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La vie sociale

HABITATIONS

La maison canadienne est toujours sur la marge du grand chemin.  La maison est de bois, pièces sur pièces, avec un toit pointu à la façon normande, couvert de bardeaux. La maison est proprette; blanchie à la chaux, elle met sur le front sombre de la forêt, une note de gaieté claire. En arrière, s'élèvent la remise, le hangar, le fournil, la grange,
les écuries.
      L'intérieur de la maison n'a rien de compliqué. Les murs sont lambrissés de planches de sapin. Dans la pièce d'entrée, se trouve le poêle à deux ponts où fument la "bombe, les chaudrons et les marmites. Les autres pièces du mobilier qui composent la cuisine sont: la table, la huche, le banc des seaux, les seaux ferrés, les chaises empaillées, le métier à tisser, le rouet avec son dévidoir et dans la grand'chambre, le lit pour les étrangers, la commode et le chiffonnier.

      Les enfants! Voici bien dans la maison canadienne la partie intégrante au foyer. Ce que d'autres redoutent comme un péril de pauvreté, nos pères l'appellent richesse. Chez les anciens canadiens, la règle, dans les ménages qui se respectent est de se rendre à la première douzaine d'enfants, de dépasser souvent la seconde, et la maison
n'en est que plus joyeuse quand elle est pleine. Dans toutes les familles des premiers temps, ce fut là laloi générale. C'est de cette façon que le Canadien a fait la conquête de son pays.

      L'habitant aime la terre qu'il a faite, en tout ou en partie et qu'il a arrachée pouce par pouce, pied à pied à
la forêt.  C'est elle qui lui permet de mettre du pain sur la table, qui chaque jour, réunit la bande joyeuse de ses enfants. La maison canadienne devient une sorte de coopérative du travail et une petite société presque indépendante dans le domaine économique. Le budget familial veut que la production commune supplée à tous les besoins.  Et tout le monde travaille, et tous les métiers fonctionnent pour que du labeur de chacun tous aient à manger et à se vêtir.

      La vie canadienne de ce temps-là, si unie, si enclose n'était pas monotone ni ennuyeuse. Nos ancêtres étaient de gais lurons, d'une gaieté franche, ouverte, avec aux lèvres le rire sonore, l'esprit pétillant et le répertoire abondant de ses chansons. C'est ainsi que les champs résonnaient de quelque grave mélopée, de triste complainte ou de joyeux refrains rythmés sur la marche de ses bêtes qui tirent la charrue et trouent le sillon prometteur. La voix de l'homme paraît alors comme la voix de la terre qui chante sa force, le triomphe du labeur, l'espérance des moissons prochaines.
      L'intérieur de la maison résonne des doux refrains des aieules qui filent et des jeunes filles qui chantent des couplets où les mots "coeur" et "amour" reviennent souvent. Comment s'ennuyer dans la maison canadienne, avec le tapage que font les enfants qui crient et qui s'agitent comme des lutins, au milieu de la place.
      Il y a aussi les longues veillées l'hiver à la maison, ou chez les voisins. Il y a aussi les distractions qui viennent du dehors. Celles-ci peu nombreuses existent néanmoins. Tantôt, c'est le courrier postal, tantôt, l'arrivée des voyageurs...
      Tel parait l'aspect de la vie champêtre chez nos gens. Vie gaie, laborieuse des des premiers colons d'aspect bien français.  Au contact de l'étranger et de l'américain notre visage français de la première période de notre histoire a perdu de sa rudesse et de sa franchise". ( 1 )

(1) L'Élément champêtre chez nos anciens, par Jean-Paul Bonaventure, dans L'Estudiant, Séminaire de Joliette, mars 1944.

      Les habitations à Saint-Sébastien sont propres et jolies. Les maisons sont peinturées et pour un bon nombre enjolivées de garnitures qui leur donnent un aspect agréable. Les bâtiments de ferme sont proportionnés aux autres; on en voit disparaître chaque année pour faire place à de plus spacieux modernes, portes et fenêtres larges et hautes et plusieurs teintes en rouge. Autour des bâtisses c'est de la verdure et, devant les maisons, des parterres en fleurs dans des colliers de pierres blanchies ou entourés de jolies petites palissades de bois qui jettent une note de beauté et de gaieté.

      Il y a ici deux types de maisons qui représent deux époques; celles des deux ou trois dernières générations et celles des modernes. Les maisons de la première catégorie sont les plus nombreuses, elles ont généralement subi des améliorations qui les rendent confortables pour plusieurs années encore. À l'intérieur, la "cuisine" et la maison proprement dite ne forment qu'une pièce spacieuse, éclairée de trois côtés. Enfin, les dernières, de forme carrée sont lambrissée de bardeau et coiffées d'une couverture à pyramides écrasées.  Les pans du comble ne rognent pas les plafonds du rez-de-chaussée. L'étage supérieur se trouve ainsi plus haut et plus ensoleillé que celui des autres maisons. Peu nombreuses encore, elles finiront par supplanter les autres.
      Les très anciennes maisons de la paroisse encore debout sont en minorité; sans peinture ni galerie, elles font la nique au temps. C'est dans cette catégorie qu'on trouve les "cuisines" à pignon séparées par un mur du corps de la maison, les toits de bardeaux, les murs extérieurs planches larges et rugueuses, les planchers de bois mou. La plupart de ces maisons ne servent plus maintenant que de hangar à bois ou remise à voitures.
      Il y a une centaine d'années, les poêles n'existaient pas encore; on utilisait les larges cheminées enfoncées dans  le mur. Les allumettes ne sont connues à Saint-Sébastien que depuis trois-quarts de siècle environ. Pour faire du feu, on se servait du briquet ou batte-feu et du "tondre" d'érable comme matière inflammable. Le briquet était lent à produire du feu. On trouvait plus expéditif d'aller chercher du feu chez le voisin. Celui qui se chargeait de ce soin devait se hâter afin de ne pas laisser s'amortir ses tisons: d'où le dicton populaire : "Amuse-toi donc; tu n'es pas venu chercher du feu".

      Dans les maisons, point d'horloge. Les habitants des maisons, pour connaître l'heure du jour, allaient consulter la position de l'ombre du soleil, par rapport à une coche marquée sur le seuil de la porte:  "il est, disait-on, midi moins deux doigts."
      Jusqu'en 1880 ou 1885, les chandelles étaient encore d'usage général. Les gens se fabriquaient eux-mêmes leurs chandelles. Ils pouvaient aussi s'en procurer dans les magasins au prix de quinze ou dix-huit cents la douzaine. Autrefois, les bâtiments et granges en général avaient l'air négligé. Tous les vieillards ont vu ces bâtisses à visage de charbon, au dos éreinté; ces étables et ces écuries bouchées au soleil et à l'air pur, affalées dans le fumier et dans la boue, couvant des multitudes de rats; ces portes de granges qui baillaient par le bas comme des pardessus sans boutons. Puis, ces intérieurs humides et bas, sombres comme des tombeaux, où les vaches, immobilisées dans leur carcan de bois, se battaient de la queue. Enfin, ces alentour couverts de chaudières défoncées, de vieux piquets, de ferrailles rouillées et de carcasses aux dents de peignes cassées.

      Tout le temps qu'il demeura à Saint-Sébastien, Monsieur le curé Garon ne cessa de prêcher aux paroissiens l'ordre et la propreté. Peu à peu l'embellissement transforma les fermes. On perça des fenêtres aux vieux bâtiments et on en construisit de nouveaux; la chaux et la peinture mirent de l'éclat sur les murs ternes; les abords des habitations, haussés, égouttés, se couvrirent d'herbe fine; le fumier n'eut plus l'effronterie de grimper sur les étables.  Depuis l'installation de l'électricité à Saint-Sébastien, plusieurs fermes ont donné le dernier coup de pinceau à ce vernissage. La paroisse a bien mérité sa renommée de propreté et de bon entretien.

VÊTEMENTS

      Du vêtement traditionnel de l'habitant, il ne reste plus rien. En hiver, ce costume comprenait, pour les hommes: le pantalon d'étoffe du pays, la chemise de flanelle, le capot ou pardessus d'étoffe descendant jusqu'au-dessus des genoux et serré à la taille par la ceinture fléchée, le casque ou bonnet de fourrure, la tuque de laine, les souliers de peau de boeuf. Durant l'été, veston d'étoffe, chemise de flanelle et pantalons de toile de lin, chapeau de paille ouvrée à la maison et, pour les dimanches et fêtes, chapeau de feutre ou de "castor" haut de forme; les habits de drap étaient réservés aux riches. Les femmes portaient la jupe de flanelle, été comme hiver, le corsage d'indienne, le tablier en fils de laine ou de lin et les souliers de boeuf ou même les sabots de bois. Comme toilette de noces, elles portaient, par exemple, jupon en "bazin" et robe de soie qui faisait "frouche, frouche" lorsqu'elles marchaient!
      En 1885, ce costume traditionnel n'existait plus au complet. La tuque fut la première à disparaître. Puis vint le tour de la ceinture fléchée dont on ne se servit plus que pour attacher les petits enfants sur leur chaise; les étoffes et toiles du pays cédaient la place, avant 1890, aux cotonnades, indiennes, tweeds et draps de commerce. Plusieurs familles cependant, résistaient à l'envahissement de la mode nouvelle, sans doute par esprit d'économie peut-être même par culte du passé.

      La culotte de toile n'était plus du tout portée, du moins le dimanche. Léon Gérin raconte qu'en l885 deux jeunes gens osant se montrer en pantalon de toile à la messe, attirèrent tellement l'attention que jamais personne ne voulut plus renouveler cette expérience. La chemise de toile disparaissait rapidement. La chemise de flanelle au contraire a pu tenir plus longtemps. En 1900, il en restait plusieurs vestiges. En 1915, quelques enfants usaient des chemises taillées dans les chemises de flanelle des hommes.

      Pour le travail, les hommes portaient encore l'étoffe du pays. Les souliers de boeuf ont résisté à la mode jusqu'en 1920 ou environ. Puis, graduellement, les chaussures de caoutchouc les ont relancés. Maintenant les cultivateurs ne refuseraient pas de chausser leurs anciens souliers mais le coût du tannage des peaux est trop élevé et les confectionneurs de souliers sont rares. Il y a 50 ans, les femmes utilisaient encore les sabots en bois pour aller faire le train ou sortir les jours de pluie. En sortant elles enfilaient les pieds dans leurs sabots et au retour, elles les laissaient sur le perron. La même paire servait pour toutes les femmes d'une maison.
      Enfin la "capine", que les femmes et surtout les fillettes portaient il y a une vingtaine d'années, est allée rejoindre au grenier les habits démodés. Ce vêtement de tête ressemblait à une coiffe de soeur. Et comme son apparition coïncidait avec l'arrivée des corneilles, les petits garçons de l'école donnaient aux fillettes, pour les taquiner le surnom de "corneilles". En dépit de son aspect un peu cocasse, la "capine" avait l'avantage de conserver au teint féminin toute sa blancheur et sa transparence. Cela coûtait moins cher que de recourir aux artifices modernes des poudres et des fards.

CONFECTION DES TISSUS

       Le lin et la laine entrent comme matière première dans le tissage de la toile et de l'étoffe. Avant de tisser le lin, il faut le hâler, le brayer, l'écorcher, le peigner, le filer et le blanchir.
      Le brayage se faisait en corvée. Cette opération, qui sans cela eut été si pénible, devenait une partie de plaisir. Le reste de la besogne s'accomplissait par le travail personnel des femmes de la maison, et quelle besogne! Au lendemain de la corvée, les pauvres femmes se trouvaient en face de gros monceaux de filasse, rude, mêlée, toute hérissée d'aigrettes. Poignée par poignée, elles nettoyaient et démêlaient les filaments de lin, d'abord en les battant de l'écorchoir le long d'un dossier de chaise, puis en les peignant sur une planchette garnie de gros et longs clous. Après ce travail préparatoire, restait celui du filage, le plus malpropre et le plus long. Chaque année, dans presque tous les foyers, un, deux, et parfois trois rouets tournait une bonne partie de l'hiver. À chaque brin de lin, la fileuse devait, pour le cirer, tremper ses doigts dans une "gamelle", petit auge de bois fixé au rouet. Son tablier et sa robe étaient vite couverts de saletés et mouillés de part en part.

Du lin ainsi filé, une petite quantité, les brins luisants et forts, servaient à monter la pièce sur le métier; le reste entrait  dans la confection des draps, des chemises, des essuie-mains et des nappes.

La préparation de l'étoffe, de la flanelle et des vêtements en laine imposait aux femmes un travail aussi long celle du lin. Le soin et le fini de l'ouvrage mettent toute la différence entre le tissage de l'étoffe et celui de la flanelle.

      Après avoir lavé et blanchi la laine brute, on la transportait au moulin pour la faire carder. La paroisse n'a jamais possédé de moulin à carde. On allait soit à Saint-Romain, soit à Saint-Samuel. Cette coutume s'est toujours continuée.

      Filée très fine, la laine donnait de la flanelle, et en gros brins, de l'étoffe, épaisse et grossière. Après le tissage, restait à faire subir à l'étoffe, pour l'épaissir, 1'opé ration du foulage. Avant l'érection des moulins à carde, le foulage de l'étoffe s'exécutait à la maison, de façon fort rudimentaire. À cet effet, parents, amis et voisins se prêtaient tour à tour le coup de main de la corvée.
      On jetait l'étoffe dans une longue auge de bois, puis on la noyait dans une eau savonneuse et chaude, aussi chaude que les pieds pouvaient l'endurer. Les hommes tiraient leurs souliers et leurs bas, prenaient quelques gorgées de boisson forte et sautaient dans l'eau fumeuse. Là, bras dessus, bras dessous, ils se mettaient à danser en riant, en chantant et en criant. C'était une corvée, mais joyeuse. Patauger dans l'eau chaude et renifler l'air glacial, celà n'allait pas sans danger pour la santé; et puis, à quarante ou cinquante ans, on n'a plus des jambes de jeunesse. Autant de prétextes pour renouveler les rasades. Ces coups de rhum donnaient d'abord du nerf, puis tombaient dans les jambes. "Eh! Joel tu as la jambe molle"! Malheur au chef de famille qui ne savait pas doser son breuvage avec poids et mesure. Son travail restait à demi-terminé car les ouvriers ne pouvaient mener l'ouvrage à terme. A la fin de ces corvées, tous voyaient double, mais pas un ne contractait de maladie.
      Le foulage terminé, les femmes passaient l'étoffe à l'eau claire, la faisaient sécher sur la clôture et, pour la  presser, la soumettaient à l'épreuve du fer chaud. L'étoffe ainsi préparée fournissait des vêtements raides, pesants, mais chauds et durables.
      Avec la laine mêlée au lin, on obtenait une toile souple. Dans cette toile tissée sur quatre brins de laine brune ou noire et quatre brins de lin blanc, les femmes se taillaient des tabliers tout à fait élégants et qui collaient bien sur leur jupe. "Ne nous parlez pas de vos tabliers de coton, disaient les mères à leurs filles, le vent prend dedans et vous les fait monter au visage". Au besoin, elles savaient les enjoliver de velours et de dentelle et à en varier les couleurs, en noir avec l'écorce d'aulne, en bleu avec la couperose, etc.
      Au printemps, avant les jardinages, les maîtresse de maison se piquaient des couvre-pieds avec le concours des voisines. On étendait le couvre-pieds sur un grand cadre de bois et les femmes se rangeaient tout à l'entour. Grâce au bon goût particulier à leur sexe, elles savaient disposer sous différentes figures des triangles, des carrés et des rectangles coupés dans du coton et de l'indienne hors d'usage. Et les aiguilles se promenaient des heures et des heures. Est-il besoin d'ajouter que les langues aussi marchaient et souvent se faisaient piquantes !
      Enfin, malgré ces nombreux travaux, les femmes trouvaient encore le temps au cours de la morte saison, de tricoter des mitaines, des chaussettes, des gilets et des "châles" et de confectionner des vêtements pour la famille, à la petite aiguille. Il faut rendre hommage à l'endurance et au courage de nos mères qui ont ainsi peiné sans répit du jour de l'an à la Saint-Sylvestre. Les nombreux enfants qu'elles ont élevés et le linge qui s'empile dans les armoires de toutes les maisons, en réserves suffisantes pour plusieurs générations, témoignent hautement en leur faveur.
      Pour compléter ce chapitre sur les vêtements, voici quelques détails sur le lavage du linge. Il y a quarante ou cinquante ans, les laveuses mécaniques n'étaient pas connues ou du moins pas encore répandues. On lavait à la "planche" de bois et surtout au "battoi" (battoir). Les grands lavages se tenaient le printemps. Chemises de flanelle, essuie-mains, couvre-pieds, draps et nappes, s'entassaient dans le grenier durant l'hiver. Après la fonte des neiges, on passait le tout à la lessive, dans une grande cuve. Pour ce, on s'installait près du puits ou au bord d'un cours d'eau.  On étendait le linge lessivé sur un madrier supporté par quatre pattes. On promenait dessus le savon, on se ceinturait d'une poche à sel et au moyen du "battoi" on frappait alternativement; on retournait le linge et on frappait encore, on rinçait le linge et on frappait toujours. Tous les printemps, à l'apparition des premiers jours tièdes, la chanson du. "battoi" montait de partout, vers le ciel bleu, toujours régulière, toujours monotone.
 
 

NOURRITURE

      Le régime alimentaire de nos cultivateurs n'a pas beaucoup évolué. La soupe, la viande froide et le lait constituent encore la base de leur alimentation. Comme dessert, un peu de mélasse et de sirop d'érable trois fois par jour. Durant l'été, les bouchers vendent, de porte en porte,la viande fraîche qui remplace de plus en plus la viande salée. La galette de sarrazin pendant l'hiver tient lieu de pain assez fréquemment, au repas du matin. Les jours d'abstinence, on se contente de manger des fèves, ou simplement du beurre et des patates; rarement du poisson, sauf pendant le Carême. En général, on ne fait qu'une très faible consommation d'oeufs. Avec de la soupe aux pois, de la viande et des patates, nos cultivateurs font encore des repas à leur goût. La quantité de viande  consommée chaque année est considérable. Les repas de familles, au "temps des fêtes", donnent une idée de l'appétit de nos gens. Comme mets de résistance, une pleine assiettée de fricot, une autre de poulet. En attendant le dessert on se coupe un quart de pâté à la viande qu'on mange pur. Le dessert compte deux ou trois morceaux de tartes, des confitures avec beignets et, pour finir, une pomme et des bonbons.
    
Les fours ont été démolis depuis une cinquantaine d'années. Les ménagères font cuire dans les fourneaux des poêles de cuisine le beau pain blanc à la croûte dorée; c'est toujours un moment de joie pour les enfants de recevoir de leur maman, une belle croûte de pain chaud garnie de beurre ou de sirop.
      Au temps des fraises et des framboises, les enfants sillonnent encore les champs et les côtes pour faire la cueillette de ces fruits naturels, si peu coûteux et si succulents. Autrefois, pour récompenser les enfants de leur peine, la mère cuisait des fournées de tartes délicieuses.
    
    Il y a environ 75 ans, les cultivateurs se nourrissaient de mets rustiques. Chez les pauvres, du moins, on mangeait du pain de seigle et d'avoine ou de blé et d'orge. La farine provenant de ces grains ne permettait pas de cuire du beau pain. La croûte levait tandis que la mie paresseuse restait massive. L'abbé Plante raconte à ce sujet un incident amusant. "Des enfants étaient entrés en compagnie de leur mère chez de pauvres gens. C'était l'heure du déjeuner. Sur le coin de la table, un demi-pain tournait sa partie entamée vers les enfants. La croûte laissait la mie de trois doigt, et par surcroît, cette mie était toute hérissée, sur le dessus, de balle d'orge. L'un des enfants, plus farceur que les autres se penche vers son copain et lui souffle à l'oreille: "Ils doivent se planter des "pépiques" dans la bouche". Et voilà les petits espiègles qui pouffent de rire en sourdine. Le bonhomme, qui avalait son pain d'orge avec autant de plaisir qu'un enfant déguste son sucre d'orge, jette de temps en temps un regard de travers vers les ricaneurs. "Voyons, qu'est-ce qu'ils ont donc ces enfants-là?" Les éclats de rire redoublent. "Ah! continue le bonhomme, je serais démonté moi, d'avoir des enfants comme ceux-là". Rien n'y fait. La mère, d'abord intriguée, puis presque honteuse, vient à la rescousse: "Allez-vous vous taire, vous autres?" Mais plus elle les réprimandait et plus le bonhomme insistait, plus les enfants riaient. Le pain d'orge ... les "pépiques"! (1)

(1) Abbé  Hermann Plante, ouvrage cité, p. 93.
 

CHANSONS

      À la campagne, les récréations n'ont, à aucune époque, pris grande importance. Mais, comparée à l'époque d'avant 1900, la nôtre s'avère assurément plus frivole, et pourtant moins gaie.
      Jadis, les principaux délassements à Saint-Sébastien consistaient à fumer, à fréquenter les veillées, à chanter, à visiter les parents et les amis au temps des fêtes, à jouer aux cartes.  De ces coutumes nous avons perdu celle de chanter; celle de fréquenter les veillées en groupes diminue ssnsiblement. Par contre, nous avons contracté de nouvelles, entre autres, celle de lire les journaux!
      Une des principales occasions de réjouissance pour vieux et jeunes, et maintenant disparue, c'était les soirées ou veillées en famille. Dans chaque rang, certains foyers étaient le rendez-vous préféré des veilleux. Garçons et filles se fréquentaient dans la cuisine à la vue de tous. Au cours de ces veillées, on se taquinait et surtout on chantait. Tout le monde devait chanter, même ceux qui croyaient ne savoir pas chanter. Cette coutume rigide réservait ordinairement aux invités de singulières surprises. Les belles voix et les talents d'artistes rencontraient rarement la chance d'entrer en concurrence. Passe encore quand la chanson était comique; on pouvait s'en donner à coeur joie. Mais quand le beau chanteur visait un effet serieux, triste peut-être, les auditeurs se mordaient les lèvre n'osaient se regarder; impossible dans ce cas de se tromper sur la cause de l'hilarité générale.

      L'ouvrage déjà cité de l'abbé Plante relate le cas de cette jeune mariée que la politesse invitait à s'exécuter. Comme c'était la mode, elle commença par s'excuser: "Je ne sais pas chanter, bon"! - "Chante, chante n'importe quoi". - "Eh! bien, puisque vous y tenez"...  Et voilà notre victime qui s'exécute bravement. Elle se dérhume, avale sa salive, se serre les lèvres, et, sérieuse, débute, les yeux ferrnés: "P'tit Jésus, bonjour; mes délices, mes délices pour toujours"!

      On rencontrait parfois dans nos cantons des compositeurs de chansons qui avaient beaucoup de talent naturel. L'abbé Plante parle entre autres d'un certain M. Duval de Saint-Justin qu'on voyait presque toujours absorbé dans ses réflexions; il parlait peu; il marchait seul, le front penché, les yeux fixes. Cette continuelle tension de l'esprit finit par lui ébranler le cerveau. Avant de sombrer dans la folie, il avait prévu son malheur. "Je sens" disait-il à ses amis, que je vais devenir fou". - "Bah! lui répliquait-on, vous êtes trop fin; vous ne serez jamais fou". Et lui de répondre: "Mes amis, ce sont les fins qui deviennent fous"!
      Un jour, Duval reçoit l'invitation de prendre part aux noces de son cousin, et celà, l'avant-veille au soir seulement du mariage. Duval fit remarquer à son cousin: "Si tu m'avais invité plus tôt, j'aurais pu composer une petite chanson de circonstance". Tout de même, dans l'espace d'une veillée et d'une journée, il put tourner la chanson suivante:

-I-

"Je vais vous dire une chanson
Composée par un vieux garçon,
Un garçon respectable, oui bien,
Il est au bout de la table,
Vous m'entendez bien.

-2-

Victor, je t'appelle vieux garçon,
Je t'en demande le pardon;
Je vois à ton visage, oui bien,
Tu commences ton ménage,
Vous m'entendez bien.


-3-

C'était hier, le sept de janvier;
Cousin Victor s'est marié.
Cette nuit, ce vieux farceur, oui bien,
Se plaignait de douleur,
Vous m'entendez bien.

-4-

Écoutez bien, faites attention,
Je change de conversation;
Je veux parler des filles, oui bien,
La langue m'en fortille,
Vous m'entendez bien.


-5-

J'ai encore de mes cousines;
C'est Philomène et Caroline
Qui désirent le mariage, oui bien.
Voyez dans leur visage,
Vous m'entendez bien.


-6-

Un jour, viendra votre tour;
Paris ne s'est pas fait d'un jour,
Les garçons craignent la guerre, oui bien,
Ça va faire votre affaire,
Vous m'entendez bien.

-7-

S'il y a dans la compagnée
Quelqu'un qui se trouvait fâché,
Moi, j'ai fait ça par farce, oui bien.
Que faut-il que je fasse,
Vous m'entendez bien.

 
RÉCRÉATlONS

      Qui n'a entendu parler des tours joués dans des réunions d'hommes et de jeunes gens. En pareille compagnie, on ne connaissait jamais de soirées tristes. Les tours pendables que se jouaient les veilleux sont restés dans la mémoire des témoins aussi bien que des victimes. "Peux-tu boire un verre d'eau avec un trente sous sur le front ? si oui, on te donne le trente sous".  Pendant que l'équilibriste était en exercice, on lui versait un verre d' eau dans le cou. A son tour, en "pesant au mouton" , un naïf se faisait coucher dans un grand bassin d'eau, et... n'avait pas le coeur de se fâcher.
     
"Maintenant, jouons au canot d'écorce". Et voici que six hommes s'asseoient par terre, en ligne, l'un devant l'autre. Celui qui ignore le tour se place innocemment à la tête. Chacun alors saisit les oreilles de son voisin d'en avant. Pour simuler le roulis, on commence à se balancer à droite et à gauche. L'ignorant qui fait sa première expérience a l'impression de se faire arracher les oreilles. Voici tout à coup un gaillard qui se présente avec de l'eau. Il en lance de pleines tassées dans la direction des soit-disants canotiers en criant: "Parez la houle"! Le premier d'avant, la victime, réussit à éviter le jet d'eau, puis il en reçoit une avalanche en pleine figure. Il se relève, aveuglé, les oreilles rouges et pendantes, tandis que ses compagnons de voyage s'amusent à ses dépens. Lui, humilié, se contente de maugréer: "C'est pas un jeu, ça"!

      Les veillées ne se passaient pas d'ordinaire sans jouer aux cartes. L'incident que raconte l'abbé Plante trouvera certainement son écho chez nous. Un vieillard avec lequel on aimait à jouer, c'était le bonhomme Pénin, homme naïf et irascible à la fois. "Tu en as du "pénin", toé", lui disait-on. -"Si j'ai du pénin? Mmmmm...Je suis mauvais comme la grêle". Son patois:"Tas de flèches"; et lorsqu'il était fâché: "Sarpent-Vert". Il était infirme, il n'avait pas de nez. Un jour, son adversaire au jeu de cartes, Louise, se permet de lui poser une devinette: "M. Louis, savez-vous quelle différence il y a entre vous et moi? - "Non"  - "La différence d'un nez (e)". - "Hein? qu'est-ce que tu veux dire? - "Ben oui, M. Pénin, Louise a un é muet de plus que Louis: L-o-u-i-s-e". - "Ouais"...

      Quand il jouait aux cartes et qu'il avait de l'atout, le bonhomme Pénin frappait sur la table à sa force. Pour lui jouer un tour presque cruel, on éparpille des pois sous le tapis de laine double qui recouvrait la table au jeu. Avant d'ouvrir la partie, son associé lui crie: "M. Pénin, c'est à soir qu'on les bat" -"Oui, tas de flèches, répond le vieux tout enthousiasmé, on va les battre comme de la gaudriole". Le bonhomme s'aperçut, dès le début de la partie qu'on voulait se payer sa tête. Mais il n'était pas homme à céder; il continua de frapper sur les pois comme à coups de massue. Le lendemain, la table, en bois de pin, était toute garnie de petites cavités.
      Un jour, M. Pénin fut victime d'un accident qui aurait pu avoir des suites graves. Il s'était engagé pour travailler aux foins. On engrangeait du foin. Parvenus à la grange, les hommes sautèrent en bas de leur voiture, parce que les portes sont très basses. M. Pénin, lui, restait au haut. "Descendez, M. Pénin, car la porte est basse". - "Tas de flèches, répondit le vieux, pensez-vous que je vais rester debout?" - Comme vous voudrez". Le cheval qui tirait la charge était des plus violents. Il partait comme un trait et, quand il rencontrait un obstacle, il redoublait de fougue.
      "Marche, Monro". À ce commandement, la bête enlève la charge d'un bon coup de collier. Le bonhomme s'était jeté à plat-ventre sur la perche à foin. Comme il pénétrait dans la grange, la sablière, au-dessus de la porte, vous prend le bonhomme Pénin par le collet et le lève tout droit, en lui râpant l'échine comme avec un rabot.
      Au bas, un des enfants qui avait prévu ce qui arriverait, se met à rire et crier: "Venez donc voir M. Pénin qui "vrille" à même la couverture". "Ah'! mon p'tit Sarpant-Vert", rugit la victime. Lorsqu'il fut descendu, on lui dit: "Vous pouvez nous laisser faire maintenant; nous allons décharger tout seuls". - "Je le crois bien, je suis mouluuuuuuu!!" As-tu envie de faire travailler du monde mort?"

 

RELATIONS

      Dans le passé, on a longtemps donné l'exemple de la bonne entente entre les paroissiens. Nos curés se sont constamment préoccupés de cimenter l'union entre voisins et paroissiens. Connaissant parfaitement toutes ses ouailles avec leurs liens de parenté, il pouvait de la sorte prévoir et prévenir les cas possibles de mésentente.
      Les rapports entre voisins ont toujours revêtu un caractère de cordialité et de dévouement. Pour le voisin, on va chercher le prêtre, on veille les malades des nuits presque complètes, on prête des outils, des voitures et au besoin des instruments de travail. Dans des circonstances spéciales, on verra même des gens organiser une corvée pour la récolte d'un voisin malade et pauvre.
      Ces relations particulières eurent naturellement sur les relations sociales la plus heureuse influence. Autrefois, lorsqu'un incendie éprouvait un cultivateur, les paroissiens se concertaient pour relever leur confrère de sa lourde épreuve. Cette assistance existe encore sous une autre forme. Les cultivateurs ont fondé une assurance de paroisse. Les assurés ne paient que s'il y a incendie.
      Chez les jeunes ménages les surnoms ne sont pas nombreux mais chez les vieux, ils étaient en grande vogue.

 

ÉMIGRATION

      Un groupement aussi homogène était de nature à pouvoir résister à l'émigration. Néanmoins, comme les autres paroisses de la Province, Saint-Sébastien a souffert de la plaie de la désertion des campagnes. Mais l'émigration ici a pris une tournure particulière: on partait avec l'intention de revenir au foyer. Les cultivateurs n'émigraient pas par caprice mais pour cause de pauvreté. L'état de gêne inhérant aux méthodes défectueuses de culture était encore aggravé par des mesures gouvernementales qui entravaient la vente des produits.
      Les terres étaient toutes occupées; les pères de famille disaient: "Il n'y a plus de bonnes terres ici pour placer nos enfants". A cet état précaire s'ajoutaient les désordres ruineux tels que le luxe, l'amour des richesses et le peu d'esprit de sacrifice.
      Ainsi, la pauvreté des habitants d'une part, et les exigences immodérées du luxe, d'autre part, devaient fatalement inciter les jeunes surtout à tenter ailleurs une fortune plus facile.

      Les carrières de granit surtout, ont attiré bon nombre de nos jeunes gens qui, maintenant, pour la plupart, ont quitter la paroisse pour gagner la vie de leur jeune famille.
      Quoiqu'il en soit, selon les compilations établies, ceux qui ont fondé des foyers à l'étranger furent si nombreux que, réunis, ils suffiraient à organiser deux paroisses comme celle de Saint-Sébastien.



      Pour terminer cette longue étude sur la vie sociale,  nous donnons les statistiques vitales depuis l'ouverture de nos registres paroissiaux en 1869. Le tableau ci-dessous enregistre des variations parfois notables au sein de notre population, qui peuvent s'expliquer d'abord par la prise de possession de toutes les terres de la paroisse, puis par le démembrement de Saint-Samuel et de Courcelles.
 
 

Année

Baptêmes

Mariages

Sépultures

Population

1869 1870
1871
1872
1873
1874
1875
1876
1877
1878
1879
1880
1881
1882
1883
1184
1885
1886
1887
1888
1889
1890
1891
1892
1893
1894
1895
1896
1897
1898
1899
1900
1901
1902
1903
1904
1905
1906
1907
1908
1909
1910
1911
1912
1913
1914
1915
1916
1917
1918
1919
1920
1921
1922
1923
1924
1925
1926
1927
1928
1929
1930
1931
1932
1933
1934
1935
1936
1937
1938
1939
1940
1941
1942
1943

5
52
50
74
66
68
62
49
71
64
70
68
74
70
82
48
47
44
49
48
47
44
52
49
42
57
56
70
87
65
75
68
67
79
64
62
57
52
69
55
53
48
51
61
56
55
62
65
56
57
63
54
50
63
47
66
66
58
59
42
65
67
68
64
60
52
64
49
58
51
47
55
47
34
45
1
7
6
11
6
7
4
2
10
8
10
19
7
14
8
9
11
12
6
11
7
8
10
3
15
13
12
18
8
14
14
9
9
7
11
11
11
17
4
11
9
8
8
8
9
7
14
8
15
10
13
6
11
3
11
8
9
7
6
15
10
13
3
3
11
5
12
12
14
10
16
7
18
9
13
2
29
15
18
26
29
24
25
22
14
23
44
34
33
57
28
13
8
8
26
17
11
14
20
17
31
18
21
32
31
21
23
39
22
37
24
19
36
18
33
11
19
15
20
14
22
20
21
23
32
16
23
31
17
17
19
22
21
26
20
27
21
16
22
14
22
27
16
25
22
17
12
19
15
9

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

796
 
 
 
 
 
 
 
 

1054
 
 
 

1190
 
 
 

1120
 
 
 

1053
 
 
 

1160
 
 
 

1209
 
 
 

1261
 
 
 

1363
 
 
 

1494
 
 
 

1612

1333
1318

Total

4324

722

1649

219 familles
1052 comm.



DEVELOPPEMENT ET PROGRES

MISSION DE SAINT-SAMUEL

      L'existence de la paroisse de Saint-Samuel est si intimement liée à celle de Saint-Sébastien que nous devons raconter le début de ce coquet et florissant centre paroissial.

      La partie du canton Gayhurst qui est restée attachée à notre paroisse, était entièrement colonisée; il fallait pousser encore l'oeuvre du défrichement dans le reste du canton car la population augmentait constamment à même les anciennes paroisses du bas du Comté. M. Romain Dallaire (premier colon d'Aylmer) proposa au nouveau député fédéral de Beauce, l'hon. H.-E. Taschereau, de faire ouvrir un chemin à travers le canton Gayhurst jusqu'à la rivière Chaudière, soit une longueur de 10 milles. Cette suggestion fut très bien accueillie, car M. Dallaire recevait l'autorisation de faire ce nouveau débouché durant l'automne de 1861 et un arpenteur était désigné pour en faire le tracé; le gouvernement accordait la somme de $800. pour ce chemin de colonisation; c'était le premier subside accordé à cette fin dans notre région.
      Le 8 novembre 1861, dès le matin, Romain Dallaire parti d'Aylmer avec 60 hommes pour aller commencer ces travaux. A trois heures de l'après-midi, la caravane s'arrêta à l'endroit où s'élève la belle église actuelle de Saint-Samuel. Les travaux allèrent bon train et en fait, les dix milles de ce chernin furent ouverts durant l'automne, tel que projeté. M. Dallaire dit, dans son rapport, que la route suit le cours d'une petite rivière qui renferme un grand nombre de belles places pour y construire des moulins; il ajoute que ce chemin traverse généralement un terrain couvert de bois mou mais dont le sol est bon; à quelque distance du chemin, le terrain s'élève couvert d'un beau bois franc qui embrasse le reste du canton. Le chemin construit, les colons ne tardèrent pas à arriver. Ainsi en 1862, MM. Jean-Baptiste Robert et Jean Rouleau quittaient Aylmer pour se fixer près du lac Drolet. Les colons de Gayhurst demandaient d'avoir la mission chez eux; le 9 novembre 1876, l'Archevêque écrivait à M. le Curé Samuel Garon, de Saint-Sébastien pour l'encourager et lui conseiller de fixer tout de suite les endroits propices aux sites de futures chapelles dans l'étendue de sa mission. Ceux qui ont connu le zèle exercé par le Curé de Saint-Sébastien se plaisent à rappeler tout son dévouement dans l'organisation et le développement de cette mission; aussi reçut-elle le nom de Saint-Samuel en son honneur. C'est lui qui fixa l'endroit (le lot no. 6 du 5e rang de Gayhurst) où se trouve l'église actuelle construite en 1898. Saint-Samuel a un cure résident depuis 1887. La mission a été desservie par le curé de Saint-Sébastien du 17 octobre 1877 jusqu'au 27 septembre 1887.

 
SAINTE-MARTINE DE COURCELLES

      Si le progrès d'une paroisse s'estime ordinairement par l'essor apporté à la vie religieuse, sociale et économique, on ne peut taire le signe non moins équivoque de progrès qu'est le démembrement d'une paroisse. C'est ainsi qu'en 1903, Saint-Sébastien a vu se détacher de son territoire primitif une partie de la nouvelle paroisse de Sainte-Martine de Courcelles.

      La construction d'une gare de chemin de fer, à huit milles de Lambton, à l'extrémité du canton Aylmer, amena en cet endroit, bien que les terres fussent peu favorables à la culture, bon nombre de familles qui furent le noyau de la nouvelle paroisse.
      Les paroissiens de Lambton, à cause de l'exiguité deleur église, ne firent pas d'objection au projet de démembrement de leur paroisse en faveur des familles établies près de la gare du Québec Central Railway, non plus que les paroissiens de Saint-Sébastien qui cédèrent à Sainte-Martine de Courcelles les lots 14 et 15 des 12e et 13e rangs du canton de Dorset, le 8e rang et les lots 11 à 19 du 7e rang du canton d'Aylmer.
      Sainte-Martine fut donnée comme patronne à la nouvelle paroisse en l'honneur de la soeur du Cardinal Bégin, Mademoiselle Martine Bégin. Le bureau de poste pris le nom de Courcelles en souvenir de l'un des gouverneurs de la Nouvelle-France, Daniel Remy de Courcelles, qui se distingua par ses talents administratifs de 1666 à 1672.
      En 1904, la paroisse fut érigée en municipalité.

LA POSTE

      L'inauguration du service postal en notre paroisse remonte à 1866; la population qui augmentait chaque année se rendait compte de plus en plus, que parmi toues les difficultés qui existaient alors, l'absence d'un bureau de poste en était une qui appelait d'urgence une solution immédiate.
      Sur ce, M. Louis Paradis fit toutes les démarches pour obtenir un service de malle en présentant une requête au gouvernement fédéral par l'entremise du député de Beauce, M. H.-E. Taschereau. La demande fut jugée opportune puisqu'elle reçut l'approbation désirée, avec instruction de placer le bureau chez Louis Paradis, fils, nommé maître de poste. On avait donné le nom de Valletord (2) à notre bureau de poste, invoquant comme raison qu'il y en avait déjà d'autres du nom d'Aylmer et de Saint-Sébastien, heureusementon changea ce nom un peu plus tard.

(1)   Dictionnaire historique et géographique des Paroisses, Missions et Municipalités de la Province
       de Québec, par Hormisdas Magnan, 1925, p. 568.

(2)  Voir présent volume, p. 22.

      M. Paradis était aussi chargé de transporter le courrier de Lambton à Saint-Sébastien (la première malle le fut le jeudi, 2 novembre1866) ; il remplit l'office de "postillon" durant 14 mois; après ce temps, le transport fut accordé par soumission au père Étienne Côté qui le garda quatre ans et ce à partir du premier janvier 1866.

      Durant les cinq premières années, le bureau de poste n'était desservi qu'une fois la semaine, c'est dire que les revenus étaient minimes ou presque nuls pour le maître de poste; le premier pas étant fait, on entretenait l'espoir d'améliorer cette situation avec le développement de la région. Le transport s'effectua deux fois par semaine jusqu'en 1880 et trois fois les deux années qui suivirent; c'est alors qu'en 1882, on usa d'un petit stratagème pour que le courrier parvînt tous les jours dans la paroisse. Le gouvernement refusait d'accorder ce privilège malgré les requêtes répétées des habitants. Alors on demanda au ministère des Postes la permission de se servir du sac de malle, les jours non autorisés; le transport en sera fait aux frais de la paroisse. Cette demande qui prouvait la nécessité d'avoir le courrier à tous les jours, eut pour bon effet de nous faire obtenir ce service quotidien qui s'est toujours maintenu depuis. C'est au député de Beauce, M. Jos. Bolduc, plus tard sénateur, que notre paroisse doit cette amélioration qui compte pour beaucoup dans son élan vers le progrès. Il va sans dire que le courrier n'était pas aussi volumineux qu'aujourd'hui; on ne connaissait pas dans ce temps-là la variété des journaux que nous avons maintenant et qui circulent tout autant dans les campagnes les plus reculées que dans les centres. Ceci n'excluait pas l'importance d'un échange régulier des matières postales, ne fut-ce que pour la rapidité de la correspondance ordinaire.

Ont occupé la position de maître de poste:

Louis Paradis 1866-1896

Jos. Lacombe 1696-1905

Louis Paradis  1905-1913

J.-L. Jacob     1913-1916

Mélanie Roy    1916-1918

Arthur Blouin   1918-1937

Jos. Michaud  depuis 1937.

      La construction du Québec Central amena l'établissement d'un bureau de poste à la station. Les titulaires ont été:

Pierre Marceau   1900-1910

Jos. Rouleau       depuis 1910.


La paroisse de Saint-Sébastien est desservie par le service rural postal depuis la mi-février 1937.

CHEMIN DE FER

      Les premiers pourparlers en vue d'un chemin de fer dans nos cantons semblent remonter à l'année 1882. En effet, lors de la nomination au Sénat canadien de M. Joseph Bolduc, député conservateur de Beauce à la Chambre des Communes, en 1884, la question du chemin de fer devint l'objet des conversations générales. Tout le monde savait l'intérêt du nouveau sénateur pour ce projet et sa nomination augmenta les espérances communes.
      Les Souvenirs beaucerons et la famille Bolduc, publié en 1938, rapportent une page intéressante de l'histoire de notre chemin de fer. "L'oeuvre capitale du sénateur Bolduc, y lit-on (page 94), fut la construction de l'embranchement de chemin de fer de Mégantic qui apporta un merveilleux développement à la région qu'il traverse. Il employa toute son énergie et son activité à obtenir ce tracé de la compagnie et à détourner au profit de cette ligne les fonds votés par le gouvernement pour le prolongement de la voie ferée sur la rive est de la Chaudière.
      Son principal adversaire fut le Rév. François Elie dit Breton, (curé de Saint-Nérée de Bellechasse) qui se fit le champion des habitants des paroisses du haut du comté à l'est de la Chaudière. Le curé Breton, quoique soutenu par plusieurs personnages influents, ne put empêcher la réalisation du projet que l'honorable Bolduc avait tant à coeur. Malgré un voyage à Londres, auprès des directeurs de la Compagnie, le Rév. Curé ne put triompher des arguments des promoteurs du tracé nouveau de Tring à Mégantic.

      L'achat du droit de passage de la voie sur un parcours de soixante milles était un obstacle qui menaçait de retarder l'ouvorture de la ligne tant désirée. M. Bolduc promit à la compagnie le don gratuit de tout le terrain nécessaire à la construction de la voie ferrée de Tring à Mégantic. Pour tenir sa promesse, il frappa à toutes les portes, et, grâce ses instances et à ses sollicitations, le terrain fut fourni sans charge."

      Le 16 juillet 1890, quatre des premiers officiers de la Compagnie du Quebec Central Railway vinrent visiter les lieux et dès le mois de septembre des ingénieurs commencèrent à fixer le tracé du futur chemin de fer.        Quelques difficultés se présentèrent, notamment à St-Sébastien où l'on dut faire trois tracés différents avant d'en arriver à une entente. Le tracé définitif fixait la gare à un mille et demi du chemin de front, ce qui, au dire des contemporains, était l'endroit le plus désavantageux de la paroisse; des représentations solidement appuyées et présentées à la Compagnie par l'entremise du sénateur Bolduc, ne purent rien contre le choix des ingénieurs.
      Durant l'hiver de 1890-1891, les plans furent élaborés et les travaux débutèrent au printemps de 1891. Ce n'est cependant qu'en novembre 1893 que les travaux de déboisement sur le parcours de la ligne commencèrent à Saint-Sébastien. Ces travaux amenèrent une affluence d'étrangers des Italiens pour la plupart, qui envahirent la paroisse jusqu'à l'achèvement de la ligne.
      'L'embranchemcnt Tring-Mégantic, lit-on encore dans les Souvenirs beaucerons et la famille Bolduc, fut béni le 4 octobre 1894, en présence de Mgr Bégin. L'honorable J.-A. Chapleau, 1ieutenant-gouverneur de la province de Québec, assista à cette cérémonie. Joseph Bolduc, au comble du bonheur et de la joie, voyait son oeuvre accomplie".
      Au mois d'août 1895, la ligne fut inaugurée et le transport des voyageurs et du fret débuta le 15 octobre de la même année. Le premier chef de gare fut M. Alfred Denis qui n'occupa ce poste qu'un mois durant. Il fut remplacé le 15 novembre par M.J.-L. Jacob qui demeura en fonctions jusqu'au 30 octobre 1898 alors que M. J.-L. Beaulieu vint le remplacer. Le 10 juin 1904, M. J.-A. Vallée succéda M. Beaulieu et le 10 août 1906, M. J.-N. Paradis prenait charge du poste qu'il occupe encore aujourd'hui.
      La gare, construite en 1896, fut reconstruite en l914 et se conserve encore aujourd'hui en excellente condition.

      Outre le chemin de fer, Saint-Sébastien possède pour l'accommodation du public voyageur, un service d'autobus qui, depuis 1938, relie notre paroisse aux paroisses voisines et jusqu'à la ville de Québec.
 

INDUSTRIE LAITIERE

      La fabrication du beurre et du fromage est dpuis plus de cinquante ans la source principale de revenus de Saint-Sébastien. En 1889, M. Napoléon Beaudoin, de St-Henri de Lévis, organisa une société destinée à promouvoir la fabrication du fromage dans notre paroisse. Au printemps de 1890, une fabrique fut construite sur le lot 24 du 2e rang; bientôt des divergences d'opinion vinrent semer la discorde, et un groupe de sociétaires vint "l'enlever de force" - c'est l'expression qu'on employa pour qualifier l'incident - et allèrent la placer sur le lot voisin près du chemin. L'opposition qui s'en suivit disparut peu à peu et dès le mois de juin, la fromagerie était en opération.
    Durant quatre années, elle a fonctionné avec succès. En 1894, le groupe qui avait participé au déplacement de la bâtisse abandonna la société pour se construire une fabrique semblable au premier rang.
      Ce premier démembrement fut suivi de plusieurs autres: six ans après l'engagement de M. Beaudoin, une autre fromagerie fut construite au "cordon" et une troisième dans les 2e et 3e rangs, en bas de la cédrière, de sorte que l'arrondissement du début se trouvait maintenant divisé en quatre parties. Cette situation demeura qu'à la mort de M. Beaudoin, en 1899. A cette époque, une autre société fut formée et fut dissoute trois ans plus tard, en 1902.

      M. J.-E. Dion, négociant, prit l'organisation en mains et une nouvelle société vint prendre les intérêts des cultivateurs. Depuis la formation de la Société Coopérative et la construction de la beurrerie du village, en 1914, le nombre des fabriques a diminué: une seule, avec la beurrerie du village, fonctionne encore au "cordon".

TÉLÉPHONE

      Une ligne téléphonique était incorporée dans le comté de Beauce depuis plusieurs années déjà, quand, en 1898, elle s'étendit jusqu'à Lambton; on avait alors fait l'offre de se rendre à Saint-Sébastien, à la condition qu'on fournisse les poteaux. Comme la paroisse était à terminer les paiements de l'église, on n'avait pas prêté attention à cette offre.
      Mais, en 1901, la question revint sur le tapis. Le docteur Pelletier prenant à sa charge de recueillir le nombre de poteaux nécessaires pour relier St-Sébastien à Lambton, fit souscrire en une semaine, le nombre de poteaux requis. Les travaux furent exécutés au cours de la même année; dix-neuf abonnés inaugurèrent la première ligne qui rattachait Saint-Sébastien au comté de Beauce.
      Aussitôt après, la ligne se continua à Saint-Samuel, à Saint-Ludger, à Saint-Gédéon, à Saint-Hubert de Spalding, à Sainte-Cécile puis au Lac Mégantic. Cette installation, considérée comme une merveille, rendit à la paroisse des services inappréciables. Vers 1914,  une Société de téléphone, destinée à remplacer le système primitif fut fondée dans la paroisse. Société autonome, elle est cependant régie par les règlements du Comité des Utilités publiques, qui lui a octroyé une charte. Les sociétaires, au nombre de vingt-cinq, sont les propriétaires du service et le nombre des abonnés dépasse actuellement la centaine.
      La Société paroissiale est fédérée à la Sociéte régionale de la Beauce qui relie le service à la Compagnie du Bell Telephone. On peut donc de Saint-Sébastien communiquer par téléphone avec le pays tout entier.
      L'opératrice de la Société paroissiale, Mademoiselle Rose-Anna Dorval, demeura en fonction près d'une quinzaine d'années. Sa courtoisie et sa serviabilité sont connues de tous les paroissiens et méritent d'être mentionnées.

BANQUE

      En 1914, la paroisse de Saint-Sébastien ouvrit une sous-agence de la Banque d'Hochelaga. En 1921, après
diverses transactions, cette raison sociale prit le nom de Banque Canadienne Nationale sous lequel elle opère encore présentement. Les débuts furent plutôt modestes, mais avec le dévouement et le sens des affaires de son premier gérant M. Albert-L. Paradis, elle grandit et prospéra. M. Paradis, mort en 1941, fut remplacé par sa fille, Madame Edmond Bernier.
 

CAISSE POPULAIRE

      Fondée en novembre 1934, la Caisse Populaire de Saint-Sébastien prit naissance au Cercle de L'Union Catholique des Cultivateurs, grâce à l'abbé Emile Turmel, propagandiste et organisateur des Caisses Populaires, et à l'abbé Joseph Campagna, vicaire de la paroisse.
      Le premier bureau de direction eut comme président M. J.-L. Jacob, comme vice-président, M. Alcide Michaud, comme secrétaire-gérant, M. Henri-Louis Poulin, et comme directeurs, MM. Amédée Lacroix, Amédée Poulin, Honoré Lapierre et Achille Fortier. La première cour de crédit était formée de MM. Hector Dorval, Esdras Audet et Ephrem Nadeau; la première cour de surveillance groupait M. l'abbé Joseph Campagna, MM. Adjutor Dumas et Armand Rouleau.
      Le premier sociétaire à s'inscrire a été M. Apollinaire Lapierre, cultivateur. Le nombre de sociétaires se chiffre présentement à 335 et les déposants dépassent 370.
      L'actif de la caisse, après la première année, était de $497.50. A la fin de 1939, il s'élevait à $21,147.00 et en 1943, il atteignait la somme imposante de $88,500.00.
      La caisse a effectué à date 3,516 prêts; elle est actuellement la clef de voûte du système économique de la paroisse et sa marche va par bonds prodigieux.

MOULINS

      Les premiers moulins établis dans la paroisse remontent à 1854, alors que M. Joseph Proteau, de Saint-Joseph, avait acheté le lot 19 du 2e rang, pour y construire un moulin à scie et un moulin à farine. Mus par
l'eau ces moulins ont rendu de grands services aux colons. Le moulin à farine fut le seul à fonctionner jusqu'à l'apparition des moulanges d'acier. Un des petits-fils de M. Proteau, Edmond, fils d'Alfred, habite maintenant sur la terre où se trouvaient ces moulins.
      Par sa position géographique, la paroisse de Saint-Sébastien, située à la hauteur des terres des vallées de la Chaudière et du Saint-François, ne donne aucune pression d'eau d'une importance suffisante pour faire mouvoir efficacement des moulins à scie ou à farine. De petits moulins à scie avaient déjà été construits mais leurs propriétaire ne réussissant pas à fournir la moitié de ce que réclamaient les colons, avaient dépensé leur argent en pure perte.
      M. Charles Lapierre, cultivateur du 4e rang, décida de construire le premier moulin à scie mu par la vapeur. Il acheta un emplacement sur le lot 23 du 3e rang, à onze arpents de l'église, et construisit une maison et un moulin. Les machines installées, le moulin était en opération vers l'été de 1884.
      C'était une amélioration très appréciable pour les habitants de la paroisse et ils ont su aussi l'apprécier. Détruit par un incendie, il y a quelques années, ce moulin n'a pas été reconstruit.
      Après l'ouverture de la ligne du chemin de fer Quebec Central Railway, en 1894, M. Damase Paradis voulut reconstruire son moulin à scie, jusque-là activé par l'eau et qui ne pouvait fonctionner que la moitié de l'année. Dès l'automne de cette même année, il prépara la bâtisse destinée à abriter les machines qu'il attendait de la Fonderie dc Plessisville, et qui arrivèrent au début de l'hiver. Les machines installées, ce moulin à vapeur était mis en opération au printemps de 1895; il connut des années de grande activité; puis il fut cédé plus tard à M. Albert-L. Paradis qui le transforma en manufacture de boîtes à beurre et en confia la direction à son gendre, Edmond Bernier. En ces dernières années, cette industrie cessa de fonctionner.
      Le passage de la ligne du Quebec Central Railway favorisa aussi l'érection d'un autre moulin à scie au 6e rang. M. Godefroi Daigneault, de Woonsocket, R.-I., se rendit à cet effet acquéreur d'une partie du lot 19. Il intalla un moulin portatif qui fonctionna un peu plus d'un an. A son départ, MM. Richard et Bolduc en reconstruisirent un autre plus vaste qui devint la proie des flames au bout d'un an; ce moulin ne fut pas reconstruit.
      La Compagnie Price possédait des lots de bois dans le canton Whitton près de la ligne de chemin de fer; 1895, cette compagnie fit construire un moulin aux limites de Saint-Sébastien. Après cinq ans d'opération,
fois le bois coupé, scié et expédié, la Compagnie démolit le moulin, transporta les machines etvendit ses limites en 1900.
      Le seul moulin à scie actuellement en opération dans la paroisse a été construit par M. Alphonse Bernier, en face de sa résidence. Ses fils le maintiennent en grande activité pour les besoins constants de la population.
Depuis quelques annees, une annexe a été ajoutée à ce moulin pour la fabrication de portes et de châssis.
 

LA CARRIERE DE PIERRE

      En 1911,  M. Amédée Bussière, marbrier de Saint-Henri de Lévis, venait à Saint-Sébastien pour y étudier sur place les possibilités d'exploiter le granit de nos montagnes; il cherchait une carriere qui pourrait alimenter son atelier de monuments. Avec M. David Filion, à qui on l'avait recommandé, il examina soigneusement l'endroit et finit par fixer son choix au pied du "Morne" de Saint-Sébastien, près de la route qui conduit à Saint-Samuel.
      Un mois plus tard, M. Bussière commençait les travaux d'extraction de la pierre et deux chars remplis furent bientôt dirigés vers Saint-Henri. La qualité du granit de Saint-Sébastien fut vite remarquée par les entrepreneurs en construction, et M. Bussière dut modifier ses plans et agrandir le champ de ses opérations. Dès l'année suivante, il fournissait la pierre nécessaire à la construction de l'église de Saint-Cyrille de l'Islet.
     
Depuis cette date, les contrats de construction entretinrent la carrière de Saint-Sébastien dans une activité continuelle, jusqu'à ces toutes dernières années.
     
Saint-Sébastien en effet se glorifie d'avoir contribué par sa carrière de granit à la construction totale ou partielle de nombre d'édifices publics, à l'embellissement et à l'ornementation de plusieurs églises, collèges et couvents: l'église de Sainte-Anne de la Pocatière, l'église de Saint-Louis de France d'East-Angus, l'agrandissement du Séminaire de Québec, l'ornementation du Séminaire de Rimouski, les églises de Mont-Joli, de Saint-Valérien de Shefford, du Saint-Sacrement de Québec, de Saint-Dominique de Québec, de Sainte-Famille de Granby, le Séminaire de Trois-Rivières. la Basilique de Sainte-Anne de Beaupré, la nouvelle aile du Collège de Lévis, les églises de l'Immaculée-Conception de Sherbrooke, de Sainte-Luce de D'lsraéli, de Saint-Janvier de Weedon, de Saint-Julien de Lachute, d'Edmunston, N.B., l'annexe du Parlement Provincial à Québec, les églises de Sainte-Jeanne et du Christ-Roi de Sherbrooke, du Christ-Roi de Lévis, les couvents des Visitandines de Lévis et des Soeurs de Saint-Louis-de-France de Bienville, une partie du Collège des Frères du Sacré-Coeur de Victoriaville, l'Hôtel-de-ville et le Bureau de Poste de Thetford-les-Mines, l'École d'Agriculture de Saint-Ferdinand d'Halifax.
      Actuellement et depuis le début de la présente guerre, l'activité a beaucoup diminué dans la carrière de Saint-Sébastien. Cela en vertu des restrictions de toutes sortes dans le domaine de la construction. Cependant. cette année encore, des ventes de granit pour plusieurs milliers de dollars ont maintenu en marche la carrière de Saint-Sébastien.
      Le propriétaire, M. Bussière, prévoit une grande activité dès que la guerre sera chose du passé. Aussi, ce sera avec un outillage amélioré et complété qu'il compte pouvoir répondre alors à toutes les demandes.

ÉLECTRICITÉ

      L'ouverture de la carrière de granit sud-ouest de la paroisse amena en 1928 l'électricité à Saint-Sébastien. Venu de Lambton, le courant électrique dessert sur son passage tous les résidents des 2e rangs, le village, le rang du "Cordon" (partie ouest), la gare du chemin de fer et la ligne de séparation des cantons Whitton et Gayhurst jusqu'à la carrière.


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