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COMMISSION SCOLAIRE


       L'enseignement primaire de la Province de Québec relève d'une législation déjà centenaire. En effet, le 18 septembre 1841, à la première session qui suivit l'Union des deux Canadas, naissait notre régime scolaire actuel. "Impopulaire au début à cause de la nouveauté des impôts sur la propriété pour fins d'éducation et surtout en raison de la limitation des pouvoirs accordés aux représentants des parents, les commissaires d'écoles, elle ne tarda pas à s'améliorer et à donner des résultats fort appréciables".
        "Les principales dispositions de cette loi fondamentale étaient les suivantes:
        La nomination d'un surintendant chargé de veiller à la mise en oeuvre du nouveau système;
La création d'un certain nombre d'unités administratives connues sous le nom de "municipalités scolaires";

L'imposition d'une taxe foncière qui s'ajouterait aux subventions du Gouvernement pour assurer le maintien des écoles". 
      Cette législation nouvelle permit au département provincial de l'Éducation de préparer la nomination des inspecteurs d'écoles en 1852, la création des écoles normales en 1857 et de celle du Conseil de l'Instruction Publique en 1859.
      En 1867, à la Confédération, le Conseil de l'Instruction Publique devint le Ministère de l'Instruction Publique, et ce ne sera qu'en 1875, que le Conseil de l'Instruction Publique sera rétabli pour subsister jusqu'à nos jours. Depuis cette date, aux termes de la loi, ce Conseil se compose de tous les évêques catholiques de la Province; pour chaque évêque, le gouvernement nomme deux laïcs, un catholique et un protestant, ce dernier siégeant à la section protestante
inaugurée en 1875 pour le bénéfice de nos frères séparés.
      Chaque municipalité scolaire voit à l'élection de cinq commissaires, élus pour trois ans, les élus se choisissent un président et un secrétaire-trésorier.
      Quand on compare le système d'enseignement actuel de notre paroisse à celui du début, on ne peut taire l'évolution manifeste produite en ce domaine. La vie scolaire à Saint-Sébastien remonte à 1850. Le premier noyau de colons qui se développait chaque année eut bientôt un
nombre suffisant d'enfants en âge de fréquenter l'école. Ces braves gens ne voulurent pas se soustraire à leur devoir de donner à leurs enfants la précieuse nourriture de l'instruction, bien que les matières enseignées alors se résumaient à l'étude du catéchisme, à l'enseignement de la lecture, de l'écriture et du calcul.
      La colonie grandissait rapidement et ces gens pauvres, peu organisés sous tous rapports, n'ayant eux-mêmes que des habitations de fortune, ne pouvaient songer à bâtir une maison d'école. La question, étudiée à la lumière de la meilleure des bonnes volontés, fut solutionnée, semble-t-il, de façon satisfaisante en attendant de meilleurs jours: Antoine Couture, habitant du lot 13 du 3e rang, offrit une partie de sa maison pour réunir les enfants d'âge scolaire; au consentement unanime, sa femme, née Henriette Roy, se chargea de leur inculquer les connaissances élémentaires du temps.  Elle fut donc la première institutrice de notre paroisse.
      Le local de la classe changea à peu près tous les ans et ceci s'explique facilement par l'exiguïté des maisons d'alors et les nombreux inconvénients qu'imposaient ces réunions d'enfants.
      En 1854, à cause de l'augmentation constante des familles, la première commission scolaire fut organisée à Saint-Sébastien. Le 17 juillet, la première assemblée choisissait les membres de ce nouvel organisme paroissial : Laurent Corriveau, Joseph Garant, Louis Boutin, Augustin Audet et David Dion; le président choisi fut Laurent Corriveau.
      En 1866, le démembrement des dix premiers lots du canton Aylmer, dont la prévision avait jusque-là retardé la construction d'une école, laissa entrevoir une solution prochaine en ce domaine. La première construction destinée à servir exclusivement de maison d'école semble remonter à 1867: elle était à l'usage des enfants des 2e et 3e rangs.
      La deuxième école s'éleva, quatre ans plus tard, sur le lot 12 du "cordon"; M. Damase Paradis en avait entrepris la construction. Durant les deux années suivantes, M. Georges Lemieux en construisit une troisième pour le village, sur la terre de Joseph Dorval, puis une quatrième à l'usage des enfants du premier rang. Bientôt, une cinquième devint nécessaire aux 4e et 5e rangs.
      En 1875, un rapport du curé signale l'existence de cinq écoles. Elles n'ont d'histoire que ce qui précède et le reste s'identifie avec le dévouement discret des institutrices qui ont appris à leurs élèves les notions élémentaires de la religion et du français.
     En 1891, l'école du village fut rebâtie par Elie Paradis; elle sera remplacée de nouveau en
1913 et construite sur le terrain de l'ancien cimetière cédé par le Fabrique; le contrat fut autorisé par les commissaires d'alors et leur président, M. J. -L. Jacob signa l'acte passé devant le notaire Guertin, de Lambton. Le contrat de construction fut confié à M. Bruno Bernier, et les travaux, commencés en février 1914, furent menés rondement puisque la nouvelle école recevait les enfants à l'ouverture de l'année scolaire 1914-1915. La vieille maison d'école fut vendue à l'enchère, en mai 1915, à M. Joseph Vallières, pour la somme de $556.00.
      En 1906, se fit l'annexion du 5e rang de Saint-Romain à la municipalité scolaire de notre paroisse. Ambroise Gendron, entrepreneur, y construisit une école, la même année, de même qu'une autre au "cordon". En 1910, le même entrepreneur bâtissait l'école actuelle des 2e et 3e rangs.
      Si, en 1870, les trois-quarts des vieillards ne savaient pas signer, ce n'est le cas aujourd'hui que de très rares exceptions. En 1911, on mentionnait que la paroisse comptait 367 enfants d'âge scolaire et en 1913, le nombre des écoles est rendu à sept, statistique synonyme de progrès.
      Au début de notre régime scolaire, il ne fut pas question d'accorder des vacances aux enfants. En 1865, les commissaires autorisèrent trois semaines de vacances, du 1er au 22 novembre;  à diverses reprises,  le Conseil de l'Instruction Publique changea cette date pour en arriver à notre système actuel.
     Dans toutes les écoles de la paroisse, les maîtresses étaient des laïques et la commission scolaire songeait à donner des religieuses à l'école du village.  Le 5 mars 1915, on en exprima le souhait à M. le Curé Poulin. Cette proposition amena quelques petites dissensions: on avait vécu jusque-là avec des institutrices laïques, pourquoi changer ?
     Cependant, M. le Curé entreprit des démarches auprès de communautés enseignantes et bientôt,  au mois d'août 1915, les Commissaires autorisaient l'engagement des Soeurs de Notre- Dame-du-Perpétuel-Secours, de Saint-Damien, pour l'année scolaire de 1916-1917. Désormais, l'enseignement à Saint-Sébastien relèvera des Soeurs et c'est pourquoi il ne sera plus question que du Couvent. Auparavant, voici la liste des Secrétaires-trésoriers de la Commission scolaire :

MM. Romain Dallaire:     de 1854 à 1863,
        Gervais Roy:            de 1863 à 1899,
        Louis Paradis:          de 1899 à 1914,
        Damase Paradis:      de 1914 à 1918,
        Bruno Bernier:         de 1918 à 1934,
        J.-Armand Rouleau       depuis 1934,

     Avant de continuer l'histoire de l'école du village, devenue le Couvent, nous voulons connaître un peu la communauté qui vint s'établir à Saint-Sébastien en 1916.
     Le chanoine J. -O. Brousseau, curé-fondateur de Saint-Damien, paroisse du comté de Bellechasse, voyant augmenter sa population, voulut doter son peuple de bonnes écoles qui donneraient aux jeunes les connaissances religieuses et profanes les plus nécessaires; pour cela, il rêvait d'avoir des religieuses. Par ailleurs, le zélé curé, qui ne voulait négliger aucune partie de son troupeau rêvait aussi d'un hospice-orphelinat pour les vieillards et les orphelins de sa paroisse.
      Confiant en la divine Providence, cédant à la grâce de Dieu qui le pressait et fort de la force des saints, il se mit en devoir, avec l'encouragement de Son Eminence le Cardinal Taschereau, d'exécuter ses vastes projets.
      Avant que ne s'achève la construction de son hospice, le dévoué curé se mit à recruter les premières novices de la communauté qu'il voulait fonder et qu'il destinait à l'oeuvre de son coeur. Fondée en 1 892, la Communauté prit le nom de Soeurs de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. Son champ d'apostolat était multiple:  1) l'instruction des enfants, plus particulièrement dans les écoles paroissiales des campagnes et des villes;  2) l'éducation des orphelins, dans des orphelinats agricoles; 3) l'établissement et le maintien dans les villes de "jardins d'enfance" et de patronages pour les jeunes filles;   4) le soin des vieillards et des infirmes des deux sexes.
      Les développements de cette Communauté ont été admirables et les cinquante ans de son existence lui faisaient compter en 1942, 423 religieuses professes, toutes en service dans le diocèse de Québec. L'oeuvre débuta dans la plus grande pauvreté, ne comptant que sur la seule Providence de Dieu pour subsister réalisant chaque jour la devise de l'Institut: "Deus providebit" (Dieu y pourvoiera).  Les épreuves vinrent à leur tour, et en 1905, la maison qui groupait les vieillards, les orphelins et les religieuses fut rasée par les flammes. Confiantes en Dieu, et fortes  de l'appui de leur fondateur, les Soeurs continuèrent leur oeuvre de bienfaisance et encore aujourd'hui, elles répandent dans les paroisses du diocèse de Québec les oeuvres
de miséricorde qui les font "traiter les corps avec charité pour faire du bien aux âmes".
      Le chanoine Brousseau mourut en 1920, à l'âge de 66 ans; les nombreuses oeuvres qu'il a édifiées, son zèle et sa charité inlassable l'ont fait surnommer le "Dom Bosco" du Canada.
      Revenons maintenant à Saint-Sébastien, en l'année 1916.  Le 15 août arrivaient dans la paroisse les quatre premières religieuses qui venaient prendre la direction du couvent. Dès le lendemain matin, à la messe, ces bonnes Mères attirèrent l'attention des enfants; c'étaient: Soeur Saint-Ignace de Loyola, supérieure et directrice de la 1ère classe; Soeur Saint-Damase, maîtresse de la 2e classe; Soeur Saint-Jean l'Evangéliste, maîtresse de la classe des petits et Soeur Saint-Georges, cuisinière. Les religieuses reçurent l'hospitalité au presbytère durant les premiers quinze jours, en attendant la fin des réparations au couvent.
      Le premier dimanche de septembre, eut lieu la bénédiction de la cloche qui appellera au travail les générations d'écoliers. Dès le lendemain, les trois classes ouvraient leurs portes à une centaine d'élèves, pas du tout craintifs et bien remuants. Comme on l'avait prévu, les parents ne purent que se féliciter du changement d'institutrices, et les rapports de l'inspecteur et des Commissaires enregistrèrent les succès qui furent unanimement reconnus par la population.
      En juin 1920, la Commission scolaire fit ajouter une galerie et un garde-soleil sur la façade et le côté nord du couvent; les travaux furent exécutés par Joseph Bernier à Bruno, pour la somme de $600.
      Une quatrième classe fut ajoutée en 1928 car la population étudiante augmentait sans cesse. Bientôt une cinquième viendra qu'on sera obligé de tenir à l'extérieur du couvent. C'est pourquoi, en 1939, il fut décidé d'ajouter une aile au côté nord-ouest du couvent. L'entreprise fut confiée à M. Edmond Bernier. Le couvent compte maintenant cinq salles de classes et les religieuses sont logées dans des appartements plus confortables.

      Lors de l'arrivée d'un vicaire dans la paroisse, en 1931, une chapelle fut aménagée au couvent, au bénéfice de la communauté. La première messe y fut célébrée le 13 avril 1932, et depuis lors, les soeurs jouissent de la présence de la Sainte Eucharistie.
      Le 7 juin 1941, Saint-Sébastien célébrait le 25e anniversaire de l'arrivée des religieuses. A cette occasion, toute la paroisse s'unit aux enfants de l'école pour remercier le bon Dieu des bienfaits accordés durant ce quart de siècle par l'entremise des Soeurs; une grand'messe solennelle fut chantée par les élèves du couvent et l'on proclama une "Journée d'Actions de Grâces".
      Depuis trois ou quatre ans, le nombre des élèves diminue sensiblement. Ceci s'explique par l'exode des familles vers les villes où les attirent l'illusion d'une vie plus facile et le mirage de salaires alléchants. Depuis trois ou quatre ans, 400 âmes de moins dans la paroisse. Cependant quatre classes encore bourdonnent d'activité.
      En 1943, les garçons de l'école furent confiés à partir de la cinquième année, à un instituteur laïque, M. Martial Frappier, de Montréal, diplômé de l'Ecole Normale Jacques-Cartier.
      Notre Couvent compte déjà une bonne liste d'anciennes élèves, qui après avoir fréquenté les classes, sont devenues à leur tour maîtresses d'écoles dans la paroisse ou dans les paroisses voisines. Quelques-unes ont fait de l'enseignement avant de fonder un foyer, d'autres s'y sont consacrées définitivement en se vouant à la vie religieuse.
      Avant de conclure, il serait peut-être intéressant sinon amusant de comparer le coût des constructions d'écoles au cours des années. En 1871, la deuxième école, exclusivement destinée à cet usage, avait coûté à M. Damase Paradis, la somme de $80.00; en 1872, M. Georges Lemieux en construisit une au prix de $72.00; en 1891, l'école du village coûta à M. Elie Paradis la somme de $ 598.00;  M. Ambroise Gendron en construisit une au 5e rang de Saint-Romain pour $500.00 en 1906, et une autre, en 1910, aux 2e et 3e rangs, pour $1070.00; le couvent construit en 1914 a coûté $6,000.00 et l'aile ajoutée en 1939 exigea une dépense de $2,150.00. Toutes ces dépenses ont été faites dans le but élevé de servir une noble cause et il faut savoir gré aux paroissiens de Saint-Sébastien de n'avoir jamais reculé en face de leurs obligations en matière scolaire.

            En conclusion, nous donnons le bilan des statistiques de notre couvent:

     Elèves inscrits depuis sa fondation ........ 750
     Elèves décédés ...................................... 36
     Diplômes obtenus .................................120
     a) diplômes modèles .............................. 20
     b) diplômes élémentaires .......................100
     c) diplômes d'agriculture .........................97
     d) certificats .........................................156
 




LISTE DES SUPERIEURES ET DES RELIGIEUSES DU COUVENT

SUPERIEURES

Soeur Saint-Ignace de Loyola      1916-18, 1921-22
(décédée le 2 mars 1942)
Soeur Saint-Raphaël                     1918-21
Soeur Saint-Pierre                        1922-24
Soeur Marie-du-Carmel               1924-30
Soeur Sainte-Euphémie                1930-33
Soeur Marie-de-l'Assomption      1933-37
Soeur Marie-de-la-Paix               1937-40
Soeur Saint-Sauveur                    1940-

RELIGIEUSES

Soeur Saint-Damase                                   1916-17
Soeur Saint-Jean l'Evangéliste     1916-20, 1934-35
(décédée le 24 août 1943)
Soeur Saint-Georges                   1916-19, 1922-23
                                                   1935-36, 1940-41
Soeur Sainte-Euphémie                                1917-18
Soeur Saint-Félix                                          1918-19
(décédée le 1er avril 1920)
Soeur Sainte-Jeanne de Chantal                    1919-20
Soeur Saint-Romuald                                     1919-22
(décédée le 19 juillet 1924)
Soeur Sainte-Colette                                      1920-21
Soeur Saint-Tharcisius                    1920-21, 1927-30
Soeur Saint-Jean de la Paix                            1922-24
(décédée le 31 janvier 1935)
Soeur Saint-Jean de l'Eucharistie      1923-24, 1933-34
Soeur Saint-Alfred                            1923-28, 1931-32
Soeur Marie-Salomée                       1924-27, 1930-34
Soeur Marie-des-Cinq-Plaies                           1925-27
Soeur Saint-Florent                                          1927-31
Soeur Marie du Bon Pasteur                             1928-29
Soeur Sainte-Agathe                                         1928-30
(décédée le 20 Juillet 1939)
Soeur Saint-Jean de la Passion            1929-31, 1941-43
Soeur Saint-Getave                             1930-31, 1937-39
Soeur Sainte-Rose de Viterbe            1931-32, 1939-40
Soeur Marie de l'Assomption                              1931-33
Soeur Saint-Joachim                                           1932-34
Soeur Sainte-Angèle de Mérici                            1933-34
Soeur Sainte-Léa                                                1933-38
Soeur Saint-Alban                                               1934-35
Soeur Marie de Sainte-Foye                                1934-35
Soeur Saint-Louis de France                                 1934-35
Soeur Saint-Armand                                             1935-36
Soeur Saint-Pascal-Baylon                                    1935-37
Soeur Saint-Laurent                                              1936-37
(décédée le 3 novembre 1939)
Soeur Marie-Bernard                                             1937-38
Soeur Saint-Viateur                                                1937-38
Soeur Saint-Jean du Thabor                                   1938-39
Soeur Saint-Thomas d'Aquin                                  1938-39
Soeur Saint-Ludger                                                1938-41
Soeur Marie-Céline                                                1939-40
Soeur Sainte-Mathilde                                            1939-40
(décédée le 4 juin 1942)
Soeur Saint-Antoine de Padoue                                1940-41
Soeur Saint-Henri                                                     1941-42
Soeur Sainte-Corinne                                                1941-42
Soeur Sainte-Louise de France                                  1941-43
Soeur Marie-du-Carmel                                            1942-43
Soeur Saint-Jean du Cénacle                                     1943-...
Soeur Sainte-Bernadette Soubirons                            1943-...
Soeur Saint-Fortunat                                                 1943-...
 


LA VIE AGRICOLE

      L'attachement au sol préserve l'homme d'une foule de dangers pour la foi et les moeurs. "L'homme des champs vit dans un contact plus intime avec Dieu que l'homme de la ville; placé au milieu des merveilles toujours renouvelées de la nature, merveilles qui chantent sur tous les tons les perfections de Dieu,  l'homme des champs sent le besoin de s'unir à ce concert universel pour célébrer le Maître souverain de toutes choses. La religion est pour lui une nécessité, une consolation, une espérance. Il est certain que le travail des champs, considéré par rapport aux travaux manuels de l'industrie, est encore le plus sanctifiant, le mieux fait pour tenir l'homme en rapport avec Dieu, pour conserver la force et l'honnêteté des moeurs, qui sont la meilleure et la plus durable richesse d'une race et d'un pays", (1)
L'agriculture fait la principale richesse de Saint-Sébastien. L'industrie du bois a perdu beaucoup d'importance et celle de la pêche n'existe même pas. Avec l'agriculture, l'industrie laitière ou sucrière ont toujours été les principales occupations des habitants de notre paroisse. Ses coteaux se dorent de blé ou d'orge et ses troupeaux paissent dans de bons pâturages. Le sucre d'érable est la spécialité de la région. De toutes les petites industries agricoles de notre paroisse, bien peu sont plus importantes, souvent plus rémunératrices que celle de la fabrication du sucre et du sirop d'érable. Cette industrie est presque exclusive à notre province puisque les neuf dixièmes de la récolte totale des produits de l'érable au Canada sont fournis par le Québec.
La vie de l'agriculteur est plus ou moins gaie selon que l'agriculture est plus ou moins prospère. La paroisse très pauvre vers 1870, devint riche grâce à une heureuse évolution de l'agriculture. L'étude de la vie agricole avec ses développements et ses agents de progrès, prend donc une irnportance spéciale dans cette monographie.

(1) La colonisation dans la Province de Québec  par Ivanhoe Caron, ptre, dans Le Canada Français, janvier 1920, p 348.
 

De I870 à 1940, l'histoire de l'agriculture à Saint-Sébastien comprend quatre phases bien distinctes.

PREMIÈRE PHASE

Il y a 70 ans, les terres n'étaient pas encore tout entières propres à la culture; les arbres et les souches couvraient la plus grande partie du terrain. Du côté sud et nord-est, la paroisse était donc encore fermée par un rideau d'épinettes, de trembles, de merisiers, de frênes et d'érable. Les clôtures étaient presque toutes faites de souches arrachées; on commençait à les faire de perches. Les maisons différentes de celles d'aujourd'hui étaient petites et en bois brut. La paroisse gisait dans un état de grande pauvreté. La terre cultivée, jamais engraissée, mal égouttée, ne produisait presque rien: de l'avoine, de l'orge, un peu de pois; du blé, pas toujours assez pour la provision de pain de l'année; ailleurs, du trèfle blanc très court, de l'herbe à cheval et des "queues de renard". La récolte du foin suffisait juste à nourrir les chevaux. Les vaches ne goûtaient au foin que très rarement l'hiver. Le reste du temps, on les nourrissait de paille d'avoine, le matin, et de paille d'orge ou de blé aux deux autres repas. Pas d'eau dans les étables. Trois fois par jour, durant tout l'hiver, on faisait sortir le troupeau pour l'abreuver et lui servir sa ration. Les pauvres bêtes avaient besoin de ces sorties pour se dégourdir, autrement elles seraient tombées de défaillance dans leurs appartements. Dans de telles conditions, quiconque avait deux cents piastres de dettes pouvait s'inquiéter à juste titre de son avenir.
C'est durant cette phase, au printemps de  1871, que les premières chaudières en fer-blanc furent utilisées pour recueillir l'eau d'érable; ce perfectionnement s'est généralisé à mesure que les cultivateurs eurent les moyens de le faire.
"Quelle joie, c'était pour les sucriers de descendre, à la fin du printemps, leurs produits à la ville! On voyait alors - les vieux s'en souviennent - des trentaines de voitures allant en caravanes au marché, s'arrêtant de place en place à des auberges déterminées, passant avec peine dans "la Plée" ou tourbière de St-Henri, arrivant en ville avec un équipage tout couvert de boue, ce qui fit donner aux ancêtres le nom de "jarrets noirs". (1)

(1) Histoire de la Seigneurie de Lauzon, par P.-G. Roy, citée dans "Le Canada Français", avril 1929 p. 543.
 
 
 

DEUXIÈME PHASE

      Mais l'agriculture devait enfin sortir de l'ornière vers 1880, et cela grâce au dévouement apporté à la cause par M. le Curé Garon. Quand il fut nommé curé de Saint-Sébastien, en 1876, M. Garon n'avait que trente-trois ans; sa jeunesse jointe à son enthousiasme et à son esprit d'initiative le fit se donner sans compter au service spirituel et matériel de ses ouailles. Saint-Sébastien, jusque-là dernière paroisse du sud de l'immense comté de Beauce, devait voir bientôt d'autres paroisses reculer la forêt.
L'extrait suivant d'une circulaire de feu son Éminence le Cardinal Taschereau démontre que les pasteurs des paroisses devaient agir ainsi:

"AGRICULTURE.  -  La charité nous fait un devoir de contribuer, chacun en la mesure qui nous est possible, à rendre aussi efficaces que possible, les divers moyens tentés pour faire connaître et comprendre à nos cultivateurs les principes d'une agriculture raisonnée et profitable. Le bien des âmes y est intéressé à un haut degré,  la misère temporelle engendre bien des misères spirituelles, l'ignorance, l'injustice, la négligence des devoirs religieux ,etc. A cela il faut ajouter le désir d'émigrer qui nait, trop souvent déçu, d'améliorer son sort, et qui expose un grand nombre de nos pauvres canadiens à perdre leur foi et leurs moeurs, comme l'expérience ne l'a que trop souvent prouvé."
"Ce sera déjà un grand point de gagné si l'on peut réussir à faire comprendre que l'agriculture routinière est peu profitable, tandis que si elle est éclairée par les principes d'une sage expérience, elle donne des produits doublement avantageux sous le rapport de la qualité et de la quantité." (Cir. No. 39, 1er mars 1875.)

      Prenant à la lettre les conseils contenus dans cette circulaire épiscopale, M. le curé Garon se mit à l'oeuvre.
On venait de jeter dans le public agricole, l'idée de cercles destinés à donner un puissant élan à l'amélioration de l'agriculture dans notre province. Dès 1878,  M. l'abbé Garon organisait un de ces cercles dans notre paroisse, le second fondé dans le diocèse de Québec. Son esprit d'observation lui avait fait trouver les principaux défauts des cultivateurs de la région:

1o   le préjugé, dans ce pays encore forestier, les gelées précoces d'automne rendaient très précaire la culture du blé;

2o   l'idée que l'industrie forestière devait, pour longtemps encore, être la principale industrie du colon, idée qui l'empêchait de procéder assez activement au défrichement de la terre;

3o   l'absence de bons fours de campagne et de méthodes modernes pour la fabrication du bon pain de ménage avec le blé récolté chez soi;

4o   le manque de bonnes routes pour le développement autour de sa paroisse, de la colonisation, sur les belles terres qui l'environnaient;

5o   la négligence à semer des graines fourragères dans les bonnes terres neuves qui en profitent si bien;

6o   le manque de bons animaux.

      C'était un gros programme de réformes à opérer. Mai notre curé, fils d'habitant, et dont les vacances d'écolier s'étaient passées à travailler sur la terre paternelle, n'était pas homme à se décourager. Sous sa conduite et à son exemple, l'on acheta du blé de semence et l'on fit de bonnes récoltes. L'industrie forestière, tout en continuant fonctionner, fut reléguée au second rang. On construisit des fours de campagne, cessant par là de cuire le pain dans les poêles de cuisine, et l'on boulangea du bon pain d'après la méthode de la ménagère de monsieur le Curé qui alla l'enseigner elle-même à mesdames "les colonnes".
      Les routes se sont ouvertes où il le fallait et le résultat a fait naître les belles paroisses de Saint-Samuel, de Saint-Ludger et de Saint-Hubert. Les bons paturages et les belles prairies dus au semis de graines fourragères abondantes et de première qualité alimentèrent le bétail en été comme en hiver.

      Ces notes tirées en substance d'une conférence faite par M. J -C. Chapais aux missionnaires agricoles, il y a une trentaine d'années, doivent rendre un hommage tout particiculier à l'oeuvre apostolique et bienfaisante accomplie en notre paroisse par M. le curé Garon.

CERCLE AGRICOLE

La formation du cercle agricole de Saint-Sébastien fut décidée le mercredi, 30 janvier 1878, lors d'une assemblée générale des cultivateurs de la paroisse. Une élection d'officiers donna le conseil suivant:
 

Président honoraire  M. le curé Samuel Garon,
Président actif   Ignace Royer,
Vice-président   DamaseParadis,
Secretaire  Louis Paradis,
Trésorier  Charles Lapierre,
Censeur  Barthélémi Royer.

     A l'assemblée du 14 avril suivant, il fut décidé d'acheter 20 minots de blé, 300 livres de trèfle rouge, 2 minots d'orge et 2 minots de blé d'inde. Bien que l'organisation légale des cercles agricoles n'était encore qu'à l'état de projet au Parlement de Québec, Saint-Sébastien sut tirer parti de ces premiers efforts. Notre cercle qui débuta avec 19 membres en comptait 60 à la fin de la même année. L'année suivante, un grand nombre de nouveaux membres vinrent de toute la paroisse et des paroisses de Lambton, de Saint-Romain et de Saint-Samuel s'ajouter à la liste initiale: en 1880, le nombre des membres dépassait 200.

A une séance tenue le 13 mars 1881, il fut résolu à l'unanimité qu'un membre du cercle serait délégué à Montréal où devait avoir lieu une réunion du Conseil d'Agriculture. M. Louis Paradis, secrétaire, fut désigné pour représenter notre cercle et porter la requête qui demandait de donner deux sociétés distinctes au comté de Beauce.
      Et pour la première fois dans sa vie, M. Paradis se rendit dans la métropole; l'on sut à son retour qu'il en avait été émerveillé. A la deuxième séance de la réunion, notre délégué fut introduit à l'assemblée par le Révérend Monsieur Pilote, curé de Saint-Augustin. Sa requête, aussitôt étudiée par les membres du Conseil, fut approuvée sur le champ. Un rescrit officiel autorisa donc la Société d'Agriculture No. 2, du comté de Beauce, qui devait comprendre, comme directeurs, les présidents des six cercles de Saint-Evariste, de Lambton, de Saint-Romain, de Sainte-Agnès de Ditchfield, de Saint-Samuel et de Saint-Sébastien.
Cette division permit une concentration plus efficace des efforts communs et M. le curé Garon ne manqua pas l'occasion de s'en servir. Il persuada ses paroissiens qu'il leur fallait laisser de côté les routines vieillies et leur enseigna les moyens à prendre pour faire produire la terre davantage. Ce fut le point de départ de toute une révolution. Dans deux ans, l'aspect de la paroisse changea: les champs nus devinrent de luxuriantes prairies, les coteaux arides se changèrent en excellents pâturages, le bétail augmenta en nombre et en qualité, enfin, la colonisation même s'accentua. Et le cercle agricole continua à répandre l'enseignement d'une culture pratique. Un jour vint où notre paroisse se vit assise sur des bases économiques solides.
      Monsieur l'abbé Garon avait fondé son cercle et il n'eut rien tant à coeur que de le voir prospérer, et si, un jour, il déplora publiquement le sort de ces cercles dont les débuts pompeux n'eurent qu'une existence chevrotante, il n'entrevoyait sûrement pas que son cercle, le Cercle de Saint-Sébastien, finirait son existence dans une inactivité qui le mènerait à la mort. Mais avant d'en arriver là, le Cercle de M. Garon rendra d'immenses services et connaîtra même une certaine célébrité.
En 1890, il y avait encore à Saint-Sêbastien des charrues de bois à soc en métal, elles sont disparues aujourd'hui. La prospérité augmentant d'année en année, le plus grand nombre de cultivateurs achetèrent faucheuse et rateau à cheval, herse à ressorts, charrue d'acier, (même fourche à foin), pour mieux cultiver et améliorer leurs terres.

      Plusieurs cultivateurs construisirent de nouvelles granges plus spacieuses et plus conformes aux besoins du temps; celles de Louis Boutin, en 1898, et Alyre Couture, en 1899, étaient magnifiques et auraient fait l'admiration de paroisses plus anciennes que la nôtre.
      "Toute la famille, dit l'abbé Lebon, se donnait la main pour les travaux  Pendant que les marmots joufflus de santé allaient à l'école du rang apprendre un peu de grammaire et de catéchisme, la femme vaquait au ménage avec ses filles, tissait ou taillait des habits d'étoffe, cuisinait ou cuisait au four; elle savait tenir une maison. Nulle part la femme n'eut plus d'ascendant dans la vie morale et dans les décisions financières de son mari. on aurait dit la souveraine de qui tout dépend dans la ferme, qui a soin de tous les gens et de toutes les choses. Affable pour "les vieux", dans la maison, bienveillante pour les passants, charitable pour les pauvres, elle était le rayon de soleil qui éclaire et anime tout".
      "Pendant que le grand-père restait pour le train ordinaire de la ferme, le père, lui, partait avec les fils pour les champs ou les bois où, bien souvent, ils faisaient des journées de quatorze et de quinze heures. Et quand venait l'hiver, s'il y avait des dettes à solder, on allait parfois aux chantiers. Taillés dans le granit de nos coteaux, doués d'une force herculéenne, nos hommes émerveillaient leurs rivaux dans l'abattage du bois de forêt. Le printemps venu, ils redescendaient à la maison, rapportant une somme assez rondelette pour aider à payer la terre, heureux de se sentir de plus en plus chez eux. Ainsi se développait le sens familial."
(Les Beaucerons, par W. Lebon, ptre). (1)
 

TROISIEME PHASE

Le phase qui suivit commença en 1914, lors de la. fondation de la Société Coopérative Agricole de Saint-Sébastien. Cette organisation imprima à la vie agricole de notre paroisse un élan définitif vers sa pleine expansion, en mettant la culture du foin et l'industrie laitière à la base de la vie économique.  Bien que quelques fromageries aie fonctionné auparavant, c'est durant la guerre de 1914-1918 surtout, et les quelques années qui l'ont suivie, que l'industrie laitière a rapporté aux cultivateurs, groupés
en coopérative, les profits les plus considérables.
      La Société, fondée en octobre 1914, comptait 26 actionnaires qui choisirent comme Président: M. Hector Dorval; Vice-Président: M. Alphonse Bernier et Secrétaire: M. Alphonse Lapierre. Cette société opéra avec succès tant pour les membres-propriétaires qui recueillaient les bénefices sur la vente du beurre, que pour les clients qui fournissaient leur crème.

      On construisit alors la beurrerie sur un plan soumis et approuvé par le Gouvernement, telle qu'elle existe actuellement. Elle a été bâtie en corvées (chacun fournissant bois et travail), sur un terrain cédé par M.Hector Dorval, à l'entrée du village sur la route du 1er rang. C'est à lui aussi, que fut confiée la direction des travaux. On n'a qu'à se louer de l'établissement de cette société dans notre paroisse qui a été le symbole de 1'union; la bonne entente régnait dans leurs réunions et les discussions animées qu'on y faisait avaient toujours un but constructif, où le bien général dominait l'intérêt personnel.
      La production en 1943, s'éleva à 125,000 livres de beurre pour une valeur de $48,500. y compris la subvention du gouvernement. Une fabrique de fromage reste en opération pour les cultivateurs du "Cordon" et quelques autres qui veulent bénéficier de ses avantages.
Le cultivateur avait connu durant les années 1914-1928 une ère de prospérité presque inouie. Ses produits se vendaient à un prix assez élevé; il s'est habitué à un genre de vie bourgeoise incompatible avec sa profession.
      La petite industrie, qui lui épargnait jadis tant de menues dépenses, a considérablement diminué. Les machines agricoles qui ont remplacé les vieux instruments de fabrication domestique, coûtent cher: une faucheuse, $125., une lieuse de $250. à $300. Tant que les "bonnes années" ont duré ces importantes modifications de la vie n'ont pas gêné le cultivateur: les profits emportaient le plateau de la balance. Survint le Krach de la Bourse de 1929, suivi de la "crise" qui étreint le pays jusqu'en 1940, puis la guerre qui décime l'univers depuis ce temps. Les produits agricoles se vendaient au prix courant de 1900, tandis que le coût de la vie est resté le même que celui de 1915-1930. Comme conséquence: l'agriculture gisait dans le marasme.

      Le capital acquis au cours des années d'abondance a permis au cultivateur de résister aux rudes coups de la misère. On eut à déplorer très peu de faillites; celles qui vinrent frappèrent surtout les cultivateurs grevés de trop lourdes obligations. Les autres, en général, parvinrent à rencontrer leurs intéréts", mais progressèrent difficilement; enfin les autorités gouvernementales, pour venir en aide aux cultivateurs endettés de vieilles terres, fondèrent le "Crédit agricole".
 
 

QUATRIÈME PHASE
 
        Depuis cinq ans, surtout, l'agriculture, entrée dans une phase nouvelle, marque un progrès notable dans l'exploitation des fermes. Les cultivateurs à l'esprit progressif orientent de plus en plus leur attention et leur travail vers une nouvelle forrnule d'exploitation des fermes, et si l'orientation générale de la paroisse est plutôt lente, elle n'en est que plus prometteuse.
 
      Ce changement quasi radical des méthodes doit être attribué à l'excellente formation agricole qu'apportent dans la paroisse le cercle local de l'Union Catholique des Cultivateurs (U.C.C.) et le cercle des Fermières.
 
      Notre cercle de l'U.C.Q fut fondé le 16 octobre 1930; il a connu des débuts bien modestes, et si les progrès ont été lents, ils n'en sont que plus solides; les cultivateurs comprennent mieux l'importance d'étudier les principes qui contribuent à améliorer leur patrimoine et ils s'adaptent plus facilement aux méthodes modernes mises, à la disposition des classes rurales.
 
 

CERCLE DE L'U. C.C.: - À Sa fondation en 1930, le cercle de l'U.C.C. de Saint- Sébastien comptait trente membres qui formèrent le conseil d'administration suivant:

Aumônier M. le Curé J.-Am. Poulin,
Président Elzéar Proteau,
Vice -Prés, Arcadius Paradis,
Conseillers René Campeau,
Amédée Lacroix,
Joseph Paradis,
Gédéon Baillargeon,
Secrétaire Charles Tanguay

 

      En 1931, M. Arcadius-X. Paradis devient président jusqu'en 1934 et fut de nouveau réélu de 1937 à nos jours.
M. Elzéar Proteau fut réélu de 1934 à 1937.  Le poste de secrétaire fut occupé de 1931 par René Campeau qui le céda à M. Claude Bernier en 1942 et depuis 1943, M. Robert Mercier remplit cette fonction.
      L'U.C.C. de notre paroisse compte maintenant 84 membres portant tous l'insigne de l'Union. Actuellement le Conseil d'Administration est le suivant:

Président M. Arcadius-X. Paradis
Vice.Prés M. Edouard Mercier
Conseillers MM. Robert Dion, Léopold Audet, Ernest Lapierre, Phydime Poulin et Antonio Saint-Pierre.
Aumônier M. l'abbé Patrice Roy, vicaire

      Fidèles à la réunion mensuelle, les membres ont tous libre accès à la bibliothèque du Cercle; chaque membre s'habitue à tenir sa propre comptabilité; chaque année, les membres font une commande commune de leurs engrais chimiques. Depuis trois ans, on étudie beaucoup la coopération. Comme le disait un jour Mgr Courchesne: "Les cultivateurs vont se mêler de leurs affaires, mais ils vont s'en mêler", le jour n'est pas éloigné où Saint-Sébastien possédera sa Société Coopérative Agricole. Ainsi dans chaque rang, où des équipes d'étude sont organisées, les soirs d'hiver on discute en commun les problèmes de la terre. Pour les stimuler davantage, les vicaires Gilbert et Roy se sont fait un devoir de se joindre tantôt à une équipe, tantôt à l'autre. Habituellement voituré par l'intrépide Edouard Mercier, l'aumônier va prendre contact intime avec les membres. Ces bons cultivateurs aiment à recevoir le vicaire. Ils lui font bon accueil. Durant la soirée, chacun y va de son opinion, comme si l'on était en famille. Il y a parfois chaude discussion, mais jamais de chicane. La preuve: c'est que l'on ne se sépare jamais sans jouer aux cartes.. et goûter le sucre à la crème de la maîtresse de la maison.
      C'est encore chez le cultivateur canadien-français que l'on retrouve le plus de gaieté, de politesse et de bonne volonté.
      Le Cercle des Fermières, de fondation plus récente (1939) n'en exerce pas moins une grande activité chez les femmes de Saint-Sébastien. La création de ce cercle en notre paroisse est due au dévouement de Monsieur le Curé Laplante et de l'agronome régional M. Fournier; Mlle Rita Chabot du ministere de l'agriculture vint en jeter les bases; 25 membres s'inscrivirent à cette réunion.

Le 1er bureau de direction se composait comme suit:

Présidente Mme Joseph Royer
Vice-présidente Mme Arc.-Ls Paradis
Secrétaire-trésorière Mme Cyrille Trottier
Bibliothécaire-lectrice Mme Edouard Mercier
Conseillères Mme Henri Morin
Mme Edmond Proteau
Mme Léopold Audet.

      Mme Trottier, secrétaire, ayant quitté la paroisse quelques mois plus tard, elle fut remplacée par Mlle Irène Lemieux qui remplit encore cette charge. Plusieurs adhésions s'ajoutèrent dès l'année suivante.

      En août 1940, la présidente fut remplacée par Mme Arthur Blouin et Mme Edouard Lachance accepta le poste de conseillère à la place de Mme Henri Morin; il n'y a pas eu d'autres changements depuis cette date dans la direction du cercle. Les fermières ont des métiers à tisser et une sertisseuse à leur disposition pour accomplir des travaux utiles. Le cercle des Fermières dans la paroisse a puissamment aidé à la renaissance des arts domestiques. La ténacité de leurs efforts dans la poursuite de cette oeuvre importnnte est des plus fécondes. Dans le but d'encourager les membres, le cercle a tenu jusqu'ici trois expositions et eut l'honneur de décrocher le 1er prix à l'exposition  intercercle de Beauce et Frontenac pour l'année 1943. Cinquante fermières font actuellement partie de ce cercle et elles exercent une bienfaisante influence dans notre paroisse. Grâce à leurs initiatives, de nombreuses industries connexes viennent métamorphoser la ferme; c'est une ruche bourdonnante qui répand partout l'émulation et favorise la vie sociale de mieux en mieux organisée et appreciée. De là vient l'intérêt général manifesté à l'égard du cercle qui tend à rénover la vie rurale, à rendre le foyer familial plus attrayant, confortable et heureux.
      La terre, a-t-on dit justement, ne peut se passer de la femme. Épouse, mère, maîtresse de maison, elle est réellenent l'âme de la vie paysanne. C'est l'homme qui assume les responsabilités de la ferme, qui la modèle et la façonne selon sa volonté, mais c'est la femme qui entretient cette volonté de l'homme, qui l'encourage aux heures difficiles; c'est elle qui crée le milieu familial favorable au développement de l'exploitation. En ce faisant, elle contribue à l'attrait du logement, au confort de la famille et embellit l'existence de son foyer. Que Dieu bénisse et protège donc chacun des foyers de chez nous!
 
 


LA VIE SOCIALE

 

      Décrire les multiples aspects de la vie sociale d'une paroisse de la Province de Québec, c'est souvent faire appel aux us et coutumes de toute la région qui l'environne, c'est parfois rappeler les mêmes antécédents historiques, c'est presque toujours remonter aux mêmes inflences françaises et catholiques.
     À Saint-Sébastien, rien de particulièrement transcendant vient briser la ligne traditionnelle de la vie sociale rurale de la Province. L'histoire y enregistre tout comme ailleurs de notables progrès dans tous les domaines et toute la population qui a su se faire aux besoins nouveaux de la civilisation, s'adapte merveilleusement à l'évolution des conditions d'existence.
      C'est pourquoi, pour faciliter ce travail et mettre à profit de judicieuses études déjà parues sur la vie sociale de régions agricoles de la Province de Québec, nous réfèrerons souvent à des travaux où nos paroissiens de Saint-Sébastien trouveront à s'y méprendre, le portrait de leur vie, le récit de leurs habitudes et l'atmosphère chaude et sympathique de leur foyer.
      En particulier, nous devrons beaucoup à l'abbé Hermann Plante, du Séminaire des Trois-Rivières, qui nous a permis de citer largement le chapitre IV de son livre "Saint-Justin, foyer de sérénité rurale" (1)

(1) Le Bien Public, Trois-Rivières, 1937, p. 72-112.
 
      M. Léon Gérin, docteur en sciences sociales, a donné dans son livre "La science sociale en histoire" une clef analytique générale qui permet de détailler le théâtre principal de la vie paroissiale, le théâtre familial; en voici les grandes divisions que nous rappellerons dans la suite; personnel de la famille, ses moyens de subsistance, son mode d'existence, ses relations avec les autres familles de la paroisse.
   
 
LES CHEFS DE FAMILLE

      Dans les paroisses où la famille tire sa subsistance de l'exploitation des produits naturels tels que le bois, les mines et la pêche, le père s'absente trop souvent pour tenir le premier rôle dans le groupe familial; c'est la mère qui exerce en fait les fonctions de chef, ou, pour employer une expression populaire, c'est elle qui "tient le porte-feuille". Tel n'est pas le cas à Saint-Sébastien. La population étant presque exclusivement agricole et stable, le père incarne l'autorité familiale. Cette autorité toutefois n'est pas absolue; elle est limitée par l'ascendant de la mère, qui occupe dans la majorité des familles une position à peu près égale à celle du père.
       La mère a la gouverne intérieure du foyer; dans ses rapports avec ses enfants, elle ne fait appel à son époux que dans les cas où elle ne peut se faire obéir. Dans le domaine des affaires matérielles où le père se doit de prendre des décisions prudentes et sages, la mère est consultée. "Je vais en parler à ma femme", disait l'habitant d'autrefois aux vendeurs et aux solliciteurs qui lui proposaient des marchés d'or. Cette riposte n'était pas simplement une façon polie d'éconduire les fâcheux. Elle traduisait le véritable sentiment de l'homme. À ses yeux, la femme était vraiment la maîtresse, la gérante du foyer. Il s'en remettait à elle pour la plupart des initiatives, achats ou ventes. Il avait confiance en son jugement et  cette politique donnait de bons résultats.
       Plus cultivée, plus ambitieuse, plus débrouillarde que son homme, la paysanne avait l'oeil à tout. Rien ne lui échappait.  Elle prévenait à temps les imprudences, corrigeait les erreurs de tactique, indiquait les améliorations à réaliser. Elle était ménagère dans tous les sens du mot. Elle s'ingéniait à tirer parti de tout. Le peu d'argent sonnant qui entrait à la maison était jalousement mis de côté. Elle n'en laissait sortir des miettes que dans les cas extrêmes. Pendant que le mari besognait dur au dehors, elle s'affairait tout le jour à l'intérieur et aux alentours du foyer. Elle tirait des merveilles de son jardin et basse-cour. Elle créait de ses mains tout ce qu'il fallait pour nourrir et vêtir la maisonnée.   Elle savait être de tous métiers et l'économie familiale s'en trouvait fort bien.
 
      La fermière moderne continue ce rôle bienfaisant. Elle reste la reine du foyer. Elle est avisée, généreuse, travaillante, de bon conseil toujours. "Le coeur de son mari a confiance en elle", comme le rappellent les Ecritures, au chapitre de la "Femme forte".
 
      Le mari est heureux, la journée finie, de se retrouver auprès de son épouse. Une fois la prière dite et les enfants couchés, les époux s'attardent un moment à causer des travaux en marche, des projets en cours.. de tout ce qui intéresse la vie matérielle et morale de la chère famille!" (1)
 
 
  (1) Notre Mère la  terre, par 1'abbé Albert Tessisr, Les Beaux Albums Tavi, no. 2, p. 41.


 

SOUTIENS DU GROUPEMENT FAMILIAL

      Le premier soutien du groupement familial, ce sont les traditionnelles habitudes de solidarité étroite entre ses membres.
      Les personnes qui touchent aujourd'hui la quarantaine ont connu l'âge d'or de la prospérité matérielle et de la famille. Les enfants obéissaient à leurs parents; ils coopéraient avec eux de toutes leurs forces et s'intéressaient au progrès de la famille. Aujourd'hui, l'autorité des parents a baissé d'une façon alarmante; les n'aiment, en général, ni le foyer, ni la terre.
      Les parents ont de la peine à garder leurs enfants à la maison. Le perfectionnement des machines agricoles simplifie considérablement le travail de la ferme. Les loisirs pour la jeunesse sont plus fréquents, plus longs. Après leur journée de travail, bon nombre de jeunes gens se font  un brin de toilette, sautent sur leur bicycle et quittent le foyer. Le dimanche, ils se groupent. au village et s'amusent. À l'occasion de ces sorties, ils fument la cigarette, dégustent toutes sortes de friandises,  font même usage de boissons alcooliques. Le père ne peut ni consentir ni suffire à toutes ces dépenses. Les jeunes cherchent à se gagner de l'argent en travaillant à l'extérieur.
      Ce train de vie trop large a dégoûté les jeunes du travail de la terre. On ne veut plus considérer la terre comme la nourricière de la famille, mais comme la machine à faire de l'argent pour dépenser; et parce qu'elle n'en rapporte pas beaucoup, on ne l'aime plus; on la cultive plutôt par contrainte, avec l'idée de l'abandonner à la première chance.
      Quant aux jeunes filles, leur présence à la maison constitue souvent  une charge plutôt qu'un soutien pour la famille. Elles ne travaillent plus aux champs et très peu à la maison. Il n'est pas rare de rencontrer des jeunes filles de vingt ans qui ne savent pas faire la cuisine, ni confectionner ou réparer les vêtements.
      Ainsi, l'indépendance des enfants vis-à-vis de leurs parents, leur aversion pour le travail ardu, leur inclination excessive aux folles dépenses, portent des coups redoutables à l'édifice familial que nos ancêtres avaient construit si solide. Les fréquentes sorties de la jeunesse hors du cercle de famille ont considérablement diminué le rôle de l'ambiance domestique sur l'éducation. Il n'est plus rare de constater que les efforts des parents pour bien élever leurs enfants sont en bonne part neutralisés par la fréquentation des compagnons de jeu.
      Le deuxième soutien de la famille, et tout à fait matériel celui-là, c'étaient les industries domestiques et la cueillette des fruits spontanés.
      Anciennement, les hommes se fabriquaient des fourches de bois, des râteaux à la main, des auges et des macas pour recueillir la sève; ils se confectionnaient des souliers de boeuf, se taillaient des harnais. Les femmes, après avoir accompagné les hommes aux champs tout l'été et l'automne, employaient leur temps d'hiver à tricoter, à filer et à tisser. Elles devaient vêtir tous les membres de la famille des pieds à la tête et garnir la maison. Maintenant, la saison d'hiver se passe, pour les hommes à "faire leur train" et à charroyer leur bois de chauffage: tout juste assez d'ouvrage pour se désennuyer; les femmes, elles, en tout temps, se bornent à soigner leur ménage, à coudre et à filer. On ne peut d'ailleurs leur demander davantage; la mode a fait disparaître le port des étoffes paysannes, et la constitution de la femme ne plus supporter la fatigue du travail des champs.

MODE D'EXISTENCE

      Le mode d'existence est un point de vue important de la vie sociale; ceux qui vivent, travaillent, se logent,  s'habillent de la même façon, qui suivent les mêmes prescriptions hygiéniques et qui, dans leurs loisirs, partagent les mêmes récréations, finissent par s'animer d'un esprit social commun.
      À Saint-Sébastien, l'esprit social s'est acquis et conservé à même ces courants d'habitudes communes qui ont entouré les moindres détails de la vie quotidienne.

TRAVAUX DES CHAMPS

      Les travaux des champs ont subi des perfectionnements et des simplifications incroyables. Sur ce point en particulier, nos cultivateurs laissent loin derrière eux leurs aînés, les paysans de France. Et ces modifications se sont effectuées avec une extrême rapidité. Les cultivateurs qui n'ont pas même encore soixante-dix ans ont fauché à la faucille.
      Vers 1890, il y avait encore à Saint-Sébastien des charrues de bois à soc en métal; elles se faisaient rares toutefois. Les labours sont presque tous faits à l'automne: la terre, sous l'action de la gelée, se travaille aisément. Autrefois, le grain poussait mal parce que le labour était superficiel, le terrain mal égoutté et les planches trop étroites.
      La première opération, après les labours, c'était le hersage. Pour préparer le terrain à recevoir la semence, la petite herse de bois à dents de fer devait parfois passer et repasser, danser sur les guérêts. Depuis une trentaine d'années, la herse tranchante précède la herse à dents. Les premières mises en usage différaient de l'instrument actuel : des tranches semblables à des bêches remplaçaient les disques. La diffusion de la herse tranchante se fit rapidement; elle était peu dispendieuse et facilitait beaucoup le travail des semences.
      Quand la terre se trouvait ameublie et séchée à point, le cultivateur, semoir au cou, arpentait son champ en esquissant son geste monotone. Le semoir consistait en une poche ou une auge de bois, à fond cintré. Le semeur jetait une poignée de grain à tous les deux pas. La main dépassait un peu le corps, puis, dans son mouvement de retour laissait le grain s'échapper en pluie légère à travers les doigts. Les planches étant très étroites, la petite herse revenait se promener pour enfouir la semence. Et plus fortunés que les oiseaux d'aujourd'hui, ceux d'alors trouvaient encore de quoi se nourrir comme au temps de la récolte.
      L'apparition de la semeuse mécanique est encore de date récente dans notre paroisse, mais cet instrument semble vouloir se répandre de plus en plus. Le grain descendait par des tuyaux et s'éparpillait, au sortir, en tombant sur une tige plate de fer, recourbée comme un doigt. Aujourd'hui, l'extrémité même des tuyaux pénètre dans le sol et dépose le grain en rangs serrés, dans le sillon des disques. Cette amélioration évite la perte de tout le grain qui auparavant séchait sur le sol.
      Vers 1860, la faucille était encore le seul instrument utilisé pour couper le grain. Il fallait du courage, de l'endurance et des reins solides pour s'attaquer, avec ce primitif instrument, à trente ou quarante arpents de grain. Les femmes aussi bien que les hommes fauchaient à la faucille. À la lisière du champ, près de la clôture, se plaçait le plus habile et vigoureux faucheur; les autres compagnons de travail se rangeaient à la suite, suivant leur capacité. ll ne fallait pas se hâter de prendre la première place, car, pour ne pas subir l'humiliation de voir son voisin entrer dans les flots des épis, on devait devancer tous les autres de plusieurs pas.
      L'opération de la coupe à la faucille est simple mais pénible. On se demande comment les écrivains y pouvaient trouver de la poésie.
      Le coupeur ceinture les tiges mûres avec le fer de sa faucille, les empoigne de sa main gauche et les coupe à quelques pouces du sol en imprimant à sa faucille un mouvement brusque et légèrement circulaire. Après quatre ou cinq coups, il dépose sa poignée en javelle et de manière que les épis soient soulevés sur le chaume pour se mieux sécher. On coupe les épis, debout, avec mouvements du buste et des bras qui simulent les efforts des nageurs. Par moments, le corps se redresse; on met les poings sur les reins avec un geignement essoufflé et une grimace de douleur.
      En 1900, la faucille servait encore pour couper le blé; les autres giains tombaient sous l'éclair de la "faulx nue" . Le premier qui utilisa un javelier à Saint-Sébastien fit sensation. Le javelier n'est tout simplement qu'une faulx qui porte les épis coupés, grâce aux quelques cinq ou six baguettes de bois qui y sont disposées parallèlement à la lame. L'étonnement des gens fut d'autant plus grand que la démonstration du fauchage au javelier se fit à côté de ceux qui coupaient à la faucille.
      La première moissonneuse apparut entre 1915 et 1920. On comprend que ce fut une véritable mystification. Passer du javelier à la moissoneuse, c'était faire un pas de géant dans la voie du progrès. Nous nous rappelons avoiri été témoin du premier essai qui se fit chez M. Alphonse Royer et qui attira un attroupement de curieux. Les hommes et les petits gars, le cou allongé, suivaient la moissonneuse, en se marchant sur les talons.
      L'invention nous paraissait inconcevable. Imaginez! Faucher au pas de cheval. On ne pouvait, non plus, s'expliquer le fonctionnement de la machine. Quatre râteaux montent, descendent et passent au-dessus des épis couchés sur la table à javelles. Tout-à-coup, au caprice du conducteur, l'un d'eux, avant de remonter, fait glisser par terre les épis entassés sur la table. L'abbé Plante raconte à ce sujet une petite anecdote amusante: "Un vieux, au prénom de Norbert" s'intéressait moins au jeu merveilleux de la moissonneuse qu'au résultat de son travail. Ce  fauchage en vitesse le laissait sceptique. La moissonneuse d'ailleurs, encore à ses débuts, gaspillait des épis, les écrasait ou les échappait. Au bout de deux ou trois tours, le vieux Norbert lance au faucheur, qui s'attendait à des compliments publics, ces petites phrases malicieuses: "C'est bon, ça suffit. Vous pouvez dételer, monsieur. Je n'ai pas besoin de "cochons" pour faucher mon grain"! Malgré ce jugement sommaire du père Norbert, l'usage de la moissonneuse devint général.
      Jadis, les tiges, une fois coupées, restaient une quinzaine jours sur le champ. Chaque fois qu'il avait plu, hommes, femmes et enfants, prenaient un petit râteau de retournaient une a une toutes les javelles. Enfin, avant de serrer le grain, les travailleurs l'engerbaient. Tous les membres de la famille se mettaient de la partie. Les femmes préparaient les gerbes, les enfants distribuaient les harts et les hommes liaient.
      La dernière opération du temps des récoltes, les battages était très longue autrefois. Jusque vers 1890, on battait au fléau; puis on vit se généraliser les batteuses actionnées par les par les chevaux ou la paire de boeufs que l'on contraignait à tourner la "roue plate" (terme courant d'alors) des journées entières. Ce système de battre le grain est entré dans le domaine du passé à Saint-Sébastien; bon nombre des bâtiments qui recouvraient cette grande roue ont été démolis, ceux qui sont restés debout servent maintenant soit de remise pour les instruments aratoires, ou d'endroit pour abriter la paille. La batteuse mécanique remplace avantageusement les systèmes rudimentaires précédents et rencontre la faveur de tous nos cultivateurs bord pour la rapidité à faire le travail et son économie.

      "Les battages" se faisaient à la Toussaint. Le froid rendait presque insupportable ce travail déjà si ardu. Les femmes, en robe de flanelle et la tête couverte par une casquette d'homme renfoncée jusqu'aux yeux, se mettaient aux boîtes, ou devant le moulin, ou sur la tasserie de paille. Le visage bleu, le dos courbé, elles se mouvaient dans une épaisse poussière, en tapant des pieds pour se réchauffer. Les enfants, pour leur part, foulaient la tasserie. C'était d'abord une vraie récréation que de plonger et de se rouler dans la mouvante masse de paille. Mais au bout de deux ou trois jours, ce petit jeu leur devenait une pénible corvée.
      Pour la culture du foin, les instruments en usage autrefois ne diffèrent pas beaucoup d'avec ceux que nous employons aujourd'hui. La faucheuse mécanique a remplacé la faulx il y a une cinquantaine d'années.
      Les premiers râteaux à cheval datent d'une trentaine d'années. Ils étaient tout de bois, même les dents. Au début, le râteau se levait à bras, puis, un peu plus tard au moyen d'une pédale à bascule. Aujourd'hui, il suffit au   conducteur de peser sur une pédale et c'est le cheval qui fait lever le râteau.
      À Saint-Sébastien, la coutume a longtemps voulu qu'on liât le foin de mil en bottes avant de l'engranger. Les femmes et les enfants filaient des liens de foin. Pour ce, on tire de la veillotte une poignée de foin mais sans l'en détacher. À travers cette poignée, on passe un petit bâton rond au moyen duquel on tord le foin à la façon de la laine que l'on file. Les hommes mettaient en bottes. Ils commençaient par placer la botte de foin sur leur genoux, puis, ils en retroussaient les côtés de manière à la rendre presque carrée, la posaient à l'envers sur le lien l'encerclaient solidement, enfin, retournaient le noeud dans le foin pour l'empêcher de se défaire. Ainsi lié, le foin se manoeuvrait très aisément.

      Au printemps, avant le temps des semences, les cultivateurs fabriquaient du sucre d'érable. Cette opération comporte certains charmes mais aussi beaucoup de peine. Et que de perfectionnements dans ce domaine!
      La cabane à sucre sans devanture, telle que représentée par les artistes, a disparu depuis au moins un bon demi-siècle. De cette cabane ouverte au vent et au froid, on a fait un foyer chaud et agréable. Dans plusieurs cabanes à sucre un mur ménage une partie pour les lits et la cuisine. Un poêle de fonte réchauffe ce petit local quand il n'y a pas de sève à faire bouillir. Cette amélioration rend plus gais les jours où les érables ne coulent pas. Autrefois, en attendant la chaleur et le beau temps, les "sucriers" baillaient et chantaient:

Refrain

"Ah! que c'est ennuyant, que c'est ennuyant dans le bois
Quand on fait du sucre et que les érables ne coulent pas."

Couplet:

"Jacques et sa femme s'en sont allés
Faire du sucre en quantité;
Y ont entaillé les érables,
Le temps n'était pas favorable.
Ils ont attendu le beau temps
Et ils étaient bien contents."
 
Refrain:

"Ah! que c'est ennuyant, que c'est ennuyant dans le bois
Quand on fait du sucre et que les érables ne coulent pas."

 

      L'usage de la "goudrelle" (goutterelle) était encore général il y a 30 ans. Au début de l'industrie du sucre on fabriquait des goudrelles en cèdre, longues de 6 à 8 pouces. On entaillait les érables en se servant de la hache pour enlever l'écorce et de la gouge de fer pour insérer la goudrelle. Les goudrelles de tôle succédèrent aux goudrelles de bois, puis vinrent les chalumeaux ronds en bois très malcommodes parce qu'ils renflaient, les chalumeaux d'acier en forme de petits auges, enfin, ceux que nous utilisons aujourd'hui, les chalumeaux d'acier en forme de sifflets.

      Les premiers vaisseaux propres à recueillir la sève furent les auges. Ces récipients laissaient perdre de la
sève  parce qu'ils se fendillaient au soleil à chaque fois que les érables cessaient de couler. Pour obvier à cet inconvénient, on inventa les macas en écorce de bouleau. Durant leurs loisirs de l'hiver, les cultivateurs se fabriquaient des macas. À la feuille de bouleau, découpée en rectangle, on donnait la forme d'une boîte, solidée aux deux bouts par une cheville. Travaillée à froid, l'écorce se fendait, mais chauffée devant la flamme de la cheminée ou sur le poêle, elle devenait molle comme du cuir.
      La chaleur du soleil ne pouvait endommager les macas; par contre, la gelée les faisait éclater et leur légèreté les défendait mal contre les coups de vents. Autre inconvénient: à mesure que la neige baissait, les macas reposant sur une butte, menaçaient de verser, même en temps calme! À chaque tournée les "ramasseurs" prenaient donc la précaution de poser leurs macas dans un lit creusé avec leurs pieds.
      Avec les baquets, ces ennuis disparurent. Ces espèces de petits seaux en bois se vendaient chez les ouvriers à raison de $10. le cent. Plus commodes que les auges, ces baquets étaient comme eux cependant sujets à s'ébarouir. Les chaudières de fer-blanc, connues ici depuis une cinquantaine d'années, comportaient tous les avantages des vaisseaux précédents et n'avaient d'autre inconvenient que celui d'être dispendieuses. La 1900, la plupart des "sucriers" les préféraient aux seaux de bois.
 
      Autrefois les hommes recueillaient toute la sève à bras. A défaut de bêtes de somme, ils s'imposaient aussi tous les soirs, la dure tâche de transporter à dos leur sucre à travers des chemins défoncés et les flaques d'eau. Jadis, on faisait évaporer la sève dans de grands chaudrons, deux ou trois par sucrerie. Lorsque les bassins de  fer-blanc sont apparus, ces chaudrons ont continué de servir pour la cuisson du sucre. L'évaporateur, qui est le dernier perfectionnement dans ce genre d'ustensiles, est connu ici depuis une trentaine d'années.
 
 


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