence des paroissiens auxquels s'était joint M. l'abbé N. Gau!in, curé de Sainte-Cécile.
      Ce chemin de la croix, actuellement encore dans notre église, remplaçait celui de la première chapelle que M. le curé Nadeau avait temporairement érigé dans la nouvelle église, le 24 novembre 1889. Les stations de ce dernier ont été cédées par la Fabrique à la paroisse de Sainte-Cécile où elles ornent encore la sacristie de cette église.
Quant au chemin de la croix de notre sacristie, il fut donné par M. Télesphore Garon, marchand de Saint-Sébastien,
et érigé par M. le curé Nadeau, le vendredi 7 mars 1890.

 Le 15 mai 1898, la Fabrique approuva les travaux de l'église, reconnaissant que l'entrepreneur a bien rempli ses obligations, tant pour le choix des matériaux et l'exécution parfaite des plans et devis que pour la solidité et l'élégance de l'ensemble; n'ayant rien à critiquer ni à reprendre, la Fabrique se déclara satisfaite de tout.
     Ainsi donc, l'église terminée et complétée par son ameublement, il restait à M. le curé Meunier de fixer la date de l'inauguration et de faire chanter la grand'messe d'actions de grâces promise lors de l'incendie du 1er janvier précédent.
       Voici ce qu'écrivait M. Meunier à cette occasion, le 23 juin 1898:
"Aujourd'hui, Messieurs les anciens curés sont tous présents à cette messe d'actions de grâces. Elle est chantée par le premier curé de la paroisse, Monsieur Charles Hallé, actuellement curé à Saint-Pierre, I.O., assisté de M. S. Garon, 2e curé de la paroisse, comme diacre, de M. L.-E. Nadeau, directeur du grand séminaire de Québec, comme sous-diacre, et M L.-E. Nadeau étant le 3e curé de cette paroisse, celui-là même qui a fait construire cette belle église, comme il est rapporté plus haut.
 Assistaient en outre à cette messe solennelle, les Rév. MM. Arthur Belleau, curé à Saint-Vital,  J.-O. Bernier, curé à Saint-Romain, Narcisse Proulx, curé à Saint-Évariste, L. Belleau, vicaire à Saint-Vital, et M. N. Huard, vicaire à Sainte-Agnès du lac Mégantic.
      Une foule considérable de la paroisse et des paroisses voisines encombrait la nef, les jubés et les allées de l'église.
La musique et le chant furent bien réussis; les instruments de cuivre accompagnaient le plain chant et la fanfare se faisait entendre aux différents moments de la messe où le chant des cantiques peut être exécuté. Cette messe fut terminée par le chant solennel du Te Deum en reconnaissance des succès obtenus pour la construction, le parachèvement et la préservation de l'incendie de l'église.  Lorsque la cérémonie religieuse fut terminée, le Rév. M. S. Garon, actuellement curé à Notre-Dame-des-Anges,
comté de Portneuf, fit à la porte du presbytère, une très intéressante et très pratique conférence agricole qui dura près d'une heure. L'habile conférencier sut très bien captiver l'attention de ses auditeurs et leur faire accepter les conseils pratiques qu'il leur donna.  Ainsi se termina cette belle solennité qui clôturait définitivement ces grandes entreprises qui ont coûté tant de généreux sacrifices d'argent, de temps et d'inquiétude aux paroissiens et au curé de Saint-Sébastien depuis la fondation de la paroisse en octobre 1869 par M. Charles Hallé, premier curé".
       À la visite pastorale du 30 mai 1900, le Cardinal Louis-Nazaire Bégin, archevêque de Québec, laissait la note suivante dans les archives de la paroisse:
      "Félicitons la paroisse de sa superbe église dont l'intérieur a été terminé depuis la dernière visite pastorale.
 "Autorisons la Fabrique à payer $50, par année pendant 20 ans à l'entrepreneur des travaux de l'église qui a tout fait consciencieusement et qui a eu un déficit de $1090."

 L.-N., Archevêque de Québec.

      À une assemblée de marguilliers le 13 janvier 1901, la Fabrique consentit à payer $50. par année pendant 22
ans de 1901 à 1923.  La première réparation importante faite à l'église de Saint-Sébastien nous reporte au 1er juillet 1917, alors que la Fabrique décida de réparer la toiture de l'église et de la sacristie ainsi que le clocher dont le mauvais état était dû
à l'infiltration de l'eau par l'aiguille de la flèche. L'entreprise fut confiée à M. Pierre Morel, de Saint-Évariste et Théophile Hallé, de Saint-Sébastien au coût de $3,032.81.
     En 1927, le 11 décembre, une nouvelle décision de la Fabrique autorisait l'installation de l'éclairage électrique à l'église, au presbytère et aux dépendances pour environ $1500.  Le plan et le travail ont été exécutés par MM. Plante & Frères, de St-Victor de Beauce.  Puis en 1929, MM. Poulin & Frères, de Saint-Joseph de Beauce firent des travaux de réparation à l'intérieur de la sacristie au coût d'à peu près $600. en plus de l'installation d'une fournaise à air chaud.
 Construite en 1889 et terminée à l'intérieur en 1897, la magnifique église paroissiale de Saint-Sébastien n'avait jamais subi de toilette; ses murs, comme sa voûte, pavoisés de mille décorations sculpturales d'une richesse incomparable, disparaissaient sous la poussière et la fumée de ses cinquante années d'existence.
     Les paroissiens de l'ancienne génération celle des généreux et vaillants fondateurs, disaient bien souvent, eux
(car ils regardaient encore avec leurs yeux de leur vingtième année): "Elle est belle notre église !. .. " Mais les
jeunes et même ceux de la génération moyenne, n'avaient jamais vu la beauté voilée de leur église.  Les systèmes de chauffage successifs que l'on avait adoptés depuis la construction avaient plutôt donné des rendements en fumée qu'en bonne et douce chaleur. C'était là la cause de la saleté des murs et de la voûte. L'extérieur de l'église, spécialement les couvertures, le clocher
et les ouvertures étaient avariées; une restauration générale devenait donc necessaire.
      Dès son arrivée à Saint-Sébastien en mai 1938, Monsieur le Curé Laplante constata vite l'état de son église. Il consulta les marguilliers au sujet d'un nouveau système de chauffage plus moderne. À vrai dire, les marguilliers, MM. Arthur Blouin, Honoré Lapierre et Laurent Boulanger étaient bien disposés. Lors de l'assemblée du 3 juillet 1938, Son Eminence le Card. Archevêque était priée de donner son approbation au projet, et le 10 du même mois, le Curé et les marguilliers du banc étaient autorisés:
1) à faire installer par la Compagnie Mitchell, de Sherbrooke, au montant de $2204., posage compris, un système de chauffage à vapeur;  2) à faire construire une cherninee à l'église, au prix de $500. environ.  Le tout s'exécuta à la lettre, de sorte qu'en octobre, aux premiers froids, les paroissiens purent jouir du confort d'une douce chaleur dans l'église.
      Durant l'hiver 1938-1939, le Curé mûrit de nouveaux projets, car les couvertures, les ouvertures de l'église et sacristie demeuraient jaunes de rouille et l'intérieur était pénible à voir.
      Le Curé qui n'avait pas augmenté la dette avec les travaux précédents, fit des calculs, examina des devis, consulta des hommes du métier et finalement décida de lancer un appel à ses paroissiens pour une restauration complète de l'église et du presbytère. Les nouveaux projets comportaient une dépense d'environ $6,000.00, il est vrai, mais la générosité coutumière des paroissiens, jointe à la collaboration de toutes les bonnes volontés pouvaient amener à la caisse des sommes substantielles qui auraient raison des difficultés. Il y eut des assemblées, des discours, des entretiens; bientôt la perspective du succès d'un
bazar organisé par les dames de la paroisse, eut raison des derniers dissidents. Le bazar rapporta la somme de $2,000.00 à laquelle s'ajouta, d'importantes offrandes personnelles.
       Les travaux du ménage furent donc autorisés et l'été de 1939 vit autour de l'église et du presbytère une activité qui ne cessa qu'avec la restauration complète. M. Jean Ferland, peintre de Sainte-Marie de Beauce, eut l'entreprise de l'église;  grâce à son habileté et à sa dextérité, le temple était remis à neuf dès le mois de novembre. Aux révérendes Soeurs de Saint-Damien revient d'avoir décoré les autels et les statues.
       L'église fit l'admiration de tous et surtout des visiteurs qui surent rendre fiers d'eux-mêmes les paroissiens de Saint-Sébastien.  Durant l'été de 1943, on constata qu'une défectuosité du clocher l'inclinait du côté du presbytère; on dut
même à cause de la mobilité du clocher, interrompre de sonner les cloches en carillon. Sur l'instigation de M. le Curé Laplante, la Fabrique étudia sérieusement les moyens à prendre pour réparer le clocher et prévenir tout accident. Il fut décidé de s'adresser à la Maison C.-E. Morrissette, de Québec, pour lui soumettre le cas; un expert vint faire l'inspection du clocher et révéla qu'une poutre à la base était dans un état avancé de pourriture, état dû à l'eau qui s'était infiltrée par le sommet depuis
plusieurs années. En face de ce problème, la Fabrique n'hésita pas à faire exécuter les réparations nécessaires.
      Le travail fut confié à la Maison Morrissette de Québec, qui l'accomplit à la grande satisfaction de la paroisse pour la somme de $l,850.00. Malgré tous ces travaux de construction, de réparation et de restauration à notre église, la Fabrique est restée en excellente situation financière, grâce à la prudence et à la sage administration des marguilliers ainsi qu'au dévouement de nos curés. En lisant l'histoire de notre temple religieux, puissons-nous apprécier davantage les bienfaits de la Providence à
l'égard de la grande famille de Saint-Sébastien, et offrir à Dieu des actions de grâces pour toutes les faveurs que sa libéralité a répandues sur notre paroisse. C' est la leçon qui se dégage de ce chapitre.
      Reconnaissance envers Dieu d'abord, mais aussi reconnaissance à nos bienfaiteurs, car ils sont nombreux.
Avant même que la construction de l'église fut terminee, les dons généreux de personnes charitables et zélées arrivaient de toutes parts en vue de l'ornementation du nouveau temple ou des besoins du culte.  Un grand nombre d'articles de lingerie d'autel, de vases de fleurs, etc., furent recueillis et envoyés par un groupe de dames de Saint-Roch de Québec.

1 ciboire doré, don de MM. Lemieux et Kirouac, de Québec,
1 encensoir, don de M. J.-B. Laliberté, Québec
1 lampe du sanctuaire, par les Dames de Saint-Roch de Québec,
1 voile huméral, moire antique, par Mmes Paquet et Clark, Saint-Roch, Québec,
$25.00 pour une chape blanche de M. Chs. St-Michel de St-Roch, Québec,
$30.00 pour l'autel de la sacristie, de Dame Vve Olivier Rochette, St-Roch,
$25.00 pour une chasuble blanche, moire antique, (laquelle a coûté $30.00), de Mme Vve Noël Beaudoin, Saint-Henri de Lauzon,
Tapis de 1ère classe, de MM. Barbeau et Rochette, de St-Roch de Québec,
Tapis de 2ème classe, de M. Joseph Picard, de St-Roch de Québec,
Canons d'autels (cadre doré), par Mesdames Vves Paquet et Morency, St-Roch de Québec.
1 chasuble blanche et 1 noire, de l'Oeuvre des Tabernacles,
Chandeliers en cuivre doré, de M. Octave Tardif, de Sainte-Marie,
Voiles de tabernacle et de ciboire, de Dame A. Pelletier, de Sainte-Anne,
Un reliquaire de Ste-Anne, de M. I. Bidegaré, de Québec,
En janvier 1891, l'administrateur de la succession de Mlle Bégin de Québec, envoie une statue du Sacré-Coeur pour orner le maître-autel,
2 prie-Dieu en frêne et merisier, de M. Edmond Audet, entrepreneur,
1 porte-missel en noyer noir, de M. Nap. Audet,
Tenture violette du grand autel, par le Dr J. Godbout, député, et M. Couture, de Lévis.
$ 50.00 pour le Chemin de la croix, par une ancienne paroissienne.

        Les paroissiens ont aussi fait leur large part; la liste suivante quoique incomplète, prêche éloquemment leur générosité:
 

1.    En février 1888, M. Joseph Dorval, fils, fait don à l'église d'un très bel ostensoir doré, d'une
       grande valeur et d'un travail exquis.
2.    En 1898, une lampe du St-Sacrement pour la sacristie, offerte par M. Elie Paradis.
3.    Deux crédences en frêne pour la sacristie, par M. Édouard Dallaire.
4.    Un encensoir de 1ère classe, de Mmes H. Bernard et Edmond Dallaire.
5.    Des lustres à 3 lampes devant les autels latéraux ont été donnés par Mme Marie Lessard et
       M. Jos. Dorval, père; ils ont coûté $13 chacun.
6.    Le 19 mars 1891, a eu lieu la bénédiction et l'installation de la statue de Saint-Joseph, qui
       orne l'autel de la sacristie. Cette statue est un don de M. l'abbé L. -Ernest Nadeau,
       professeur de Rhétorique au Seminaire de Québec et ancien curé de cette paroisse.
7.    1900 - Le 4 février, M. Barthélemi Royer, un des premiers colons de la paroisse, voulant
       témoigner de sa grande foi et de sa reconnaissance envers le Dieu Tout Puissant résidant
       en la Sainte Eucharistie donnait la somme de $50. pour acheter une magnifique lampe qui
       a été placée à l'entrée du sanctuaire en face du tabernacle.
8.    Le 12 avril c'est M. Michel St-Pierre, père, qui a fait don d'une croix de procession en métal
       blanc argenté. Elle a été payée $15.
9.    Le magnifique lustre du centre à l'avant de la nef a été acheté en juillet 1910 au prix de $90.;
       c'était le fruit d'une partie de cartes organisée par les dames de la paroisse.
10.   M. le Curé Meunier, avant de rendre le dernier soupir, demanda que le calice d'argent doré
       dont il jouissait durant sa vie, restât la propriété de la Fabrique de Saint-Sébastien.
       Ce calice est évalué à $100.
11.   Il convient de mentionner le don récent de M. J.-L. Jacob, de la belle statue du Christ-Roi,
       d'une valeur de $60. Cet éminent paroissien l'offrit à l'église lors de sa restauration en 1938.

        Mme Vve Frédéric Morency,  de Sainte-Marie de Beauce, fit le don en 1901, d'un harmonium qui servirait à accompagner le chant des offices religieux. En considération de ce geste si apprécié
de la paroisse, il fut décidé que, pour une période de 25 ans (1891-1916), une grand'-messe serait célébrée en novembre, chaque année pour le repos de l'âme de son mari et autres membres de sa
famille.

        Le 19 février 1905, la Fabrique décida de renouveler l'harmonium en usage depuis 14 ans;
cédé pour $75. à la Maison Lavigueur & Hutchison de Québec, la Fabrique acheta au prix de $550. l'instrument actuel plus puissant et proportionné à la grandeur de l'église.

        Monument du Sacré-Coeur, don des paroissiens, installé en face de l'église paroissiale et bénit le 16 juin 1916, par Sa Grandeur Mgr Paul-Eugène Roy, archevêque de Séleucie, auxiliaire de Québec.
 Conseil Municipal 9 i



CONSEIL MUNICIPAL

I - Son organisation

        Avant 1855; l'organisation municipale ne comprenait qu'un officier supérieur; des subalternes l'assistaient et pouvaient avec lui légiférer sur les travaux de voirie, de ponts et cours d'eau.
C'était le "Grand Voyer", dont la juridiction couvrait la Province entière; les assistants dans chaque
que district s'appelaient "député grand voyer" et tenaient leurs pouvoirs de leur chef.
    Les cantons qui formaient les alentours du lac Saint-François avaient organisé un Conseil désigné sous le nom de "Conseil du comté de Mégantic, division numéro 2".
Ce conseil, composé de deux conseillers par canton, siégeait à Forsyth (Saint-Évariste) et les deux conseillers du canton Aylmer étaient le capitaine Romain Dallaire et Ignace Royer.
        D'après la loi du temps, et sur le rapport d'un "député grand voyer", ce conseil décidait par des règlements d'ouvrir les routes nécessaires aux besoins des colons. Deux procès-verbaux du temps ont trait aux 2e et 3e rangs ainsi qu'aux 4e et 5e rangs du canton Aylmer; la copie du premier, déposée à Lambton, a été détériorée et il fut impossible de la retracer; quant à la copie du deuxième, on ne put en trouver trace dans les registres du conseil.
        Ce Conseil a existé jusqu'en 1855, époque où  "l'Acte des Municipalités et des Chemins" fut passé par la législature du Bas-Canada. Cette loi arrivait fort à propos pour nos nouveaux cantons où tout était à organiser. Elle plaça la direction et le contrôle des affaires municipales entre les mains d'un Conseil. Le Conseil municipal, petit état indépendant et libre de se gouverner à sa guise, se compose d'un maire ou chef du Conseil, aidé de six conseillers, élus pour trois ans, le deuxième lundi de janvier, par les électeurs de la municipalité. Le Conseil c'est le roi de la paroisse civile; chargé de voir aux besoins de la paroisse, c'est lui qui gouverne et qui est le gardien et le protecteur naturel et légal des intérêts locaux. Outre ces Conseils de paroisse, il y a les Conseils de comté, composés de tous les membres des Conseils des municipalités du Comté, sous la présidence d'un Préfet ou Président du Conseil, choisi, chaque année, parmi les maires des paroisses.
        Le premier Conseil local du canton Aylmer fut formé au mois de juillet 1855, en même temps que se fit la première élection  de conseillers municipaux.  Les premiers membres appelés à siéger au Conseil furent MM. Louis Boutin, Barthélemi Royer, Joseph Therrien, Augustin Audet, Barthélemi Arguin, Laurent Corriveau et Joseph Garant. La première séance du Conseil eut lieu le lundi, 6 août suivant, et M. Louis Boutin y fut choisi comme maire, le premier de la lignée, longue actuellement de plus de trente noms. M. Romain Dallaire accepta la charge de secrétaire-trésorier, puis Joseph Baillargeon, Paul Roy et Narcisse Turgeon furent nommés évaluateurs pour Aylmer et Gayhurst; M. Jean Lapointe fut choisi comme inspecteur des 1 er, 2e et 3e rangs d'Aylmer et Ferdinand Turgeon pour le reste du canton. À cette même séance, le Conseil a fixé le traitement du secrétaire-trésorier à dix schellings par année, douze sous par cent mots pour copie, trente-six sous chaque fois pour signifier les avis et un schelling par lieu pour porter les avis.
        Le premier rôle d'évaluation fut fait le 22 octobre de cette même année, puis revisé et approuvé le 3 décembre; l'évaluation totale y compris la partie rattachée à la paroisse de Lambton, se chiffrait à 5,495 schellings, soit $21,980.00.
        Le Conseil s'est réuni durant les deux premières années à la demeure du serétaire-trésorier, M. Romain Dallaire.
Après ce terme, M. Joseph Proteau fut choisi secrétaire-trésorier.
        Un événement qui a son importance dans l'histoire de notre paroisse est son érection civile par proclamation du lieutenant-gouverneur en date du 19 février 1886, laquelle fut approuvée à la séance du Conseil de comté, le 9 juin suivant, pour fins municipales et scolaires. Au point de vue civil, notre municipalité comprend les vingt derniers lots du canton Aylmer, les 15 premiers lots du canton Dorset, le 10e rang et les 14 premiers lots moins 4 et 5 du 9e rang du canton de Gayhurst.
        Le 6 mars 1933, le village de Saint-Sébastien obtint une corporation séparée de la paroisse.
Le premier Conseil fut forrné le 4 avril suivant: M. Joseph Michaud fut choisi comme maire, et MM. Joseph Veilleux, Arthur Veilleux, Amédée Bolduc, Dominique Arguin, WiIfrid Drapeau et Arcadius-
L. Paradis comme conseillers. Le 9 janvier 1935, M. Jos.-L. Bernier remplaça le maire Michaud et le 5 juillet 1937, M. J.-Roméo Garon, maire actuel, succéda à M. Bernier.

         Voici maintenant la liste des maires et des secrétaires-trésoriers de Saint-Sébastien
depuis sa fondation:

 Louis Boutin               1855 à 1858,
 Damase Carrier           1858 à 1860,
 Michel Tanguay          1860 à 1862,
 Barthélemi Royer        1862 à 1864,
 Paul Roy                    1864 à 1866,
 Jean Tanguay              1866 à 1868,
 Ignace Royer              1868 à 1870,
 Etienne Côté               1870 à 1872,
 Gervais Roy               1872 à 1873,
 Paul Roy                    1873 à 1876,
 Pierre Dallaire             1876 à 1878,
 Ignace Royer              1878 à 1882,
 Philias Therrien           1882 à 1884,
 Louis Paradis             1884 à 1892,
 Ludger Lemieux         1892 à 1894,
 Arthur Royer              1894 à 1896,
 Elie Paradis                1896 à 1898,
 Damase Paradis          1898 à 1900,
 Bénoni Paré                1900 à 1902,
 T. Garon                    1902 à 1904,
 Alfred Proteau            1904 à 1906,
 Pierre Roy                  1906 à 1910,
 J.-L. Jacob                 1910 à 1912,
 Edouard Marceau       1912 à 1914,
 J-E. Dion                    1914 à 1921,
 Albert-L. Paradis        1921 à 1927,
 Alphonse Lapierre      1927 à 1929,
 Elzéar Proteau            1929 à 1933,
 Amédée Bussière        1933 à 1937,
 Jos. Paradis                1937 à 1943,
 Amédée Bussière        1943  (Maire actuel)
 
 

Secrétaires-Trésoriers:  Romain Dallaire           1855 à 1858,
 Jos. Proteau                1858 à 1860,
 Antoine Roy                1860 à 1864,
 Louis Paradis, fils        1864 à 1878,
 Gervais Roy                1878 à 1899,
 Louis Paradis              1899 à 1908,
 Jérôme Fortier             1908 à 1909,
 Bruno Bernier              1909 à 1933,
 J.-Armand Rouleau      1933 (Secrétaire actuel)

                    M. Louis Paradis a cumulé avec ses fonctions de maire
                celles de préfet du comté, de 1889 à 1892.




II - Son oeuvre

 L'oeuvre principale du Conseil municipal de Saint-Sébastien s'identifie avec l'ouverture, la construction et l'amélioration des routes qui ont desservi les colons et les habitants des divers rangs de la paroisse. Il importe donc ici de faire un brin d'histoire sur ces chemins qui sont aujourd'hui la source de notre développement futur. Pour faciliter la lecture et la compréhension de ce chapitre, il serait utile de se reporter au graphique de la page 23.
        Durant les cinq premières années de l'administration municipale, les chemins du 1er rang, des 2e et 3e rangs, et une partie de celui des 4e et 5e rangs ont été ouverts et rendus passables.
        Puis l'organisation de la mission et l'endroit de la future chapelle étant fixés, un nouveau chemin devint nécessaire pour les colons du 1 er rang. Le Conseil, en sa séance du 6 novembre 1865, reçut une requête signée par Narcisse Rosa, Frédéric Fortier et plusieurs autres; ils demandaient qu'une route fut autorisée entre les lots no. 24 et 25 des ler et 2e rangs. M. Louis Paradis, l'actuel secrétaire-trésorier, est nommé pour étudier cette question, faire la visite des lieux et en dresser le rapport exigé par la loi. Il s'acquitta parfaitement de sa mission de surintendant spécial et déposa le procès-verbal au bureau du Conseil dans le cours du mois de novembre; c'était le premier acte de ce genre fait dans notre municipalité et le conseil à sa séance du 4 décembre l'homologua sans amendement.
        Une fois cette route autorisée, le plus difficile de l'affaire n'était pas fait: il fallait exécuter les travaux durant l'hiver 1865-66. Une certaine opposition se souleva en avril, quand vingt-cinq colons présentèrent une requête au Conseil pour faire annuler le procès-verbal autorisant cette route.
La question fut renvoyée à la séance de juin; elle fut discutée de part et d'autre; on en conclut vite que cette demande n'était pas sérieuse, que c'était une opposition parente avec celle faite pour l'église.
        Les conseillers se trouvaient également divisés; trois votèrent pour le maintien du procès-verbal et les trois autres contre; il fut maintenu par le vote du maire Jean Tanguay; décision qui termina la division au sujet de cette route. Elle fut ouverte et rendue utilisable quoique son amélioration était urgente; en 1871, un octroi de $200. permit d'exécuter ces travaux dont fut chargé M. Pierre Bernier.
        Il y avait plus de 10 ans que la municipalité était divisée en arrondissements de voirie; un nouveau remaniement devenait nécessaire par le récent détachement des dix premiers lots du canton Aylmer qui appartenaient maintenant à la paroisse de Saint-Vital de Lambton. À la réunion du Conseil de novembre 1866, un règlement est adopté pour exécuter cette nouvelle division.
        En avril 1870, le Conseil du Comté de Beauce autorisait un chemin dans le 8e rang d'Aylmer puis, au mois d'août, l'ouverture de la route entre les lots 23 et 24 des 3e et 4e rangs est décidée par le conseil du canton ainsi que celle entre les lots 21 et 22, 19 et 20 des 5, 6, 7, et 6e rangs. Cette dernière décision fut annulée en 1873 par un procès-verbal créant une nouvlle route entre les lots 18 et 19 des mêmes rangs.  Cette route fut aussitôt ouverte sur une longueur de près d'un mille au 3e rang grâce à un octroi de $300. Les chemins de la municipalité furent améliorés durant ces années, le Conseil accordant l'argent nécessaire pour enlever les trop grandes pierres des chemins et pour abaisser certaines côtes. Ainsi, en 1872, le chemin du ler rang a été prolongé devant les lots 28 et 29.
        En 1874, la colonisation des lots des 6e et 7e rangs étant commencée, une requête au Conseil par les intéressés demandait qu'un chemin de front soit ouvert. Le secrétaire Louis Paradis fut de nouveau désigné comme surintendant spécial; se conformant aux lois, il assembla les colons de ces deux rangs, le 5 mai, chez Etienne Paradis, puis fit la visite des lieux en compagnie de Joseph Boisselle.
 Le procès-verbal dressé par le délégué recommandait le chemin entre les 6e et 7e rangs depuis la ligne de Lambton jusqu'au canton Dorset, et projetait la construction de deux ponts sur les rivières qui les traversent. Le Conseil l'approuva à sa réunion du mois de juin. Mais le chemin restait très difficile à faire au point que la plupart de ceux qui l'avaient demandé se découragèrent et abandonnèrent leurs lots; d'autres mains continuèrent les défrichements de ces lots bien que l'absence de chemin paralysa longtemps la colonisation de ces deux rangs: il fallait attendre l'hiver pour en transporter les produits des récoltes. Vénérend Fortier, découragé d'être seul résident, vendit sa terre en 1875.
        Ces deux rangs quoique assez défrichés n'avaient plus de colons résidents et demeurèrent dans cet état léthargique jusqu'en 1886 alors que M. le Curé Nadeau réussit à obtenir un octroi de $250. pour aider l'ouverture du chemin. Avec ce montant les intéressés réussirent par corvées à arracher et enlever le bois qui s'y trouvait. Un nouvel octroi de $200. par année accordé pendant 4 ans, permit de terminer le travail si bien commencé; il restait à ériger deux ponts pour franchir les cours d'eau; ils furent construits au moyen de corvées. Cette amélioration eut le bon effet de faire concéder tous les lots disponibles.
        En 1876, une route avait été demandée entre les lots 18 et 19 des 5, 6, 7, 8e rangs et elle fut autorisée sans opposition. Mais dès que le travail d'exécution commença, une opposition survint des trois-quarts des habitants de la paroisse qui, dans une requête signée par eux, demandèrent
d'annuler cette route et d'en autoriser une autre entre les lots 23 et 24 des mêmes rangs jusqu'au canton Dorset. Les intéressés des quatre rangs s'y opposèrent de toutes leurs forces et après un an il leur fallut enfin céder. Le premier projet fut abandonné et la route entre les lots 23 et 24 fut commencée en 1878; les travaux se continuèrent lentement les années suivantes car les octrois annuels du gouvernement ne suffisaient pas; ce n'est qu'en 1882 qu'elle fut ouverte dans toute sa longueur, mais passable pour les voitures d'hiver seulement.  En 1883, elle fut améliorée sur une longueur de 10 arpents et de 1884 à 1886, des octrois plus généreux permirent de prolonger considérablement cette amélioration qu'on termina l'année suivante.
        L'ouverture des chemins dans presque tous les rangs de la paroisse avaient eu pour effet d'attirer de nouveaux colons sur les lots encore disponibles et d'augmenter ainsi la population. Durant les vingt ans qui suivirent, les colons se rendirent assez nombreux défricher des lots dans cette partie de Gayhurst qui comprend la paroisse de Saint-Samuel; en 1883, ils obtinrent de former une municipalité à part, ce qui entra en vigueur l'année suivante. Ce démembrement changeait un peu l'administration dans Aylmer; en effet, le 24 mars 1884, le conseil déchargeait les contribuables de la nouvelle municipalité des travaux publics de l'ancienne, et il fut stipulé que la route entre les lots 9 et 10 du 10e rang de Gayhurst resterait à la charge de notre
conseil et des résidents des 9e et I0e rangs. Ce n'était pas tout, les habitants du 9e rang situés près de la ligne de Whitton se plaignaient de ne pas avoir une route convenable; ils avaient tenté d'en faire autoriser une entre Gayhurst et Whitton, mais la difficulté des lieux et les dépenses qu'aurait entraînées une telle entreprise furent les causes d'un refus d'approuver le
procès-verbal préparé par M. Georges Bignell, surintendant spécial. Mais, s'opposant à ce procès-verbal, la municipalité de Saint-Sébastien s'engageait à donner une route aux habitants du 9e rang de Gayhurst.
        En juillet suivant, le Conseil décida l'ouverture de la route promise qui longerait les terres de François et Augustin Lacroix, nommant Xavier Paradis pour en préparer l'exécution suivant la loi. Dans son rapport, il fut stipulé que les dépenses faites pour son ouverture étaient à la charge de toute la paroisse mais que les habitants seuls de ce rang verraient à son entretien futur. Le travail fut exécuté cette même année au grand avantage de ces gens qui avaient maintenant une sortie très convenable quoiqu'elle ait imposé une dépense de $300. à la municipalité; l'ouverture de cette route était une preuve de la bonne entente qui régnait dans la paroisse. Cependant il manquait encore un demi-mille de chemin pour rejoindre la demeure de ces habitants qui revinrent à charge devant le Conseil, en 1886, pour demander de compléter un travail déjà bien avancé; les procédures ordinaires étant suivies, le Conseil acquiesca à leur légitime demande et l'année suivante les travaux de cette route furent terminés.
        Pendant que ces améliorations se poursuivaient, les chemins du reste de la municipalité étaient améliorés grâce aux octrois accordés aux routes des 5e, 6e, 7e, 8e rangs.
        L'érection civile de la paroisse en 1886, nécessita certains changements et, en 1887, il fut question de modifier une partie de l'entretien du chemin de front des lots 13-14 et 15 du 13e rang de Dorset; Antoine Roy de Lambton fut désigné pour l'étudier et le il février 1887, il apporta la solution suivante dans un procès-verbal où il proposa que l'entretien de ce chemin devrait être partagé entre les propriétaires des trois lots désignés et les habitants du 8e rang d'Aylmer.
        Une autre amélioration urgente s'imposait: le pont qui avait été construit sur la route du 5e rang d'Aylmer avec les octrois reçus à cette fin, était déjà pourri et très dangereux; on s'avisa de le remplacer au plus tôt pour la sécurité des voyageurs. Le Conseil municipal passa un règlement le 2 juin 1890, ordonnant de reconstruire ce pont et de le placer en droite ligne avec la route - chose inexplicable et typique, l'ancien pont avait été placé partie sur la route et partie à côté.  Le mois suivant, Joseph Vallière entreprit d'exécuter ces travaux que tous les contribuables de la paroisse furent appelés à défrayer.
        À une séance du Conseil, le 20 janvier 1890, une requête signée par Monsieur le Curé Nadeau et la grande majorité des habitants de la paroisse, demandait qu'une route fut ouverte entre les lots 14 et 15 des 12e et 13e rangs de Dorset, alléguant qu'un tel chemin en plus de donner un débouché, serait une communication directe avec la mission de Dorset et un raccourci de plus de six milles pour Shenley, Saint-Georges et Saint-Martin. Le Conseil accueillit favorablement la requête et désigna Damase Paradis pour visiter les lieux et faire rapport; le document, présenté un mois plus tard, approuvait l'ouverture de cette route qui exigeait aussi l'érection de deux ponts et elle devait être à charge aux propriétaires des terres des deux rangs mentionnés.
        Ce procès-verbal fut accepté par la municipalité qui statua que la première année le bois et les racines seraient coupés et enlevés sur toute la longueur de la route; le travail, fait à l'entreprise et terminé avant la fin de septembre, fut parfaitement exécuté. L'année suivante, le terrassement d'une partie de la route fut fait de la manière prévue et il fut terminé dans toute sa longueur la troisième année. La compagnie McKinson, qui possédait les lots de ces deux rangs, paya sans récriminer le coût des travaux réclamés par la corporation.
        Une autre route qui a son importance dans notre paroisse est celle qui fut érigée quand la compagnie du chemin de fer décida de placer la gare à un endroit qui n'avait pas de débouchés par le 2e rang d'Aylmer et le "Cordon" (10e rang de Gayhurst). Cette route maintenant très fréquentée a toute une histoire: après la construction de la gare en 1895, plusieurs maisons s'élevèrent dans les environs entre autres celles de M. J.-E. Dion, commerçant, M. Topping, Edmond Dallaire, etc.; il fallait nécessairement un chemin pour communiquer avec le reste de la paroisse. Une route fut autorisée par le Conseil mais il survint un incident qui fit échouer le projet de la route du 2e rang et devait en retarder de deux ans la réalisation. Le propriétaire du terrain, M. Edmond Dallaire, qui avait permis le droit de passage de la route, retira soudainement sa parole et demanda l'expropriation qui lui fut refusée; une offre de mille dollars décida la paroisse un peu plus tard à annuler toutes les démarches faites jusque là. Entre temps, les trois quarts des habitants étaient obligés de passer par le 10e rang de Gayhurst et se rendaient compte de plus en plus que la route annulée était indispensable mais aucun ne voulait se mettre à la tête d'un mouvement pour reprendre les négociations. Voici que le propriétaire revint sur sa décision en consentant de nouveau à donner l'espace de terrain pour l'érection de la route; il permettait en même temps de déplacer sa maison sise sur le passage de la route. L'Honorable Sénateur Bolduc profitant de l'accalmie, s'engagea pour mettre fin à ce différend à faire obtenir un octroi; la municipalité obtint $200. qui furent employées l'année même pour ouvrir la route; l'année suivante, un octroi moins substantiel ralentit la marche des travaux et cette route ne fut enfin terminée qu'en 1900.
        Cette route est la dernière à être érigée dans notre paroisse; notre réseau routier est resté le même quoique, avec les années, il fut si bien amélioré qu'il figure avantageusement avec n'importe lequel de la région. C'est l'oeuvre de notre Conseil municipal qui a toujours travaillé à l'amélioration et au progrès de notre paroisse dans tous les domaines qui lui sont attribués.
        L'oeuvre principale accomplie est l'installation en 1939, d'un système très pratique contre l'incendie; la municipalité songeait à doter le village de cette protection après la conflagration de mai 1938 où le feu fit disparaître 7 maisons. C'est à la suite de ce désastre que le Conseil Municipal du village décida d'acheter tout ce qu'il fallait pour lutter efficacement contre tout incendie éventuel.
        Le poste de Secrétaire-trésorier de la Municipalité du village occupé en premier lieu par Sébastien Blouin, du 4 avril au 16 septembre 1933, a été occupé successivement depuis par Adjutor Dumas et depuis le 26 septembre 1942, par Jean-Marie Paradis.
 


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